En chantier. Un nouveau site pour la PSM, c'est pour très bientôt !

Médiapart // Macron à calais: avec ou contre lui

Par

Alors que sa politique migratoire est critiquée de toutes parts, y compris par ses proches, Emmanuel Macron s’est rendu mardi à Calais, où il a posé ses conditions aux associations. Toute la journée, il a tenu un discours de fermeté derrière lequel a transparu son incapacité à souffrir la contestation.

Calais (Pas-de-Calais), envoyée spéciale.– C’est un cri de colère de plus. Et celui-ci a un écho tout particulier aux oreilles d’Emmanuel Macron. Il ne provient pas de ceux qui, comme il le dit, « font le choix d’utiliser la misère et qui sont des activistes ». Mais il est lancé par ses propres amis. Dans une tribune publiée par Le Monde mardi 16 janvier, jour choisi par le président de la République pour venir faire la pédagogie de sa politique migratoire à Calais, une poignée d’intellectuels et de syndicalistes ont vertement critiqué le « double langage » du gouvernement sur le droit d’asile et la brutalité du traitement réservé aux migrants.

Une brutalité qui contredit, selon les mots des signataires, « l’humanisme prôné » par le chef de l’État et « sème dans les esprits le poison du doute ». Depuis l’adoption, le 12 décembre, de la circulaire visant à recenser les étrangers dans les centres d’hébergement d’urgence, la contestation ne cesse de croître. Dépassant largement le cercle des militants associatifs aguerris à ces questions, elle gagne aujourd’hui jusqu’aux proches d’Emmanuel Macron, comme l’économiste Jean Pisani-Ferry, l’un des principaux inspirateurs de son programme, nommé coordinateur du plan d’investissement de 50 milliards d’euros en juillet 2017, mais aussi Thierry Pech et Lionel Zinsou, respectivement directeur général et président de Terra Nova.

Ces fidèles de la première heure – Zinsou avait brièvement côtoyé le futur président chez Rothschild, avant d’avoir recours à ses services comme banquier conseil – ont tous trois apposé leur paraphe sous la fameuse tribune, rappelant à Emmanuel Macron ses propos de campagne, mais aussi sa « profession de foi universaliste » énoncée à Orléans en juillet dernier. Mardi, lors de son déplacement dans le Nord-Pas-de-Calais, au cours de sa visite du Centre d’accueil et d’examen des situations (CAES) de Croisilles, dans son discours aux forces de sécurité et lors de ses différents échanges avec les élus locaux ou les responsables associatifs, jamais aucun de ces trois noms n’a été cité. Mais leur cri de colère résonnait dans tous les esprits.

Le chef de l’État a d’ailleurs semblé leur répondre à maintes reprises. Non pas en infléchissant son propos, mais en continuant au contraire à afficher une fermeté qu’aucune critique, aussi argumentée que ce soit, ne paraît pouvoir remettre en cause, et qui pèse bien lourd dans la balance « humanité et fermeté » que l’exécutif prétend vouloir tenir à l’équilibre. « On fait la République au concret, on ne la fait pas en deux lignes un matin de mauvaise conscience », a-t-il affirmé face aux forces de sécurité. « Notre honneur n’est pas simplement d’avoir des déclarations faciles, faites depuis Paris, loin d’ici, en regardant telle ou telle photographie, notre honneur, c’est sur le terrain, d’aider celles et ceux […] qui apportent l’humanité durable dans la République ! »

Parce que « l’État n’est pas dans la démagogie, dans la facilité ou dans l’irresponsabilité », Emmanuel Macron a choisi de hausser le ton, comme il l’avait fait au début de l’été 2017 devant les forces armées pour répondre aux critiques formulées par l’ancien chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers, entraînant la démission de ce dernier quelques jours plus tard. Une nouvelle fois, le président de la République a montré qu’il ne souffrait aucune contestation, dépréciant la légitimité de ceux qui émettent des réserves quant à ses choix politiques, ne voyant derrière ces remises en question qu’une forme d’incompréhension, ou pire : un combat idéologique dont il entend s’abstraire.

Déclinant une série de chiffres destinés à clore le débat (« Nous avons consacré cette année plus de deux milliards d’euros pour l’hébergement d’urgence des personnes vulnérables. Pour les demandeurs d’asile, nous ouvrirons 4 000 places supplémentaires en 2018 et encore 3 500 en 2019, pour atteindre à cette date un délai total de 88 000 places, c’est deux fois plus qu’en 2012 »), il s’est énervé contre ceux qui ne jugent pas sa politique avec les mêmes lunettes que lui : « Ces chiffres ont un sens. Il y a une réalité derrière. Il y a un engagement budgétaire. C’est l’engagement de toute la nation et, là aussi, je ne peux accepter celles et ceux qui profèrent des contre-vérités et ne reconnaissent pas cet engagement inédit. »

Benjamin Griveaux n’est guère plus tendre à l’égard des « commentateurs ». « Le président a toujours tenu cette ligne d’humanité et de fermeté, assure le porte-parole du gouvernement, présent à Calais ce mardi. Certains ont la mémoire courte. Soit ils ont eu une écoute sélective pendant la campagne et font semblant de découvrir des choses aujourd’hui, soit ils ont changé d’avis et c’est leur droit le plus strict. » Et de poursuivre, sans cacher une certaine irritation : « Que ceux qui nous tapent considèrent le budget qui a été voté. […] Qu’on me dise comment on est moins attentif et moins humain en consacrant 26 % de moyens supplémentaires à l’asile, à l’intégration et à l’immigration dans ce pays. »

Tout au long de la journée, le chef de l’État n’a eu de cesse de répéter qu’il serait « toujours là pour défendre » les forces de l’ordre – ces « intranquilles de la République qui permettent aux autres de dormir en paix » – dont les associations d’aide aux migrants dénoncent régulièrement certains comportements. Saluant leur « travail remarquable mais peu connu, parfois décrié, souvent caricaturé », Emmanuel Macron a dénoncé « les approximations sur [leur] action, parfois les mensonges, souvent, les manipulations », qui à son sens « ne visent au final qu’un seul but : mettre à mal la politique mise en œuvre par le gouvernement ». Politique qu’il entend assumer en son nom propre. Et ce, jusqu’au bout.

« Que ceux qui ont quelque chose à reprocher au gouvernement s’attaquent à sa politique, mais qu’ils ne s’attaquent pas à ses fonctionnaires, qu’ils ne disent pas des contre-vérités sur ses fonctionnaires, et je m’étonne que des commentateurs, que des dirigeants d’organisations, diverses et variées […] se permettent d’écrire ce qu’ils ont pu écrire sur le quotidien de notre fonction publique », s’est-il agacé. « Qui peut penser une seule seconde qu’un gendarme, un policier, un fonctionnaire de préfecture s’est engagé pour […] faire ce que parfois certains décrivent sans venir le vérifier eux-mêmes, qui peut le penser ? », s’est-il encore interrogé, rappelant toutefois aux forces de l’ordre le devoir d’« exemplarité » dont elles devaient faire preuve et les sanctions qui seraient prises dans le cas contraire.Pour quelqu’un qui ne peut pas imaginer que des exactions puissent être commises par des représentants de l’État, Emmanuel Macron s’est pourtant fait très précis sur la nature de celles-ci : « Je ne peux pas laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre exercent des violences physiques, confisquent des effets personnels, réveillent les personnes en pleine nuit, utilisent du gaz lacrymogène sur des points d’eau ou au moment de la distribution des repas. Si cela est fait, c’est contraire à toute déontologie », a-t-il affirmé.

« La sacralité de l’accueil est piétinée »

La veille du déplacement d’Emmanuel Macron, deux associations (le Secours catholique et l’Auberge des migrants) ont pour la première fois déposé plainte contre X pour « destruction et dégradation » de biens leur appartenant, après avoir pris soin de « sigler » 700 bâches et sacs de couchage, effets qu’elles disent voir « disparaître » quotidiennement. « On estime à environ 600 le nombre de migrants à Calais et on distribue 400 couvertures par semaine. Ce n’est pas pour rien, ce ne sont pas les migrants qui les laissent derrière eux… », explique Loan Torondel, travailleur humanitaire à l’Auberge des migrants.

