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La Voix du Nord // Un mois et demi après le démantelement du camp, les migrants sont de retour


Le 20 décembre, le camp de migrants de Saint-Martin-lez-Tatinghem, limitrophe de Longuenesse, était démantelé après une dizaine d’années d’existence. Quelques semaines après seulement, les migrants sont de retour. Une quinzaine d’entre eux se sont installés à 300 mètres de l’ancien camp, sur un terrain qui appartient au centre hospitalier d’Helfaut.

Par Aïcha Noui Photos Johan Ben Azzouz | Publié le 08/02/2018

Les pelles mécaniques avaient pourtant détruit toutes les installations de fortune qui se trouvaient sur leur passage le 20 décembre. Un mois et demi plus tard, une quinzaine de migrants ont investi un nouveau lieu, une déchetterie qui appartient à la ville de Longuenesse à 300 mètres seulement de l’ex-camp dit de Tatinghem. Là, à l’abri d’un bosquet, au milieu des déchets inertes, vivent une quinzaine de migrants essentiellement des Afghans mais aussi des Kurdes d’Irak. Une petite dizaine de tentes colorés jonchent le sol depuis déjà trois semaines.

Une quinzaine de migrants, essentiellement des Afghans mais aussi des Irakiens vivent dans ce camp de fortune à l’abri d’un bosquet, au milieu des champs.

Un baraquement fait avec des palettes de bois, garni de quelques victuailles amenées par les associations, achève un décor bien précaire.

Un baraquement en bois, des tentes colorés qui jonchent le sol, un nouveau camp de migrants est né à Longuenesse.

« Ici depuis bien trop longtemps »

En face, la vue depuis les tentes est dégagée. À un kilomètre à vol d’oiseau, s’étend une lignée de maison de briques. Le contraste est saisissant avec le campement où les conditions de vie sont rudes. Mido, un Irakien âgé de 24 ans, le visage encore endormi, fatigué par ces nuit où il tente le passage en Angleterre, sort la tête de son abri de fortune. «  Il fait très froid aujourd’hui.  » Il enfile ses chaussures et se dirige vers le baraquement en bois pour faire du feu dans un gros tonneau en ferraille. «  C’est très long, on met une heure pour faire du feu.  » Cet ex-étudiant ingénieur a vécu des mois dans l’ex-camp de Tatinghem avec toujours un seul but en tête, l’Angleterre. «  Je suis ici depuis bien trop longtemps, explique-t-il. J’ai déjà réussi à passer une fois, mais les Anglais m’ont renvoyé en Allemagne car j’ai été dubliné* là-bas.  »

Lire aussi « Le démantèlement du camp était une décision stupide ! »

Reconstitution d’un camp de migrants à Longuenesse à 300 mètres de l’ex-camp de Tatinghem démantelé il y a seulement quelques semaines, en décembre dernier.

Rejoint par son ami afghan dans le baraquement, Salah, un Afghan arrivé il y a trois semaines, Mido se met à chanter en kurde : «  Pourquoi m’as-tu laissé seul dans cette vie ?  » C’est ainsi qu’il s’adresse à Dieu désormais. «  Mon pays me manque mais je ne peux pas y retourner. Depuis la guerre en 2003, c’est l’enfer là-bas. Et depuis, on est obligés de vivre comme des animaux. Ce n’est pas une vie.  » Et malgré les difficultés, les migrants de ce petit camp ont choisi de rester ici, de revenir pour certains après le démantèlement, parce qu’ici, clairement, «  ce n’est pas Calais. C’est calme. Et puis, il n’y a pas de politiques et les gens sont accueillants. Ça reste une jungle mais au moins, on est tranquilles.  »

Mido, un Irakien âgé de 24 ans, estime être là depuis trop longtemps déjà. Il restera là jusqu’à son départ en Angleterre.

*Le terme « dubliné » fait référence au règlement Dublin, adopté par l’Union européenne en 2013, qui oblige les migrants à demander l’asile dans le premier pays européen ayant enregistré leurs empreintes.

Quid des migrants du camp démantelé

Entre 20 et 40 personnes vivaient dans l’ex-camp de Tatinghem. Quelques jours avant le démantèlement, ils n’étaient qu’une trentaine.

À la veille du démantèlement, le 20 décembre, seul deux migrants avaient accepté de monter dans un bus prévu pour rejoindre le centre d’accueil et d’examen des situation (CAES) de Belval.

Une dizaine de migrants avaient été interpellés et confiés à la police aux frontières de Coquelles, une quinzaine d’autres avaient réussi à passer en Angleterre. Les autres s’étaient évaporés dans la nature pour mieux revenir.

L’État prend les devants

– Intervention de la police

Une opération de police a eu lieu mercredi matin dans ce nouveau camp situé à Longuenesse. Trois migrants ont été interpellés et placés en garde à vue. D’ailleurs, une plainte pour occupation illicite du terrain a été déposée au commissariat de police de Saint-Omer par le propriétaire du terrain ainsi que par un agriculteur dont le terrain est traversé par des migrants. «  Les services de l’État ont connaissance d’une infraction très récente caractérisée par l’implantation d’une dizaine de tentes et de deux abris sur un terrain appartenant au centre hospitalier de Saint-Omer  », explique-t-on à la sous-préfecture de Saint-Omer.