« Nous ne laisserons pas installer de nouvelles occupations illicites, mais à chaque fois que les occupations sont défaites conformément à la loi, les effets doivent être récupérés par les intéressés et le seront », a de son côté réaffirmé le chef de l’État aux forces de l’ordre, invitant ceux qui sont témoins d’exactions à saisir la justice : « Que ceux qui assistent à des scènes telles qu’ils les commentent les dénoncent et déclenchent [des] procédures. Ou alors, de fait, ils se rendent coupables de n’être que des commentateurs du verbe, il faut agir. »

En revanche, le président de la République s’est voulu tout aussi clair sur « la réponse de l’État » dans le cas où « les faits dénoncés ne [seraient] pas avérés et [relèveraient] de la diffamation » : « Répondre et, lorsque les conditions juridiques sont réunies, saisir la justice en cas de diffamation ou d’injure, et apporter tout le soutien juridique aux préfets et aux forces de l’ordre. » Fustigeant, sans les nommer, les associations qui « encouragent ces femmes et ces hommes à rester là, à s’installer dans l’illégalité, voire à passer clandestinement de l’autre côté de la frontière », Emmanuel Macron a insisté sur le fait que « jamais, elles n’auraient l’État à leurs côtés ».

Dans le même temps, il a assuré vouloir continuer à travailler avec tous ceux qui ne propagent pas des « mensonges » en disant aux migrants que la police les attend dans les centres d’accueil. Et pour prouver l’engagement de l’État et sa volonté de travailler en « coopération », il a annoncé que celui-ci prendrait désormais en charge la distribution des repas « de manière organisée, avec des points mobiles, sans tolérer aucune installation de campements illicites ». Un service qui était jusqu’alors assuré par les associations, lesquelles ont salué cette initiative à l’occasion de la rencontre qui s’est déroulée dans la soirée entre certains responsables associatifs, le chef de l’État et les ministres qui l’accompagnaient (Gérard Collomb, Nicole Belloubet, Gérald Darmanin et Benjamin Griveaux).

Là encore, la démarche n’est pas complètement dénuée d’intérêt pour ce président qui entend garder le contrôle sur tout : « Certains utilisent l’aide alimentaire qu’ils apportent pour véhiculer une contre-propagande, a-t-il soufflé en fin de réunion. Ils ne veulent pas que la situation s’améliore par idéologie, par intérêt, peu importe. » Il est tard, ce mardi soir. Emmanuel Macron semble avoir anesthésié tous ses interlocuteurs. Autour de la table, trois associations manquent à l’appel : l’Auberge des Migrants, Utopia 56 et Médecins du monde.

Les deux premières ont décliné l’invitation la veille pour manifester leur désaccord avec la politique migratoire du gouvernement, la troisième le jour même, pour exactement les mêmes raisons, estimant en outre que « le discours tenu par le président à Calais ne [tenait] pas compte de la réalité dont témoignent nombre d’associations ». « Ces réunions sont très souvent utilisées pour justifier une concertation avec les associations alors que ce n’est pas vrai, indique Loan Torondel. Ceux qui ont rencontré le premier ministre à Matignon ont pu constater à quel point le dialogue n’exist[ait] pas. S’il n’y a pas de consultation à Paris, il y a peu de chances qu’il y en ait à Calais… »

Après avoir évoqué la nécessité de revoir le « dispositif dépassé » de Dublin et de renégocier les accords du Touquet – question qui sera au cœur de la rencontre du chef de l’État avec la première ministre britannique Theresa May, jeudi 18 janvier –, l’un des responsables associatifs fait mention des grands absents de la réunion. « Les gens qui ont fait le choix de ne pas être là font aussi le choix de ne pas dialoguer. La bonne volonté trouve ses limites dans la mauvaise volonté de l’autre », balaie Emmanuel Macron en guise de réponse, tandis que la maire LR de Calais, Natacha Bouchart, en profite pour regretter que certains « utilisent la provocation pour se faire de la publicité ».

Les unes après les autres, toutes les associations présentes autour de la table font part de leur vive opposition à la circulaire du 12 décembre et, plus largement, au projet de loi sur l’asile et l’immigration, attendu en conseil des ministres le 21 février, dont les grandes lignes leur ont été présentées par Matignon quelques jours plus tôt et dont l’orientation n’a aucune chance de changer, comme l’a d’ores et déjà indiqué Gérard Collomb dans Le Parisien. Mardi, le chef de l’État n’est pas entré dans le détail des mesures, laissant simplement comprendre que sur ce point encore, les marges de manœuvre de la société solidaire étaient faibles, pour ne pas dire inexistantes.« La rigueur de votre politique laisse peu de champ à l’apaisement », a regretté le président du Secours catholique, Didier Degrémont, critiquant à son tour cette circulaire qui « piétine, selon lui, la sacralité de l’accueil ». « Vous êtes en train de donner naissance à un mouvement de contestation d’une ampleur unique », a-t-il indiqué à l’adresse d’Emmanuel Macron, qui lui a répondu, en fin d’échanges, qu’il « ne laisserait personne faire de raccourcis ». « Les gens qui parlent de rafles, de police, sont mensongers et indignes du débat », a-t-il glissé, passant sous silence ce large espace de critique qui existe pourtant entre le point Godwin et le chèque en blanc.

Sur le sujet de l’asile et de l’immigration, comme sur beaucoup d’autres, le président de la République reste convaincu de son fait. Il veut être compris, accepté et surtout, suivi. Puisqu’il dit tenir « un langage de vérité », tous ceux qui le contestent sont forcément soupçonnés de mentir un peu, même inconsciemment. Sous couvert de concertation, il ne semble en réalité proposer qu’une alternative : être avec ou contre lui.

Libération // Discours de Macron à Calais

Par LIBERATION, avec AFP — 
Emmanuel Macron à Calais, le 16 janvier.
Emmanuel Macron à Calais, le 16 janvier. Photo Denis Charlet. AFP

Le président de la République a défendu le travail des policiers, tout en les appelant à être «exemplaires» vis-à-vis des migrants. L’Etat devrait par ailleurs se charger de l’accès à la nourriture.

Emmanuel Macron s’est exprimé ce mardi depuis Calais sur sa politique d’immigration. Le président de la République a d’abord déclaré qu’il comptait «assurer la sécurité du port de Calais et du tunnel sous la Manche» et rendre impossible le passage illégal au Royaume-Uni. «Calais ne doit pas être une porte d’entrée dérobée vers l’Angleterre», a-t-il déclaré. «En aucun cas, nous ne laisserons se reconstituer une jungle à Calais», a-t-il ajouté devant les forces de l’ordre.

Alors que les policiers sont régulièrement mis en cause car, selon l’ONG Human Rights Watch et plusieurs associations, ils confisquent les affaires des exilés et les aspergent régulièrement de gaz poivre, Emmanuel Macron a appelé les agents de l’Etat à être «exemplaires» vis-à-vis des migrants. «Aucun manquement à la déontologie ne sera toléré» et «si manquement il y a, des sanctions seront prises», a affirmé le président de la République, en annonçant qu’une circulaire serait prochainement adressée aux préfets.

Mais qu’il y ait des manquements ou non, le chef de l’Etat a également annoncé une «prime exceptionnelle de résultats» pour les forces de l’ordre «affectées de manière permanente» dans le Calaisis.

Le président s’en est par ailleurs pris aux associations qui «encouragent ces femmes et ces hommes à rester, à s’installer dans l’illégalité, voire à passer» en Grande-Bretagne «prennent une responsabilité immense». «Jamais elles n’auront l’Etat à leurs côtés», a-t-il ajouté.

Enfin, Emmanuel Macron a annoncé que l’Etat s’occupera désormais de «l’accès à la nourriture et aux repas, qui est assuré aujourd’hui par les associations». «Je vais vous le dire très clairement, nous allons le prendre à notre charge, de manière organisée, avec des points mobiles, sans tolérer aucune installation de campements illicites», a-t-il dit

Le monde // Macron en visite à Calais, où le problème reste entier

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2018/01/16/macron-en-visite-a-calais-ou-le-probleme-des-migrants-reste-entier_5242204_1654200.html#woBsz04MORerlJkp.99

Quinze mois après l’évacuation de la « jungle », quelque 600 migrants qui veulent passer en Grande-Bretagne survivent dans des conditions difficiles, alors que les autorités continuent d’entraver le travail des associations.

LE MONDE |   |Par Maryline Baumard

Des migrants font la queue pour obtenir de la nourriture auprès d’associations d’aide, à Calais, le 1er janvier.

Emmanuel Macron joue le classicisme en choisissant Calais pour son premier déplacement sur l’immigration. De la caserne de gendarmerie à la mairie, en passant par le port et la sous-préfecture – où l’attendront les associations de soutien aux migrants –, le président de la République se met dans les pas de dizaines d’élus qui, avant lui, ont suivi le même circuit dans cette ville sinistrée.

Cette fois, la version officielle veut que la situation se soit « considérablement améliorée ». Les éléments de langage de la visite posent même qu’« on va vers une normalisation », que le chef de l’Etat souhaite « soutenir » et « consolider ».

Pas tout à fait la vision qui remonte du terrain, quinze mois après l’évacuation de la « jungle ». Pour le très modéré Jean-Claude Lenoir, président de l’association d’aide aux migrants Salam, on serait plutôt « revenu dix ans en arrière ». Quant à Natacha Bouchart, la maire (Les Républicains) de Calais, elle estime qu’« au fond, le problème des migrants à Calais reste entier ».

  • Qui sont les migrants de Calais ?

Les 8 000 qui campaient dans la « jungle » au moment du démantèlement, en octobre 2016, seraient 600 aujourd’hui, selon le comptage effectué par l’association L’Auberge des migrants le 2 janvier, lors des distributions de nourriture – les autres organisations confirment le chiffre. Pour la préfecture, ils sont 350. Mais la tradition veut que les décomptes de la zone soient sous-estimés, et même l’Elysée préfère la fourchette « 350 à 500 ». Majoritairement très jeunes, ils sont Erythréens, Ethiopiens, Afghans et Pakistanais. Certains n’ont jamais quitté Calais depuis le démantèlement, d’autres ont des bases arrières en Belgique ou à Paris.

  • Comment vivent-ils ?

« Dans les fossés », répond régulièrement Christian Salomé, le président de L’Auberge des migrants. Face à la « tolérance zéro » de l’Etat, ils fuient et se cachent pour dormir. Il a fallu une condamnation du Conseil d’Etat, le 31 juillet 2017, pour que soit installée une rampe d’eau avec des robinets à disposition en journée. « Nous avons installé vingt-cinq toilettes et emmenons ceux qui le souhaitent prendre des douches », ajoute Stéphane Duval, de La Vie active. Vendredi 12 janvier, 160 d’entre eux ont pu se laver.

  • Que font-ils là ?

« 100 % de ceux qui sont là veulent aller en Grande-Bretagne », observe Gilles Debove, policier responsable SGP-FO. Les traversées réussies sont suffisamment nombreuses « pour entretenir l’espoir », ajoute François Guennoc, de L’Auberge des Migrants, qui reçoit régulièrement des appels depuis Londres. La version officielle, elle, serait plutôt qu’« ils se heurtent à une frontière fermée qui a fait de Calais une impasse pour eux ». Selon l’Elysée en effet, « la frontière est mieux maîtrisée et les tentatives d’intrusions [dans le tunnel sous la Manche] ont baissé de 52 000 entre 2017 et 2016 », restant quand même à 115 000 sur l’année.

  • Sont-ils aux mains des passeurs ?

« A Calais ne restent que ceux qui n’ont pas d’argent et tentent sans passeur », affirme Vincent De Coninck, du Secours Catholique. Ceux qui peuvent payer passent depuis Bruxelles, Grande-Synthe, ou sont pris en charge depuis Calais, mais redescendent plus au sud pour commencer le voyage, observent les acteurs de terrain à l’unisson. Mais côté Elysée, on préfère rappeler l’idée que « tout ce système est fortement encouragé par les filières de passeurs » et que « la priorité de l’Etat est toujours de démanteler les filières ». Au bilan 2017, vingt-quatre filières ont été démantelées sur cette zone, contre vingt l’année précédente.

  • Pourquoi aucun campement ne se reconstitue ?

« Ici la durée de vie d’une tente est de deux jours », note François Guennoc. « Nous sommes face à une destruction systématique et pleinement assumée des tentes et autres abris… Même en plein hiver », renchérit Jean-Claude Lenoir, outré de cette pratique. Qu’après on discute si les autorités « ramassent les biens des migrants abandonnés » comme le veut la version officielle, ou si elles leur confisquent tentes, sacs de couchage et affaires personnelles, importe peu à M. Lenoir, qui observe surtout que les exilés préfèrent fuir qu’être arrêtés et sont de ce fait contraints d’abandonner leur maigre paquetage.

 Lire aussi :   Il y a un an, l’évacuation de la « jungle » de Calais

Lundi, le Secours catholique et L’Auberge des migrants ont déposé plainte pour destruction de biens. ils avaient marqué des sacs de couchages et des bâches et ont compilé les preuves que leur matériel a bien terminé à la déchetterie. Une semaine avant la visite d’Emmanuel Macron, le sous-préfet a pourtant annoncé, mardi 9 janvier, que les migrants pourraient désormais récupérer leurs sacs à dos et autres effets personnels, qui seraient stockés dans une benne spécifique et non envoyés directement à la déchetterie. Les associations attendent de voir.

Le climat est mauvais. Les migrants sont épuisés. Les inspections générales de l’administration (IGA), de la police nationale (IGPN) et de la gendarmerie nationale (IGGN) ont estimé « plausibles », « des manquements à la doctrine d’emploi de la force et à la déontologie policière » dans un rapport d’octobre 2017. « On n’a plus d’attaque intempestive, comme du temps de la jungle », résume pour sa part Gilles Debove, mais les forces de l’ordre sont, selon lui « sous une pression permanente ».

Emmanuel Macron devrait profiter de ce déplacement pour rappeler que policiers et gendarmes se doivent d’être « exemplaires dans leurs interventions ». Le chef de l’Etat souhaite que chaque mise en cause aille au bout. Et « soit les faits sont exacts et appellent des sanctions. Soit ils sont inexacts et ceux qui ont diffusé fausses information doivent faire l’objet de poursuites », rappelait hier son entourage. Il en va pour l’Elysée de « la déontologie de l’accueil et de l’accompagnement des migrants en France ».

  • Les migrants dorment-ils tous dehors ?

« Plusieurs dizaines de migrants sont hébergés chez les Calaisiens », observent plusieurs bénévoles. Chaque association a sa liste de familles prêtes à accueillir. Avec le plan grand froid, 270 places d’hébergement ont été ouvertes par la préfecture à Calais. Un dispositif volontairement minimal pour inciter les exilés à partir vers les Centres d’accueil et d’examen des situations (CAES).

Trois déclinaisons de ce nouveau sigle ont ouvert dans les Hauts-de-France, après que le Conseil d’Etat a obligé à la mise à disposition d’abris. Les exilés qui risquent un renvoi ailleurs en Europe ou dans le pays qu’ils ont fui refusent de s’y rendre : on y contrôle leur situation administrative et on les y assigne éventuellement à résidence pour tenter de les faire monter dans un avion.

C’est aussi dans ces lieux que ceux qui le souhaitent peuvent demander l’asile et que ceux qui veulent rentrer chez eux volontairement ont accès aux propositions de retour aidé. Mais la formule ne plaît guère au sein d’une population qui a massivement laissé des empreintes ailleurs en Europe, et, depuis le mois d’août « 37,5 % ont quitté le centre avant qu’on procède examen de situation », observe-t-on à l’Elysée.

  • Qui sont les bénévoles ?