– Bientôt des maraudes

Le sous-préfet de Saint-Omer voudrait éviter que «  ce squat ne se transforme en campement et ne perdure dans le temps  ». Des maraudes seront organisées dès la semaine prochaine auprès des migrants du camp de Longuenesse pour les convaincre d’accepter des offres d’hébergement dans l’un des trois centres d’accueil et d’examen des situations (CAES) du département dont Croisilles et l’Abbaye de Belval à Troisvaux.

Communiqués des associations déclinant l’invitation de Macron

L’Auberge des Migrants et d’Utopia 56 déclinent l’invitation d’Emmanuel Macron

 

Communiqué de Médecins du Monde

http://www.medecinsdumonde.org/fr/actualites/calais/2018/01/16/non-nous-ne-rencontrerons-pas-monsieur-macron

Discussions stériles

Médecins du monde n’est pas adepte de la politique de la chaise vide. Malgré des rencontres successives, nous constatons une stérilité des discussions. Dans le même temps, nous constatons un durcissement de la politique migratoire, notamment à travers l’élaboration de différentes circulaires. Le discours tenu par le président de la république à Calais ne tient pas compte de la réalité dont témoigne nombre d’associations.« Malgré des rencontres successives, nous constatons une stérilité des discussions. »

Concernant le projet de loi asile-immigration, nous avons eu l’occasion de dénoncer les mesures concernant :

  • L’absence de mise en place d’un dispositif d’accueil digne pour tous les migrants, afin de répondre immédiatement à ces situations de détresse ;
  • La fragilisation de l’accès aux soins pour les étrangers maladesqui ne peuvent être soignés dans leur pays d’origine ;
  • et le risque d’éloignement des personnes avant qu’elles ne puissent faire valoir leur droit.

 

Une rupture de nos valeurs

« Nous assistons à une rupture de la tradition d’accueil de la France. Le texte de loi qui nous a été proposé est déséquilibré. Il y a certes des mesures qui améliorent les conditions d’accueil des demandeurs d’asile, mais le texte répond essentiellement à un besoin d’éloignement des personnes migrantes » indique le Docteur Françoise Sivignon, Présidente de Médecins du Monde.

« Nous assistons à une rupture de la tradition d’accueil de la France. »

Médecins du Monde s’associe ainsi aux nombreuses personnalités qui ont interpellé le gouvernement sur cette politique : Jacques Toubon, le Défenseur des droits ; les maires de plusieurs grandes villes de France comme Alain Juppé ou encore Nathalie Appéré (Rennes); le Président de la Croix-Rouge française le Professeur Eledjam ; la Conférence des évêques de  France; de très nombreux citoyens ou encore des proches du Président tel que Jean Pisani Ferry.

Médecins du Monde est en attente d’une refonte du projet de loi qui apportera une réponse à la crise de l’accueil en France et une meilleure protection des personnes.

 

BELGIQUE // Arrestations de migrants: la police osera-t-elle l’action de « désobéissance civile »?

Le malaise semble bien se développer dans les rangs de la police sur le bien-fondé des opérations de police et interpellations de migrants dans le parc Maximilien et alentours, gares et trains. De plus en plus de policiers se poseraient des questions sur ce que deviendraient effectivement les migrants arrêtés après expulsions, notamment vers le Soudan.

Ces expulsions sont – on le rappelle – suspendues, pour le moment. Le temps que soit publié un rapport confié au Commissariat général aux réfugiés et apatrides (CGRA), chargé de vérifier si les migrants soudanais renvoyés vers leur pays n’y sont pas victimes de mauvais traitements et tortures. Ce rapport est attendu pour la fin de ce mois.

La CGSP Police en particulier récolte les témoignages et questionnements de ses affiliés et tire la sonnette d’alarme.

« Les policiers ne veulent pas être otages du politique« 

Pour Marc Duplessis de la CGSP Police, « le sentiment est que le monde politique utilise la police pour montrer à la population que l’on se préoccupe au maximum du dossier des migrants« .

« Or, poursuit-il, nombre de policiers se posent de plus en plus de question à propos du respect ou non de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’Homme qui interdit à tout État de pratiquer la torture ou de soumettre toute personne à des traitements inhumains ou dégradants. Une disposition qui ne connaît pas d’exceptions. Les autorités belges devraient donc préalablement examiner si, oui ou non, il y a des risques que les personnes arrêtées chez nous et expulsées vers leur pays d’origine. Beaucoup de policiers se voient ainsi confrontés à leur conscience et se sentent pris en otages par le monde politique. »

Et Marc Duplessis d’ajouter que les questions sont d’autant plus pressantes que les policiers voient ces missions « anti-migrants » devenir quotidiennes ou quasi-quotidiennes, et ce depuis des semaines à présent. Les policiers, souligne la CGSP, ont aussi des femmes, des enfants et ne voient pas avec plaisir « des gens rester ainsi dans des gares ou des parcs pour espérer avoir une meilleure vie« .