Accusés d’empêcher les migrants d’aller dans les CAES par la préfecture aujourd’hui ; priés d’aller exercer leurs talents ailleurs par le ministre de l’intérieur au début de l’été 2017, qualifiés de « No Borders » par la maire de la ville, 50 à 70 bénévoles (à 60 % britanniques) œuvrent à humaniser la zone. Ils travaillent aux côtés des salariés de quelques associations devenues des quasi-institutions en vingt-cinq ans de crise migratoire. Ces derniers collectionnent les procès-verbaux de stationnement à 135 euros, version locale du délit de solidarité. « Ça s’était arrêté au cœur de l’été, après la condamnation du Conseil d’Etat, et puis ça reprend », regrette une des victimes.

 Lire aussi :   De la « jungle » de Calais à l’université de Lille

L’Auberge des Migrants et Help Refugees, deux des principaux intervenants de l’humanitaire calaisien, ont dû consacrer 100 000 euros pour mettre aux normes une cuisine menacée de fermeture par les services d’hygiène. C’est de là que sortent chaque jour les 2 500 repas (de nombreux migrants prennent deux portions) quotidiens qui pallient le désengagement de l’Etat sur ce point. Les associations interviennent aussi sur la santé, même là l’Etat ne s’est pas totalement effacé et permet à 30 exilés chaque jour d’être soignés à l’hôpital.

  • Est-il normal de mourir à Calais à 18 ans ?

Le 9 janvier, les 22 et 29 décembre 2017, trois migrants sont morts sur l’autoroute en tentant de passer la frontière. Natacha Bouchart estime qu’il faut empêcher les exilés de « mettre en péril leur vie et la vie d’autrui ». Il « faut inventer un régime beaucoup plus répressif pour les empêcher de s’introduire sur la rocade », insiste la maire de Calais, qui rêve d’un surcroît de fermeté. Mme Bouchard, qui observe la présente importante de mineurs – ils seraient une centaine, selon les associations – souhaite « que les Britanniques ouvrent un bureau pour traiter depuis ici les regroupements familiaux et développe les passages légaux ». Une demande sur laquelle elle est en phase avec le chef de l’Etat.

  • L’économie calaisienne redémarre-t-elle ?

L’exécutif veut aussi par ce déplacement faire passer le message que l’économie du Calaisis redémarre. Aux aides de l’Etat français, Mme Bouchart aimerait ajouter une participation britannique pour donner un coup de fouet au trafic ferroviaire, qui repart. « Je souhaiterais que dans sa renégociation des accords du Touquet, le chef de l’Etat obtienne pour Calais une compensation aux pertes économiques qu’a subies la ville à cause de sa situation », observe l’édile.

Les Britanniques, qui ont contribué à financer l’enlaidissement de cette capitale de la dentelle à coup de clôtures et de grillages, seront-ils prêts à mettre une nouvelle fois la main au porte-monnaie ? Réponse lors du sommet franco britannique de jeudi 18 janvier à Sandhurst (Royaume-Uni). En attendant, les pourparlers sur ce point vont bon train.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2018/01/16/macron-en-visite-a-calais-ou-le-probleme-des-migrants-reste-entier_5242204_1654200.html#rOWHpvgm3r3brKlf.99

France info // Visite de Macron à Calais: « Tous les soirs, les policiers prennent nos tentes et nous frappent » racontent des migrants

https://www.francetvinfo.fr/france/hauts-de-france/migrants-a-calais/visite-d-emmanuel-macron-a-calais-tous-les-soirs-les-policiers-prennent-nos-tentes-et-nous-frappent-racontent-des-migrants_2563999.html

Emmanuel Macron se rend mardi à Calais, symbole de la crise migratoire, pour y défendre sa politique sur l’asile et l’immigration. Depuis le démantèlement de la « jungle » en octobre 2016, les associations dénoncent des conditions indignes pour les migrants.

L\'atmosphère dans un camp de migrants improvisé à Calais avant l\'arrivée d\'Emmanuel Macron mardi 16 janvier 2018.
L’atmosphère dans un camp de migrants improvisé à Calais avant l’arrivée d’Emmanuel Macron mardi 16 janvier 2018. (CLEMENCE BONFILS / RADIO FRANCE)
avatar

Sandrine Etoa-AndeguefranceinfoRadio France

Mis à jour le 
publié le 

imageil y a 24 minutes

DIRECT. Des dizaines de surveillants s’installent devant la prison de Vendin-le-Vieil pour tenter d’empêcher la ministre de la Justice de sortir

Hussein et Barack dorment dans un sous-bois. Ces deux jeunes Ethiopiens l’appellent la « jungle », comme celle évacuée en octobre 2016. Ils montrent trois tentes fluo posées sur le sol boueux et glacé. Autour, des déchets, des cartons et des bouteilles de verre. « Il fait très froid, racontent-ils. Tous les soirs, les policiers prennent nos tentes, nos sacs de couchage et nous frappent. La vie à Calais est très dure. C’est inhumain. »

Ces propos font bondir Gilles Debove, délégué du syndicat Unité SGP Police Force Ouvrière. « Je n’y crois pas du tout », réagit-il. Selon lui, les policiers se contentent de démanteler les nouveaux camps. Il souhaite que les policiers soient équipés de caméras piétons pour appuyer leurs dires. « Une fois que le camp est démantelé, une fois que les personnes ont quitté les lieux, effectivement, on a des tentes qui sont restées là, des duvets qui sont restés là, des chaussures qui sont abandonnées et ce sont les services de voirie qui ramassent les effets qui vont à la destruction », explique Gilles Debove.

Des plaintes déposées pour destruction de biens

Des effets que les associations ont prêtés aux réfugiés plutôt que de les leur donner. Grâce à cette parade, l’Auberge des migrants, où Maya Konforti est bénévole, a pu porter plainte pour destruction de biens. « On leur a fait signer un contrat de prêt. On a floqué les sacs de couchage et les couvertures », explique-t-elle. 

On leur a dit : ‘Quand la police vous prend votre sac de couchage, appelez-nous et déclarez que la police vous a pris un bien qui appartenait à l’association’Maya Konforti, Auberge des migrantsfranceinfo

Deux associations ont ainsi porté plainte contre X pour « destruction de biens ». D’autres associations sont prêtes à faire la même démarche. Deux ont refusé de rencontrer Emmanuel Macron lors de sa visite prévue mardi 16 janvier à Calais.

Le monde // Immigration: arrivées et renvois en hausse en 2017

La Direction générale des étrangers de France a publié son rapport, mardi, sur les chiffres de l’immigration en 2017 alors qu’Emmanuel Macron se rend à Calais.

Le Monde.fr |Par Maryline Baumard

 

Des migrants attendent près d’un parking à camions, à Calais (Pas-de-Calais), le 12 janvier.

En 2017, la France a délivré 13,7 % de nouveaux titres de séjours de plus qu’en 2016. Quelque 262 000 étrangers en ont obtenu un premier. Rendues publiques par le ministère de l’intérieur mardi 16 janvier, les données 2017 sur l’immigration risquent d’alimenter la polémique sur ce sujet difficile à manier en finesse. D’autant qu’ils sont annoncés le jour même où le chef de l’Etat fait sa première sortie sur le thème, et alors que la future loi asile et immigration fait débat.

Les entrées 2017 se sont d’abord faites pour motif familial : 91 070 étrangers ont obtenu un premier titre de séjour (+ 2,2 %), majoritairement parce qu’ils ont épousé un ressortissant français ou fait venir des membres de leur famille. Le deuxième groupe de nouveaux venus, lui, est composé des étudiants qui ont été 88 095 à commencer un cursus en France (+ 19,6 %). Vient ensuite la catégorie des visas humanitaires délivrés à 40 305 personnes (+ 35 %), essentiellement au titre de l’asile ; puis les 27 690 nouveaux venus (+ 20,5 %) autorisés pour la première fois à venir travailler en France.

Lire aussi :   Macron en visite à Calais, où « le problème des migrants reste entier »

Ce distinguo permet de comprendre combien ces entrées sont un mixte d’« immigration subie » et de « migration choisie ». Les passeports talents, voie royale offerte à ceux que la France rêve de faire venir, tiennent une place particulière dans ce paysage. A l’heure de la bataille mondiale des cerveaux, la France est peut-être en train de trouver des moyens d’attirer avec ce dispositif puisque 27 856 ont été délivrés (ou renouvelés) depuis leur création fin 2016. Depuis 2012, la hausse des entrées est continue et régulière en France.

Affaire compliquée

A l’autre bout de la chaîne, 27 373 personnes, soit 10,8 % de plus qu’en 2016 ont, elles, quitté la France en 2017. Comme les entrées, ce nombre amalgame des réalités disparates. Il intègre d’abord les 6 596 renvois forcés vers des pays extérieurs à l’Union européenne. C’est la donnée la plus emblématique de la politique pudiquement baptisée de « reconduite ». Ce nombre, en hausse de 7 % par rapport à une « mauvaise » année 2016 en matière de renvoi, ne fait que rattraper le nombre d’expulsions de 2015 (6 311). Il concerne évidemment les déboutés du droit d’asile, que le gouvernement Philippe promet de renvoyer plus massivement. C’est d’ailleurs l’esprit dominant du projet de loi qui sera présenté en conseil des ministres le 21 février et c’est le cœur de la politique menée par Gérard Collomb depuis son arrivée Place Beauvau.

Ces renvois hors Union Européenne s’ajoutent aux expulsions de ressortissants européens (essentiellement Roumains) en hausse de 9,2 %, et surtout à la remise à l’avion des « Dublinés ». Cette dernière catégorie concerne les demandeurs d’asile qui ont laissé leurs empreintes dans un autre pays d’Europe, vers lequel la France voudrait les renvoyer. Le gouvernement met beaucoup d’énergie et de moyens pour obtenir leur réadmission, afin qu’ils ne demandent pas l’asile en France. Mais l’affaire est compliquée, même si, au final, cette énergie dépensée aboutit à une hausse de 37,5 %, avec 4 589 départs forcés. Le résultat reste cependant mitigé puisqu’un tiers des 100 412 demandeurs d’asile de 2017 étaient « dublinables ».

Politique offensive

A tout cela s’ajoutent des départs spontanés (+ 43,5 %), parfois aidés d’un petit coup de pouce. Si la première catégorie intègre tous ceux qui pour des raisons variées ont décidé de rentrer chez eux, la seconde concerne essentiellement des Afghans et des Albanais usés par leur périple migratoire. L’Office français de l’immigration et de l’intégration mène une politique offensive, et offre des aides à la réinstallation qui ont convaincu 28,2 % de personnes de plus qu’en 2016. Ainsi, ils sont 1 078 à avoir décidé de repartir et sont aidés financièrement pour développer un projet économique s’ils sont Afghans (pas s’ils sont albanais).

Par ailleurs, dans le contexte du rétablissement des contrôles aux frontières intérieures, les non-admissions d’étrangers ont fortement augmenté comme le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb s’en était plusieurs fois félicité. En 2017, 85 408 personnes se sont vues notifier un refus d’entrer, soit une hausse de 34 %. Cette pratique est surtout à l’œuvre à la frontière franco-italienne.

 Lire aussi :   Migrants : « M. Macron, votre politique contredit l’humanisme que vous prônez ! »

L’équilibre n’est pas facile à trouver pour la France, qui se veut pays touristique, et souhaite en même temps limiter les entrées de personnes qui pourraient profiter d’un visa court séjour pour s’installer. Après le repli de 2016, le nombre de visas délivrés repart à la hausse en 2017, avec un total de 3 420 395 (+ 11 %). Les ressortissants chinois, indiens et russes en sont les premiers bénéficiaires et cette fois encore la Chine reste le premier pays d’origine des titulaires de visas (849 550 délivrés). Soit 18,7 % de plus qu’en 2016.

Le Monde // A Calais, des associations portent plainte contre la confiscation des biens des migrant.e.s

www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2018/01/15/calais-des-associations-portent-plainte-contre-la-confiscation-des-biens-des-migrants_5242004_1654200.html

A la veille de la venue d’Emmanuel Macron à Calais, la tension monte dans le milieu associatif. Dépôt de plainte et refus d’assister à la réunion de demain montrent l’exaspération des humanitaires.

LE MONDE |  | Par Maryline Baumard

Distribution de nourriture à des migrants de Calais, en mars 2017.
Distribution de nourriture à des migrants de Calais, en mars 2017. PHILIPPE HUGUEN / AFP

A la veille de la venue à Calais du chef de l’Etat, des associations déposent plainte contre X pour destruction et « destruction et dégradation » de biens leur appartenant. A 14 heures lundi 15 janvier, un courrier de dépôt de plainte a été posté en recommandé à destination du procureur du tribunal de grande instance de Boulogne. Dans l’enveloppe, une série de témoignages racontent comment les biens appartenant aux quelques centaines de migrants qui errent dans le Calaisis et tentent de franchir la frontière, sont confisqués et détruits. Le Secours catholique et L’Auberge des migrants sont les premiers à se lancer dans la démarche. Devraient suivre toute une série d’autres associations, de Help Refugees à Women Center en passant par Utopia 56 ou Care for Calais.

Pour pouvoir porter plainte, un collectif d’associations avait « tatoué » 700 sacs de couchage et autant de bâches aux logos de leurs associations. Ce matériel a été distribué le 6 décembre à des exilés, avec signature d’un contrat de prêt. « Nous avons fait signer 120 contrats de prêts », raconte un des participants à l’opération. Cette formule permet de faire valoir que le matériel appartient toujours aux associations et de dénoncer une pratique qu’ils estiment quotidienne.

Bâches et sacs de couchage sont des éléments essentiels de la survie dans cette zone au vent glacial et humide. Mais depuis la distribution, les témoignages de confiscation de ces matériaux affluent. Ces objets finissent en général à la déchetterie et sont détruits. Ce qui exaspère les associations, qui disposent d’un large stock mais refusent de cautionner ce gâchis.

Lire aussi :   Calais : « On occulte l’urgence et la nécessité qui ont poussé les gens à venir jusqu’ici »

Des confiscations non reconnues officiellement

Parmi ces témoignages, un humanitaire raconte comment le 11 décembre à 15 h 30, il est témoin d’une opération de « nettoyage ». Il demande à vérifier que des objets lui appartenant ne sont pas dans la benne. Le gendarme « me répond que je ne dois pas m’inquiéter et qu’ils ont vérifié que rien qui soit floqué avec nos logos n’est jeté ». L’humanitaire suit pourtant le camion et « à un feu rouge, la personne qui m’accompagne descend de notre voiture et prend clairement la photo du camion et de la bâche marquée avec le nom du Secours catholique et celui des autres associations », raconte-t-il, reprenant les éléments du témoignage envoyé.

Le 13 décembre déjà, une autre association, assurant une mission d’accompagnement auprès de dix exilés, arrive près d’eux alors qu’ils viennent de se faire dépouiller de leurs maigres biens. Ce groupe de migrants affirme s’être fait retirer duvets, bâches et sacs à dos. « Parmi ces duvets et ces bâches certaines appartenaient à des associations et comportaient leur logo », rappelle la personne dont le témoignage fait aussi partie de l’envoi au procureur. Là encore certaines pièces emportées avaient fait l’objet d’un contrat de prêt.

Officiellement, ces confiscations ne sont pas reconnues par les autorités. l’Etat prétend par divers canaux qu’il s’agit d’opérations de nettoyage et que les seuls objets enlevés sont des matériaux abandonnés par les migrants.

Deux associations ne rencontreront pas Emmanuel Macron

Le 5 décembre 2017, Le Monde avait été témoin du réveil d’un groupe de migrants par la police, dans la ville de Calais. Matelas, couvertures et effets personnels avaient été mis à la benne. Les migrants, eux, étant pour certains consignés sur place sous un pont de la ville pendant que leurs biens étaient chargés dans un camion benne par des agents municipaux.

« Par respect pour les migrants, bien évidemment, mais aussi pour nos donateurs, nous ne pouvons laisser passer ces confiscations sans déposer plainte », observe Vincent de Coninck, du Secours catholique.

Deux des associations importantes sur le terrain à Calais refusent d’être présentes mardi soir à la réunion à laquelle les convie le chef de l’Etat. Il s’agit d’Utopia 56 et de L’Auberge des Migrants. Toutes deux sont des piliers de la gestion locale des 500 à 600 exilés présents sur place.