Des actions à prévoir ?

La CGSP appelle à un débat sur le fond de la politique d’asile et un meilleur encadrement des policiers. « Nous avons l’impression que l’article 3 de la Convention des droits de l’Homme n’est pas respecté ni par les autorités, ni par le ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA, ndlr), ni par le secrétaire d’État à l’Asile Theo Francken (N-VA) ; il nous faut un débat avec l’autorité pour avoir des éclaircissements sur la totalité de la problématique. C’est trop facile de dire que les policiers doivent exécuter ce que le monde politique ordonne« .

Et sinon ? Faute de débat de fond ? Marc Duplessis prévient : « Une grève est une possibilité, mais nous n’obtiendrions sans doute pas ce que nous voulons. Je pensais plutôt à une campagne à la Gandhi, c’est à dire ne pas exécuter ce que nous devons exécuter, et voir ce qui s’en suit« Une campagne de « désobéissance civile » qui serait de l’ordre du jamais-vu.

Ex-camp de Tatinghem, nouveau campement à Longuenesse

Tout s’est passé comme prévu : les exilés, mis à la rue et non mis à l’abri la semaine de Noël, sont revenus 10 jours après le démantèlement. Ils sont une quinzaine, non loin du camp précédent. Ils ont pourtant changé de commune et occupent maintenant un terrain appartenant à la commune de Longuenesse.

Comme prévu leurs conditions de survie sont beaucoup beaucoup plus difficiles. Quelques tentes de 2 personnes au milieu de la boue.

Mais ils se réinstallent et s’organisent. Tout est à recommencer. Un bidon pour faire du feu, des palettes pour affronter la boue, une grande bâche pour se protéger de la pluie, ce sont leurs premières demandes. Emmaüs et la Croix Rouge les accueillent pour les douches, comme avant.

Heureusement pour ceux qui leur viennent en aide à nouveau que leur belle énergie est communicative.

France 3 // Accusations de violences policières sur les migrant.e.s à Calais: le préfet répond à Yann Moix

https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/pas-calais/calais/accusations-violences-policeres-migrants-calais-prefet-repond-yann-moix-1407955.html

Le préfet du Pas-de-Calais Fabien Sudry a répondu ce mercredi soir sur France 3 aux accusations du chroniqueur Yann Moix, qui déclare depuis plusieurs jours avoir filmé à Calais de nombreuses violences policières commises sur les migrants à Calais. 

Par @f3Nord

La préfecture du Pas-de-Calais, via son compte Twitter, avait immédiatement réagi aux premières accusations de Yann Moix, dans l’émission « On n’est pas couché » sur samedi 6 janvier sur France 2, durant laquelle le chroniqueur accusait une première la police de commettre des violences quotidiennes sur de jeunes migrants à Calais.

Des accusations réitérées dans une tribune publiée dans les colonnes de Libération, vidéo à l’appui. Moix s’est enfin à nouveau exprimé à ce sujet au micro de France Inter.

Dans sa tribune publiée par « Libé », le chroniqueur d’ONPC écrivait notamment, s’adressant directement à Emmanuel Macron : « J’affirme, M. le Président, que vous laissez perpétrer à Calais des actes criminels envers les exilés. Je l’ai vu et je l’ai filmé. J’affirme, M. le Président, que des fonctionnaires de la République française frappent, gazent, caillassent, briment, humilient des adolescents, des jeunes femmes et des jeunes hommes dans la détresse et le dénuement. Je l’ai vu et je l’ai filmé« . Des images qu’il aurait tournées à Calais dans le cadre d’un documentaire qu’il réalise pour la chaîne Arte.

« Propos d’une violence inouïe »

Ce mercredi soir, le préfet du Pas-de-Calais Fabien Sudry a répondu en direct à ses accusations dans le 19/20 de France 3 Nord Pas-de-Calais.  « Les propos tenus par Yann Moix dans Libération sont d’une violence inouïe, voire diffamant« , a-t-il lancé. « Ils ne reposent sur aucune preuve« , a-t-il justifier, arguant que la vidéo diffusée par le chroniqueur « ne démontre absolument rien ».

« Sur Calais, notre conduite est d’éviter la reconstitution de bidonville… et pour cela les services de police sont amenés à démanteler des squats sur les domaines publics et privés« , a poursuivi le préfet, justifiant la destruction de camps de fortune de migrants par les forces de l’ordre.

Quant aux accusations d’utilisation abusive des gaz lacrymogènes, le préfet a répondu que la police y avait recours dans des « circonstances extrêmement précises » et que « l’usage doit être strictement proportionné à la menace« , notamment lors « des tentatives d’invasion » de la rocade portuaire à Calais.