La voix du Nord // Ce que les associations d’aide aux migrants demandent au Président macron

http://www.lavoixdunord.fr/297349/article/2018-01-15/ce-que-les-associations-d-aide-aux-migrants-demandent-au-president-macron

Les associations qui viennent en aide aux migrants réclament plus de dignité envers les migrants de la part des autorités.

En fin d’après-midi, vers 17 h 45, une rencontre est prévue en sous-préfecture de Calais entre le président de la République et les associations d’aide aux migrants, durant près d’une heure et demie. Seul un membre de chaque association pourra participer à cette réunion. Utopia 56, l’Auberge des migrants ont annoncé ce lundi qu’elles n’y participeraient pas. Le Secours catholique, Salam, La Vie active, France terre d’asile seront notamment présentes. Voici ce qu’elles réclament à Emmanuel Macron.

Une ouverture du dispositif hivernal jusqu’au 31 mars

Depuis début décembre, dans le cadre de ses obligations légales d’aide aux migrants, l’État a mis en place un dispositif d’hébergement d’urgence quand les conditions climatiques sont difficiles. Deux lieux sont ainsi ouverts ponctuellement, la nuit, sur seule décision de l’État : les conteneurs route de Saint-Omer pour les femmes et enfants, et un hangar zone des Dunes, rue des Huttes, pour les hommes. Les associations réclament que ces hébergements d’urgence soient ouverts «  jusqu’au 31 mars au minimum  ».

Des lieux de distribution « dignes »

«  Les autorités doivent ouvrir un ou des lieux de distribution dignes, pour que les associations puissent faire leur indispensable travail ailleurs que dans la rue et dans les intempéries.  » «  Un hébergement d’urgence à Calais, avec des conditions d’accueil dignes  », demande Loan Torondel de l’Auberge des migrants. Depuis le démantèlement de la « jungle » en octobre 2016, les lieux de distribution se déroulent dehors, rue des Verrotières, zone des Dunes et place de Norvège, où les migrants prennent leurs repas à même le sol. Cette semaine, la préfecture du Pas-de-Calais a confié ne pas être «  fermée à la création d’un point de distribution de repas aux migrants avant la fin de la période hivernale  ». Il s’agirait de créer un lieu de distribution mobile. Elle assure qu’une «  réflexion est engagée  » et qu’une solution, qui n’a pas encore été trouvée, pourrait être mise en œuvre «  en deux semaines  »

 

Les affrontements entre CRS et migrants sont quotidiens.

En finir avec les destructions des affaires des migrants

Depuis plusieurs semaines, les associations dénoncent «  la confiscation puis la destruction systématique des sacs de couchage, bâches et autres affaires des migrants  » lors des démantèlements de squats selon la politique du zéro point de fixation. À quelques jours de la venue d’Emmanuel Macron, la préfecture a indiqué qu’un nouveau dispositif serait mis en place d’ici fin janvier pour les démantèlements  : deux camions benne blancs seront maintenant utilisés. L’un des deux sera dédié aux déchets ; l’autre aux affaires personnelles, duvets et couvertures des migrants.

L’ouverture de centres d’accueil sur le littoral

«  Dès que possible, le gouvernement doit ouvrir des centres d’accueil sur le littoral, pour permettre aux personnes de se poser, d’être informées sur leurs droits. Il faut mettre en place des structures d’accueil dignes pour les migrants à Calais et Dunkerque en attente de transfert, pour éviter les conditions sanitaires actuelles  », réclament les associations.

« Des voies de passage sûr et légal pour les mineurs et les familles »

Après sa venue à Calais, Emmanuel Macron rencontrera la première ministre britannique Theresa May jeudi, à Sandhurst, au sud de Londres, dans le cadre du sommet franco-britannique. À quelques jours de ce dernier, deux associations d’aide aux exilés, L’Auberge des migrants et Safe Passage, ont mis en ligne une pétition pour réclamer la mise en place «  en urgence  » de «  voies de passage sûr et légal pour les mineurs, les familles et les personnes âgées, afin que ces personnes ne prennent plus de risques lors de traversées illégales  ». L’amendement Dubs qui prévoyait l’accueil de réfugiés mineurs non accompagnés au Royaume-Uni n’a pas atteint les quotas annoncés. En effet, alors que 3 000 mineurs isolés devaient être accueillis dans le pays, le gouvernement britannique a décidé de suspendre les arrivées après avoir accueilli seulement 350 mineurs. Elles réclament aussi l’application «  des procédures de réunification familiale, pour les adultes comme pour les mineurs  », estimant qu’à l’heure actuelle, «  l’État français n’assure pas un accès à l’asile aux fins de réunifications familiales conformément à Dublin III*  », et les autorités britanniques, «  ont mis en place des exigences déraisonnables au regard de la situation des exilés  ».

* Selon le règlement Dublin, un seul État est responsable de l’examen d’une demande d’asile dans l’Union européenne. Selon le règlement Dublin III, il s’agit soit du pays par lequel le migrant est entré et dans lequel il a été contrôlé ; soit l’État qui lui a accordé un visa ou un titre de séjour. La grande majorité des migrants qui échouent à Calais sont « dublinés » dans un autre État que la France.

Lettre ouverte au Président de la République

Les associations qui interviennent en soutien aux exilé.e.s bloqué.e.s à la frontière franco-britannique interpelle le Président de la République: « impulsez une autre politique, mettez l’hospitalité et le respect des droits au coeur de vos préoccupations »



LETTRE OUVERTE

Objet : Exilé.e.s sur le Littoral de la Manche et de la Mer du Nord : constats alarmants et propositions

Monsieur le Président de la République,

Nous avons appris votre venue à Calais le 16 janvier prochain. La situation alarmante dans laquelle survivent les hommes, femmes et enfants exilés bloqués à la frontière franco-britannique mérite toute votre attention, et votre venue est une marque d’intérêt évidente. Mais celle-ci ne saurait avoir de sens que si elle avait pour objectif d’impulser une politique d’accueil radicalement différente.

Aujourd’hui, à la frontière franco-britannique, plus de 900 personnes survivent dans des conditions diverses, mais toutes plus indignes les unes que les autres.

Il est déplorable que dans un pays aussi riche que le nôtre, où « plus personne ne devait dormir à la rue à la fin de l’année dernière », nous ayons besoin de la solidarité et de la mobilisation de dizaines d’associations et de centaines de bénévoles pour que des personnes accèdent à un repas et à de l’eau potable, ou à un duvet, une bâche et une couverture de survie pour ne pas mourir de froid. Il est encore plus intolérable que dans un pays comme le nôtre ces mêmes personnes soient pourchassées, leurs abris et effets personnels détruits. Il est insupportable qu’elles aient, en plus de cela, à subir de la violence physique, parfois de la part des passeurs et autres trafiquants d’êtres humains, mais trop souvent de la part des forces de l’ordre.

Monsieur le Président, porter une autre politique, c’est, d’abord et avant tout, regarder la réalité en face. La politique d’inhospitalité que vous menez actuellement n’est pas différente de celles de vos prédécesseurs. Elle s’en distingue simplement par sa dureté et prolonge 25 années d’échec.

Pourquoi cet échec ? Parce que les gouvernements successifs, et y compris le vôtre, persistent à ne pas voir que Calais et plus largement le littoral de la Manche et de la Mer du Nord, verront toujours arriver des personnes souhaitant pour de bonnes ou de mauvaises raisons se rendre en Grande Bretagne. Vous persistez à penser que rendre les conditions de vie plus dures dissuadera ces personnes de venir à Calais, comme si elles ne venaient que pour quelques douches ou un abri de fortune. Vous persistez à ne pas voir que de nombreuses personnes ont des raisons valables de se rendre en Grande Bretagne, qui les empêcheront de changer leur projet migratoire ; et que d’autres, perdues, cherchent une échappatoire aux règles iniques du règlement Dublin.

Votre venue, Monsieur le Président, est une occasion pour faire cesser les situations indignes qui règnent à cette frontière, pour redonner force et vigueur à nos valeurs, pour impulser une politique d’hospitalité.

Un gel des démantèlements

Cette nouvelle politique ne sera crédible que si un gel des démantèlements de camps, campements et squats est prononcé tant que des solutions pérennes et adaptées ne sont pas mises en place.

L’objectif principal de cette politique doit être de promouvoir des solutions d’accueil dignes dans tous les lieux où (sur)vivent des exilés de passage, en prenant en considération les spécificités locales et en s’engageant à soutenir les élus locaux hospitaliers. Ces lieux d’accueil peuvent éventuellement et très ponctuellement prendre l’aspect de camps de réfugiés pour répondre à l’urgence humanitaire et mettre à l’abri l’ensemble des personnes présentes. Cependant, des solutions d’accueil à long terme doivent être enfin soutenues et mises en œuvre. Les associations intervenant sur les camps d’exilés de passage proposent depuis longtemps un projet d’accueil digne appelé « Maison du migrant ». Votre venue est l’occasion de vous proposer de relancer un dialogue entre les associations et les pouvoirs publics interrompu au printemps 2014 en raison de la destruction violente de campements.

Une politique respectueuse des droits des personnes

Plus largement, c’est le respect du droit qui est nécessaire.

Il n’est pas admissible que quotidiennement les associations en contact direct avec les exilés reçoivent des témoignages, quand elles n’en sont pas témoins directs, de violences des forces de l’ordre. La lutte contre ces violences doit être une priorité. Cela passe par des sanctions contre leurs auteurs.

Il n’est plus admissible de laisser des mineurs vivre seuls sans une protection adaptée.

Il n’est pas admissible que les effets personnels (couverture, duvet, etc.) des exilés soient systématiquement détruits ou confisqués.

Monsieur le Président, vous devez mettre fin aux violences à la frontière franco-britannique.

Une autre politique migratoire

Mais la présence d’exilés bloqués à la frontière ne cessera que si la Grande-Bretagne, la France et l’Union européenne remettent enfin en cause les politiques migratoires actuelles.

Votre venue à Calais, alors que votre Ministre de l’intérieur va, dans quelques jours, rencontrer son homologue britannique, doit être une occasion de dénoncer les accords du Touquet et l’ensemble des accords franco-britanniques de la gestion de la frontière. Il faut revenir sur l’externalisation des contrôles migratoires britanniques sur le territoire français. Ces accords enferment des milliers de personnes dans une nasse et les condamne à la violence des conditions de vie, des passeurs et des forces de l’ordre. Ces accords empêchent les personnes qui souhaitent demander une protection aux autorités britanniques de le faire sans risquer leur vie.

Votre venue doit aussi être l’opportunité de proposer un moratoire sur le règlement Dublin III qui condamne trop de personnes à l’errance et rend illusoire leur intégration en les empêchant de demander l’asile dans le pays de leur choix.

Enfin, votre venue à Calais pourrait être l’occasion d’un geste fort en faveur de la liberté pour tous de circuler et de ne pas dépérir aux frontières de l’Europe.

Cela fait plus de 20 ans que des associations locales et nationales et des citoyens alertent les pouvoirs publics sur les résultats désastreux des politiques mises en place, et qu’ils proposent d’autres politiques migratoires et d’accueil. Il y a aujourd’hui urgence à changer de politiques.

Dans l’attente, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute considération.

Signataires :

ACCMV minorités visibles humanitaire

Aide Migrants Solidarité Téteghem

Arras Solidarité Réfugiés

Association Bethlehem

ATD Quart Monde Dunkerque

Carrefour des Solidarités du Littoral Dunkerquois

Collectif Fraternité Migrants Bassin Minier 62

ECNOU

Emmaüs Dunkerque

Entraide de l’Eglise Protestante Unie de Dunkerque

Flandre Terre Solidaire

Help refugees

Itinérance Dieppe

L’Auberge des Migrants

La Cabane juridique

La Cimade Nord Picardie

La Fraternité (Bruay la Buissière)

Ligue des Droits de l’Homme – Dunkerque

Médecins du monde – Hauts-de-France

MRAP Dunkerque / Planning familial 62

Refugee Women Center

SALAM Nord/Pas-de-Calais

Terre d’errance Flandre Littoral

Terre d’errance (Norrent-Fontes)

Terre d’Errance Steenvoorde

Secours populaire français (Vendin-Oblighem)

Utopia56

Le Monde // Pascal Brice: « L’OFPRA subit de plein fouet les failles du système européen de l’asile »

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2018/01/08/pascal-brice-l-ofpra-subit-de-plein-fouet-les-failles-du-systeme-europeen-de-l-asile_5238796_1654200.html#AtYRST7pzYj6m1dG.99

Pascal Brice, directeur de l’Office français de protection des réfugiés, analyse le bilan de l’année 2017.
le | Par Maryline Baumard
Le directeur général de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra), Pascal Brice, analyse les données 2017 de la demande d’asile. Il estime que faire attendre les demandeurs, ou tenter de les dissuader, « ne fait qu’aggraver les choses ».
Pour la première fois de son histoire, l’Ofpra a enregistré 100 000 demandes d’asile en 2017. Comment analysez-vous ce record ?
Pascal Brice Le cap des 100 000 demandes d’asile, dont près de 43 000 ont abouti à un statut de réfugié ou à une protection subsidiaire, est symbolique, certes, mais ne doit pas être interprété comme un afflux massif. Il s’agit d’une hausse de 17 % par rapport à l’année précédente et n’oublions pas que l’Allemagne enregistre encore deux fois plus de demandeurs que nous. Cette augmentation ne nous a pas empêchés de réduire fortement nos délais d’instruction des dossiers : environ trois mois aujourd’hui, et nous poursuivons nos efforts pour atteindre deux mois cette année.
Les entrées en France concernent de plus en plus souvent des migrants africains. En matière d’asile, 2017 aura-t-elle aussi été une année africaine ?
Les Soudanais, déjà parmi les nationalités les plus demandeuses depuis 2015, sont en quatrième position. Mais, effectivement, nous voyons apparaître quatre pays d’Afrique subsaharienne parmi les dix nationalités les plus demandeuses : outre le Soudan, la Guinée, la Côte d’Ivoire et la République démocratique du Congo (RDC). Reste que si l’augmentation de la demande africaine marque l’année, les Albanais sont encore les premiers demandeurs.
Le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, est pourtant parti en croisade contre la demande d’asile albanaise…
Leur demande a décru sur la deuxième partie de l’année. Leur taux de protection est à l’office de 6 %, pour plus de 27 % toutes nationalités confondues… La forte présence d’Albanais, comme d’Haïtiens en Guyane, qui fuient essentiellement la misère, a fait légèrement baisser le taux moyen de protection par rapport à 2016. En revanche, les niveaux de protection des Syriens (95 %), des Afghans (83 %) ou des Soudanais (60 %) restent élevés en raison des persécutions ou des conflits dans ces pays.
Il est parfois difficile de déposer sa demande en France. Est-ce acceptable ?
Nous devons rapidement parvenir en tout point du pays à une prise en charge complète, digne, juste et rapide de chaque demandeur d’asile, depuis l’accès à la procédure dans les préfectures, l’hébergement et jusqu’à l’instruction de la demande. C’est indispensable si l’on veut ensuite pouvoir tirer les conséquences des décisions prises, à la fois pour améliorer l’intégration des réfugiés et pour mieux assurer la reconduite des personnes déboutées qui n’ont pas de droit au séjour. C’est une question de moyens, mais au-delà c’est une véritable révolution culturelle qu’il faut conduire en France et en Europe : il faut arrêter de croire que faire attendre les gens, tenter de les dissuader, arrangerait quoi que ce soit. Cela ne fait qu’aggraver les choses pour tout le monde.
Les « pays tiers sûrs », un dispositif qui aurait permis de renvoyer des demandeurs hors Europe sans examen de leur dossier, ne figurera pas dans la prochaine loi sur l’asile. Est-ce une satisfaction pour vous ?
Je me réjouis de la décision de retirer cette disposition du projet de loi. C’eût été une dénaturation du droit d’asile tel qu’il est garanti par la Constitution et de la mission de protection de l’Ofpra. Je m’attends à une évolution du droit européen pleinement compatible avec ce choix.
Et Calais ? Est-il normal qu’il ne soit plus possible d’y déposer une demande d’asile ?
Il faut sur ce territoire, où nous nous substituons de fait aux Britanniques, renouer le fil de l’asile patiemment tissé pendant deux ans avec l’aide des associations et interrompu fin 2016 après l’évacuation complète du bidonville. Personne ne peut accepter que des campements s’y reconstituent et je comprends que les démarches ne se fassent pas sur place. Mais cela suppose que les personnes qui, malgré tout, arrivent dans cette impasse, et qui, au vu de leurs nationalités, ont toute chance de relever du droit d’asile, y soient dûment informées de leurs droits et accompagnées vers des hébergements et un accès à la demande d’asile quelque part sur le territoire national.
Le règlement de Dublin, qui renvoie les demandeurs d’asile dont les empreintes ont été enregistrées ailleurs en Europe, se solde par de nombreux retours. Une telle situation a-t-elle un impact sur l’Ofpra ?
L’Office subit de plein fouet les failles du système européen de l’asile. D’abord, il est inacceptable que nous perdions du temps à instruire le dossier de demandeurs déjà rejetés en Allemagne, qui viennent tenter leur chance en France. Mais tous les « dublinés » ne sont pas déboutés dans un autre pays européen, loin de là. Beaucoup ont simplement été contraints de laisser leurs empreintes sur leur route avant d’arriver en France. L’application actuelle des textes nous empêche d’instruire leur dossier dans un premier temps et en définitive, nous les récupérons ensuite, épuisés par de coûteux mois d’attente… Ce qui n’est bon pour personne.
La solution passe par la mise en place d’un office européen de l’asile, indépendant comme l’est l’Ofpra dans notre pays, mais aussi une répartition solidaire des réfugiés entre les pays européens, comme le chef de l’Etat l’a évoqué dans son discours de la Sorbonne.
En France, ces dernières semaines, le climat s’est alourdi. M. Collomb peut-il recenser le statut des migrants dans l’hébergement d’urgence ?
Il est normal que l’Etat souhaite connaître la situation administrative des personnes qui séjournent sur le territoire, mais cela doit se faire dans le respect de l’accueil inconditionnel des personnes en détresse, comme du travail des acteurs sociaux, et dans un climat de confiance qui suppose notamment que chacun, demandeurs d’asile comme accompagnants, puisse être convaincu que l’on garantit effectivement un accès rapide à l’examen de la demande d’asile.
Le débat qui se poursuivra autour du projet de loi au printemps s’ouvre-t-il sous de bons auspices ?
Je suis heureux qu’un débat s’ouvre, en espérant qu’il sera l’occasion de cesser les confusions entre le droit d’asile et la politique migratoire, car elles desservent finalement toutes l’accueil des réfugiés. Pour cela, il nous faut être totalement irréprochable sur l’exercice effectif du droit d’asile. La politique migratoire, elle, relève d’autres choix du gouvernement dont la mise en œuvre n’incombe pas à l’Ofpra. J’inciterais cependant volontiers à la réflexion sur des situations humanitaires qui nous interpellent, parce que le droit d’asile s’y trouve désarmé, comme pour les déplacés climatiques mais aussi des migrants qui ont été détruits physiquement et psychiquement par leur parcours migratoire – on pense aujourd’hui à l’enfer libyen – mais ne relèvent pas de l’asile car ils n’ont pas fait l’objet de menaces dans leur pays d’origine