Dossier du Monde sur  » les kurdes, peuple sans état pris entre quatre pays »

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/visuel/2018/01/22/les-kurdes-peuple-sans-etat-pris-entre-quatre-pays_5245189_4355770.html?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Facebook

Graphiques et cartes à voir directement sur le site du Monde

Sur fond de fortes tensions à la frontière turco-syrienne – dont 600 km sur 900 sont tenus côté syrien par les Kurdes du PYD –, l’armée turque et ses supplétifs de l’Armée syrienne libre (ASL) ont lancé une offensive dans le nord de la Syrie, à Afrin, samedi 20 janvier. Ankara a justifié cette intervention par le fait que la ville est tenue par des milices kurdes qu’elle considère comme terroristes.

Occupant une région qui va de la Méditerranée à l’Iran, on estime à 30 à 40 millions la population kurde, selon les chiffres habituellement avancés. Répartis au Proche et au Moyen-Orient sur environ 500 000 km2, les Kurdes sont essentiellement présents dans quatre Etats : la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. A 80 % environ, ils sont de confession musulmane sunnite, les 20 % restants se partagent entre chiisme et alévisme (une branche du chiisme).

Le kurde comme langue et comme écriture n’est pas unifié. On compte deux dialectes principaux : d’un côté le kurmandji, principal ensemble linguistique kurde, surtout parlé dans le Nord, en Turquie et Syrie principalement, mais aussi dans le nord du Kurdistan d’Irak et du Kurdistan d’Iran. Et de l’autre le sorani, un dialecte qui s’écrit en alphabet arabe, surtout parlé dans le sud du Kurdistan d’Irak et d’Iran.

L’idée d’une nation distincte naît au milieu XIXe siècle, sous l’Empire ottoman (1299-1922), selon les principes énoncés par Kendal Nezan, président de l’Institut kurde de Paris.

Plusieurs dizaines de millions de Kurdes

Une population à cheval sur quatre Etats

Les communautés kurdes s’intègrent de manière très différente selon le pays où elles se trouvent implantées, du point de vue des des règles sociales du droit. Si, aujourd’hui, la province du Kurdistan irakien semble avoir gagné son autonomie dans la guerre contre l’organisation Etat islamique (EI), on ne peut pas en dire autant dans les autres pays. En Turquie, la situation des communautés kurdes est précaire et Ankara entend garder le contrôle dans le quart sud-est du pays qui les abrite.

L’Iran chiite, « héritier des empires orientaux multi-ethnique et multi-religieux, donne une certaine facilité aux Kurdes pour affirmer leur différence culturelle » – selon les termes de la thèse (2008) de Saywan Barzani –, bien que ceux-ci soient sunnites.

Lire : 1916-1923, le partage de l’Empire ottoman

A l’image de la situation actuelle en Iran – où se côtoient Perses, Kurdes, Baloutches, Pachtounes, etc. –, celle qui prévalait dans l’Empire ottoman était celle des grands empires multiculturels. Dans ces grands espaces austro-hongrois ou ottomans, chaque groupe culturel peut vivre comme il l’entend tant qu’il respecte les obligations – notamment fiscales – édictées par le pouvoir.

Un Etat kurde sur les ruines de l’Empire ottoman ?

Allié de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, l’Empire ottoman fait partie des perdants de la première guerre mondiale. A ce titre, les puissances victorieuses s’entendent pour remodeler le Proche et le Moyen-Orient. Signé en 1916, le texte des accords Sykes-Picot, qui partagent toute la partie sud de l’Empire ottoman (aujourd’hui la Syrie, le Liban, l’Irak, la Jordanie, la Palestine et Israël), énonce que l’objectif est de « chercher à détacher les Arabes des Turcs en facilitant la création d’un Etat ou d’une confédération d’Etats arabes ». Dans ces accords franco-britanniques, il n’est pas question de l’actuelle Turquie.

Quatre ans plus tard (le 10 août 1920), et deux ans après la victoire des Alliés, vainqueurs et vaincus signent à Sèvres (Hauts-de-Seine, anciennement Seine-et-Oise) un accord qui ne jamais ratifié par toutes les parties. Il peut être vu comme la suite des accords Sykes-Picot de 1916, il partage les restes de l’Empire ottoman – à peu près la Turquie actuelle – entre Turcs, Grecs, Arméniens et Kurdes.

Le traité de Sèvres en 1920 : une nation, un Etat

Le traité de Sèvres intervient dans une période de tensions dans l’Empire ottoman entre, d’un côté, le sultan Mehmet VI et, de l’autre, Mustafa Kemal et les partisans d’une République turque. Entre 1919 et 1922, Kemal et les restes de l’armée ottomane sont victorieux des Arméniens, des Grecs et des Kurdes, reprennant à ceux-ci les territoires qui leur avaient été promis à Sèvres.

Ces conquêtes territoriales correspondent à peu de chose près au territoire de la Turquie actuelle ; celles-ci sont reconnues par le traité de Lausanne, signé le 24 juillet 1923 et ratifié par les parties présentes. Celui-ci abandonne l’idée d’un Etat pour les Kurdes, le territoire promis aux Arméniens est réduit au cinquième de sa taille. Il organise également des déplacements de population : un million et demi de Grecs ottomansquittent les côtes turques pour les îles grecques ou la Grèce continentale, tandis que 500 000 Turcs doivent partir pour la Turquie.

 

Le Défenseur des droits recommande le retrait de la circulaire du 12 décembre 2017

https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/communique-de-presse/2018/01/le-defenseur-des-droits-recommande-le-retrait-de-la-circulaire-sur

Dès qu’il a eu connaissance de la circulaire du ministre de l’Intérieur et du ministre de la Cohésion des territoires du 12 décembre 2017 relative à l’examen des situations administratives dans l’hébergement d’urgence, le Défenseur des droits a adressé au ministre de l’Intérieur une demande d’explications et une mise en garde, considérant en première analyse que cette instruction remettait en cause le principe fondamental de l’inconditionnalité de l’accueil dans l’hébergement d’urgence inscrit notamment à l’article L. 345-2-2 du Code de l’action sociale et des familles.

Il a par ailleurs été saisi le 18 décembre dernier par la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) et 26 associations, ainsi que par SOS Racisme puis, le 26 décembre, par le maire de Grande-Synthe.

Dans le cadre de l’examen contradictoire de ces réclamations, le Premier ministre a répondu le 11 janvier à la lettre du Défenseur des droits au ministre de l’Intérieur.

Sur la base de l’analyse de la circulaire, des réclamations et de la réponse du gouvernement, le Défenseur des droits publie ce jour une décision n° 2018- 23 (en pièce jointe), par laquelle il recommande au gouvernement de retirer la circulaire du 12 décembre.

Le Défenseur des droits fonde sa recommandation sur trois principales observations :

–          Le seul critère pour la mise en œuvre de l’accueil inconditionnel dans l’hébergement d’urgence est la vulnérabilité des personnes, sans que puisse être prise en compte la régularité du séjour, contrairement à ce que prévoit la circulaire.

–          L’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) n’a pas vocation à exercer, dans l’hébergement d’urgence relevant du cadre de l’action sociale, le contrôle administratif qu’il assure dans le dispositif national d’accueil des demandes d’asile et des réfugiés relevant de sa compétence. La légalité de son intervention, sans autorisation ni contrôle juridictionnel, apparaît dès lors incertaine.

–          Enfin, le recensement des personnes étrangères présentes dans l’hébergement d’urgence envisagé dans la circulaire, se heurte aux règles de confidentialité qui s’appliquent aux données sensibles telles que la nationalité et la situation au regard du séjour des étrangers dans les conditions fixées par la loi « informatique et libertés ».

Le Défenseur des droits demande au gouvernement de rendre compte des suites données à cette recommandation dans un délai de deux mois, conformément aux dispositions de l’article 25 de la loi organique n° 2011-333 du 29 mars 2011 relative au Défenseur des droits.

Libé et le Monde sur un nouveau traité de contrôle de l’immigration à la frontière franco-britannique

Le Royaume-Uni et la France signent un traité sur le contrôle de l’immigration à leur frontière

Londres va augmenter de 50 millions d’euros sa contribution à la sécurité de la frontière à Calais. Les deux chefs d’Etat ont également annoncé avoir passé un accord de coopération militaire.

LE MONDE

Emmanuel Macron et Theresa May ont signé, jeudi 18 janvier, un nouveau traité sur le contrôle de l’immigration entre la France et le Royaume-Uni, lors du 35e sommet franco-britannique à l’Académie militaire royale de Sandhurst, près de Londres.Ce nouveau traité vise à « renforcer la gestion conjointe de notre frontière commune avec un traitement amélioré des mineurs non accompagnés demandeurs d’asile », selon un communiqué publié à l’issue de la rencontre du président français avec la première ministre britannique. Il prévoit une contribution complémentaire de Londres de 50 millions d’euros au contrôle de la frontière à Calais, où échouent de nombreux clandestins, dans l’espoir de franchir la Manche.

« Cet argent doit être investi dans l’amélioration de la sécurité à la frontière », avait déclaré dans la matinée un porte-parole de l’exécutif britannique :

« Tout comme nous investissons pour nos frontières dans le reste du Royaume-Uni, il est normal de surveiller en permanence si nous pouvons renforcer les contrôles en France et en Belgique, pour s’assurer qu’ils sont aussi sécurisés que possible. »

Ce nouveau traité, nommé « traité de Sandhurst », comporte notamment un point important sur la gestion des mineurs non accompagnés, a expliqué le président français, qui s’exprimait lors d’une allocution conjointe avec Theresa May jeudi soir. Le chef de l’Etat a notamment annoncé que l’accord prévoyait de « réduire drastiquement les délais de transfert de six mois à trente jours ».

En vertu des accords du Touquet, en vigueur depuis 2004, les agents britanniques peuvent effectuer librement des contrôles sur le territoire français. Dans ce cadre, le Royaume-Uni a déjà dépensé près de 100 millions de livres (113 millions d’euros) ces trois dernières années.