Communiqué de presse inter-asso // Lancement des Etats Généraux des Migrations dans le Nord-Pas de Calais

 

15 janvier 2017

***

Lancement des États Généraux des Migrations dans le Nord – Pas de Calais

Conférence de presse à Calais, mardi 16 janvier 2018 à 10h30 – 47 rue de Moscou, Calais

Hasard du calendrier, la concertation des EGM a réuni plus de 40 associations et collectifs dans le 59/62 le même jour que la rencontre controversée à Matignon qui a servi de prétexte à la présentation du projet de loi sur la politique migratoire.

Les politiques d’asile et d’immigration mises en œuvre en France ne cessent de se durcir et de rendre la vie de plus en plus difficile pour la grande majorité des étranger.e.s qui vivent ou transitent sur notre territoire, avec ou sans papier.

Les étranger.e.s qui vivent dans les Hauts-de-France n’échappent pas à ce durcissement. Au contraire, nous dénonçons :

  • les difficultés accrues pour obtenir un titre de séjour ou son renouvellement,

  • une application quasi automatique des Accords de Dublin pour refouler les réfugiés hors de France

  • le parcours du combattant pour qu’un.e mineur.e non accompagné.e soit au moins mis à l’abri, sans parler d’une prise en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance,

  • des mineurs en rétention,

  • les conditions de vie toujours plus indignes des exilés qui survivent aussi bien à l’intérieur des Hauts-De-France qu’ à la frontière franco-britannique,

  • des destructions de bidonvilles sans solutions, quelle que soit la situation administrative des personnes qui s’y abritent (ressortissant.e.s européen.e.s ou non)

  • un harcèlement, qui ne cesse de prendre de l’ampleur, des bénévoles et militant.e.s qui tentent de défendre les droits des personnes étrangères,

Et ce ne sont que des exemples des conséquences dramatiques des politiques migratoires et de non-accueil mises en œuvre.

De plus, les discours systématiquement négatifs voire péjoratifs à propos des migrations, sans que jamais ne soit mis en avant ses aspects positifs, contribuent à un renforcement des stigmatisations et des discriminations des personnes étrangères en France.

Le 14 juin puis le 24 juillet 2017, des centaines d’associations et collectifs venant en soutien aux personnes étrangères en France ont adressé au Président de la République et au gouvernement des demandes pour la mise en place d’une conférence nationale réunissant toutes les parties prenantes et ayant pour objectif de faire émerger des politiques migratoires et d’accueil radicalement différentes.

La réponse fut un « Plan Migrant » incluant une nouvelle loi dont on comprend qu’elle sera encore plus répressive et encore moins accueillante.

Face à cette fin de non-recevoir, nous avons, avec de nombreuses autres associations et collectifs à travers la France, lancé cette concertation citoyenne sur l’accueil et les droits des personnes étrangères.

Jeudi 11 janvier, nous, associations et collectifs composés de personnes issues de l’immigration et/ou venant en soutien aux personnes étrangères, et intervenant dans le Nord Pas-de-Calais, nous sommes réuni.e.s à Lille pour impulser cette dynamique de concertation sur notre territoire.

Près de 100 personnes ont pu débattre des principales problématiques à dénoncer, des initiatives positives pour faire évoluer les choses et de l’organisation à mettre en place pour faire émerger des actions afin de se faire entendre.

Nous sommes ensemble, nous ne nous tairons plus.

Alors qu’Emmanuel Macron vient à Calais mardi 16 janvier pour présenter les axes de sa politique migratoire, nous vous invitons à une conférence de presse ce mardi 16 janvier à 10h30 à l’accueil de jour du Secours Catholique, 47 rue de Moscou, à Calais.

Signatures:

Amnesty International Nord-Pas de Calais-Somme,

Amnesty International Armentières,

Amnesty International Lens-Liévin,

Amnesty International Lille,

Auberge des Migrants,

Cabane Juridique,

Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement – Terre Solidaire Lille,

Cimade Nord-Picardie,

Collectif Afrique,

Collectif Citoyens de Maubeuge,

Comité des Sans-Papiers 59,

COSIM – Collectif des Organisations de Solidarité Internationale issues des Migrations -Hauts de France,

Centre Régional de Documentation sur le Tiers Monde,

DEEP – Dialogue Empathie, Engagement et Paix – France,

GRDR, migrations citoyenneté, développement

Inter-collectif Rroms 59/62,

Ligue des Droits de Homme Dunkerque,

Ligue des Droits de Homme Lille,

Les 4A,

Médecins Du Monde – Hauts de France,

Planning Familial 62,

Protection des Enfants du Tiers Monde,

Réseau d’Accueil des Immigrés dans à Lille,

Secours Catholique 59,

Secours Catholique 62,

Syndicats SUD des agentEs du département du Nord

Terre d’Errance,

Utopia 56