L’Etat « ne laissera pas se reconstituer une “jungle” »

Lors d’un déplacement mardi à Calais, ville d’entrée dans le tunnel sous la Manche, Emmanuel Macron avait prévenu que l’Etat « ne laissera[it] pas se reconstituer une “jungle” » comme celle qui a rassemblé jusqu’à 8 000 migrants avant d’être démantelée, en 2016.

Sur les quelque 2 000 mineurs pris en charge après le démantèlement de la « jungle », le Royaume-Uni, qui s’était engagé à accueillir tous les enfants isolés ayant de la famille sur place et à étudier les dossiers des mineurs « vulnérables », en a finalement accueilli 769, selon les chiffres du ministère de l’intérieur britannique. L’ONG France terre d’asile évoque elle 893 mineurs acceptés.

A Londres, un porte-parole du gouvernement a reconnu que les accords du Touquet étaient « très bénéfiques au Royaume-Uni ».

Un accord de coopération militaire

Le sommet de Sandhurst a été également l’occasion pour Emmanuel Macron et Theresa May d’annoncer un renforcement de la collaboration entre la France et le Royaume-Uni dans le domaine de la défense.

La première ministre britannique a annoncé que son pays affecterait trois hélicoptères Chinook (des hélicoptères de transport) pour soutenir les opérations militaires françaises au Sahel et elle s’est engagée à verser plusieurs dizaines de millions d’euros pour soutenir les initiatives pour le développement dans cette région.

De son côté, le président français a annoncé que des soldats français seraient déployés en 2019 en Estonie au sein du contingent britannique, pour faire face à toute menace venant de la Russie.

Sommet franco-britannique : mots de velours, gants de fer

Par Sonia Delesalle-Stolper, envoyée spéciale à Sandhurst (Berkshire, sud-ouest de Londres)

Emmanuel Macron et Theresa May ont signé un nouveau traité pour renforcer les accords du Touquet sur les migrants. Si un rapprochement diplomatique s’esquisse, rien n’indique un assouplissement des négociations sur le Brexit.

L’annonce, jeudi matin, a provoqué un léger flottement. Une louve blanche d’Alaska, baptisée «Mai», s’était échappée d’une réserve située dans le Berkshire, à quelques kilomètres de la Royal Military Academy Sandhurst, où devait s’ouvrir quelques heures plus tard le 35e sommet bilatéral franco-britannique. Finalement, c’est «Torak» le loup qui était parti en goguette. Il a été rattrapé avant que la Première ministre britannique Theresa May et le président français Emmanuel Macron ne remontent côte à côte l’Allée du roi – ça ne s’invente pas. Elle les a conduits au premier bataillon des Coldstream Guards, coiffés de leurs magnifiques couvre-chefs en poils d’ours. Entre deux averses et un arc-en-ciel, un Rafale français, piloté par un Britannique, et un Typhoon britannique, piloté par un Français, ont survolé les lieux.

Theresa May, elle, n’avait rien d’une louve mais uniquement des mots de velours pour «cher Emmanuel», en première visite officielle depuis son élection à la présidence. Les deux dirigeants ont revu les troupes sous la pluie, après avoir déjeuné dans un gastropub, The Royal Oak. Dans un contexte compliqué, notamment par l’instabilité provoquée par le Brexit et, de l’autre côté de l’Atlantique, par les errements sur Twitter du président américain Donald Trump, Londres et Paris avaient souhaité donner un poids particulier à ce sommet bilatéral biennal. Il fallait prouver que la coopération en matière de sécurité et de défense se porte (presque) mieux que jamais entre les deux pays. «Il y a deux choses que rien ne pourra changer, aucun vote, aucune décision politique : c’est notre histoire et notre géographie. Une communauté de destins», a déclamé Emmanuel Macron, au début de la conférence de preuve finale du sommet.

«The Quint», première…

Preuve de cette profonde coopération, pour la première fois de l’histoire, publiquement, une réunion de «The Quint», réunissant les dirigeants des cinq agences de renseignement britanniques (MI5, intérieur, MI6, extérieur et le GCHQ, écoutes) et françaises (DGSI, intérieur et DGSE, extérieur), s’est tenue dans les murs de la prestigieuse école d’officiers britanniques. Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme en ligne, les deux pays ont «exhorté le secteur privé à supprimer les contenus illégaux dans un délai d’une à deux heures après leur mise en ligne et en envisageant des mesures législatives si nécessaire».

Mais le plat de résistance de ce sommet, auquel assistaient également, pour chaque pays, sept ministres, était sans aucun doute la signature d’un nouveau Traité, le Traité de Sandhurst, pour renforcer les accords du Touquet, signés en 2003. Le Royaume-Uni s’est engagé à verser 44,5 millions de livres (50,5 millions d’euros) pour renforcer la sécurité et les contrôles autour de Calais. Il y a déjà dépensé quelque 140 millions d’euros depuis 2015. Surtout, Emmanuel Macron a obtenu un engagement formel pour un accueil plus rapide et plus conséquent des mineurs isolés, et un traitement plus prompt et efficace des dossiers de demandes d’asile émises par des réfugiés présents à Calais ou dans les alentours. «Le délai de traitement des dossiers des adultes sera réduit de six mois à trente jours et celui des mineurs non accompagnés de six mois à vingt-cinq jours», a annoncé le président français. Ce traité va permettre «une approche plus humaine et plus efficace [de la situation à Calais] et de préserver la qualité de notre frontière», a-t-il vanté.

Pilule

Les Britanniques pourraient accueillir 260 mineurs non accompagnés, selon des estimations du ministère britannique de l’Intérieur. En revanche, Paris n’a pas obtenu d’aide supplémentaire pour le développement économique du Calaisis, ce qu’il avait initialement réclamé. Mais, pour Theresa May, cette pilule-là aurait été trop difficile à faire avaler à ses troupes et notamment aux plus ardents des Brexiters, déjà froissés de devoir mettre la main à la poche pour gérer la frontière à Calais. L’autre alternative, dénoncer les accords du Touquet et transférer la frontière côté britannique à Douvres, était encore plus difficile à envisager.

Les Britanniques vont déployer trois hélicoptères Chinook dans le Sahel pour assister les forces françaises dans l’opération Barkhane au Mali et 56 millions d’euros d’aide «au développement supplémentaire pour l’Alliance pour le Sahel». De son côté, la France s’est engagée à contribuer à la force de présence avancée renforcée de l’OTAN en 2019, dans le cadre du groupement tactique sous commandement britannique en Estonie. Après s’être montré très ferme ces derniers mois dans la conduite des négociations sur le Brexit, Emmanuel Macron a joué cette fois-ci la carte du pragmatisme. Il sait que le Royaume-Uni reste un partenaire indispensable, «seul autre pays membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU», doté d’une précieuse expertise en matière militaire et de renseignement. Il est, en Europe, le seul pays doté d’une force d’intervention similaire à celle de la France.

Mantra

De son côté, Theresa May a répété l’un de ses mantras favoris : «Le sommet se tient alors que le Royaume-Uni se prépare à quitter l’Union européenne: cela ne signifie pas que le Royaume-Uni quitte l’Europe». Ce sommet entrait aussi dans la stratégie globale du gouvernement britannique alors que s’ouvre la deuxième phase des négociations sur le Brexit. En renforçant les liens bilatéraux, avec chacun des 27 membres de l’UE, Londres espère percer un front dans l’unité affichée jusqu’à présent par les Vingt-Sept, pour pouvoir négocier un accord de départ plus avantageux. Sauf qu’à l’heure actuelle, rien n’indique que ce calcul portera ses fruits. La réaction d’Emmanuel Macron à une question d’un journaliste britannique sur la volonté éventuelle de la France de «punir» les Britanniques pour le Brexit a probablement douché les espoirs de Theresa May. «Je ne suis là ni pour récompenser ni pour punir, j’ai une exigence, c’est que le marché unique soit préservé, maintenant le choix est du côté britannique.»

«Il ne peut pas y avoir un accès différencié pour les marchés financiers, alors qu’ils sont dans le marché unique, vous voulez y participer, ‘be my guest’ », a-t-il ajouté en anglais, ce qui peut être traduit par «bon courage !». «Il existe un accès, sur le modèle norvégien (non-membre de l’UE mais qui paye une contribution au budget européen), ou alors il existe un autre accès qui s’appelle membre de l’Union européenne, c’est un statut qui existe», a conclu Emmanuel Macron, provoquant les éclats de rire de l’assistance. Et les titres de la presse britannique de vendredi.

Sonia Delesalle-Stolper envoyée spéciale à Sandhurst (Berkshire, sud-ouest de Londres)

L’association INFOMIE en danger

L’association INFOMIE est venue former les bénévoles de la PSM à Calais et à Grande Synthe et nous a beaucoup soutenue sur la question des mineur.e.s depuis 2016.

Action collective

A la suite du désengagement partiel des pouvoirs publics, l’association InfoMIE se voit contrainte de réduire son activité

InfoMIE, association rassemblant une multiplicité d’acteurs divers œuvrant dans le champ de la protection des mineurs isolés étrangers , se voit contrainte de fermer momentanément son site. Ce centre de ressources constitue pourtant l’unique source d’information spécialisée au sujet de ces enfants particulièrement vulnérables, information dont la qualité et l’intérêt sont salués (60 000 visites mensuelles du centre ressources).

Depuis plusieurs années, InfoMIE propose de nombreux services grâce au travail de son unique coordinatrice et l’appui de ses membres. InfoMIE a développé de nouvelles activités pour répondre aux demandes de plus en plus nombreuses, mais aussi pour apporter plus largement une information objective, exhaustive au nombre croissant d’acteurs confrontés aux complexités des accompagnements de ces enfants en danger.

Au moment où le gouvernement prépare une réforme d’ampleur sur les questions de l’évaluation et de l’accueil provisoire d’urgence des mineurs isolés, le manque de soutien des pouvoirs publics à une association comme InfoMIE interpelle sérieusement. Nous ne pouvons exclure l’hypothèse d’un désintérêt. Si tel était le cas, cela constituerait un signe extrêmement préoccupant pour le respect des droits de l’enfant en France, au moment où de nouveaux acteurs – les services de l’Etat – vont devoir se confronter aux situations nouvelles et complexes de ces enfants en danger. Le Conseil d’administration d’InfoMIE et les membres signataires du présent communiqué, exhortent donc le premier Ministre à étudier la question du financement d’InfoMIE compte tenu de son utilité pour les mineurs isolés, les associations mais également les services de l’Etat et des collectivités qui sollicitent également nos services.

Paris, le 15 janvier 2018

Listes des signataires :

Les associations suivantes :

  • L’ADMIE – Association de défense des mineurs isolés étrangers
  • Le Centre Primo Levi
  • La CIMADE
  • La Croix Rouge Française
  • DEI-France, Défense Enfants International – France
  • ECPAT France
  • Espoir Jeunes-Errants
  • Fondation Grancher
  • Association Foyer les Algues
  • France Terre d’Asile
  • Le GISTI – Groupe d’information et de soutien des immigré-e-s
  • Le JDJ, Journal du Droit des Jeunes
  • Hors la Rue
  • La ligue des droits de l’homme
  • Médecins du Monde
  • Parcours d’Exil
  • RAIH,
  • Réseau Accueil Insertion Hérault
  • Secours Catholique – Caritas France
  • Solidarité Laïque
  • UNICEF France
  • L’UNIOPSS
  • La Voix de l’enfant

Ainsi que les adhérent.e.s individuel.le.s membres d’InfoMIE suivant.e.s :

  • Me Dominique Attias, Avocate, Barreau de Paris
  • Mr Corentin Bailleul, Juriste
  • Pr. Thierry Baubet, Pédopsychiatre, Hôpital Avicenne
  • Me Catherine Brault, Avocate, Barreau de Paris
  • Me Catherine Daoud, Avocate, Barreau de Paris
  • Me Emilie Dewaele, Avocate, Barreau de Lille
  • Mme Edwige Fourot, Assistante sociale retraitée
  • Me Brigitte Jeannot, Avocate, Barreau de Nancy
  • Mme Arlette Milosavljevic, Assistante sociale retraitée
  • Dr Sevan Minassian,
  • Pédopsychiatre, Hôpital Cochin
  • Me Isabelle Roth, Avocate, Barreau de Paris
  • Mme Alexandra Vié, Sociologue

Partenaires et soutiens d’InfoMIE également signataires :

  • L’ADDE – Avocats pour la défense des droits des étrangers
  • RESF
  • Le Syndicat des Avocats de France (SAF)
  • le SNUTER – FSU
  • le SUPAP – FSU
  • Me Julie Bonnier, Avocate, Barreau de l’Essonne
  • Me Emmanuel Daoud, Avocat, Barreau de Paris, Membre du Conseil de l’Ordre
  • Me Mireille Damiano, Ancienne Présidente du SAF et Avocate, Barreau de Nice
  • Me Claire Dujardin, Avocate, Barreau de Toulouse
  • Me Florence Duvergier, Avocate, Barreau de Grenoble
  • Me Sophie Hassid, Avocate, Barreau de Lyon
  • Mr François-Régis LACROIX , membre de la Ligue des Droits de l’Homme , magistrat honoraire à Lyon
  • Mme Sophie Laurant, ancienne coordinatrice d’InfoMIE et actuelle coordinatrice du programme MNA Délégation IDF de Médecins du Monde
  • Me Kristel Lepeu, Avocate, Barreau du Val de Marne
  • Me Marie-Catherine Letellier, Avocate, Barreau de Valence
  • Me Florence Neple, Avocate, Barreau de Lyon
  • Me Laurie Quinson, Avocate, Barreau de Marseille

Libération // Politique migratoire: l’irrationalité au pouvoir?

Des réfugiés, dans le centre ville de Calais, pendant la visite du ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, le 23 juin. Des réfugiés, dans le centre ville de Calais, pendant la visite du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, le 23 juin. Photo Denis Allard. Rea pour Libe

Comme celle de ses prédécesseurs, la politique migratoire d’Emmanuel Macron, en visite ce mardi à Calais, refuse d’entendre ce que disent les chercheurs depuis des années: les dispositifs répressifs créent le «problème migratoire» qu’ils prétendent pourtant résoudre

Très loin du renouveau proclamé depuis l’élection du président Macron, la politique migratoire du gouvernement Philippe se place dans une triste continuité avec celles qui l’ont précédée tout en franchissant de nouvelles lignes rouges qui auraient relevé de l’inimaginable il y a encore quelques années. Si, en 1996, la France s’émouvait de l’irruption de policiers dans une église pour déloger les grévistes migrant·e·s, que de pas franchis depuis: accès à l’eau et distributions de nourriture empêchées, tentes tailladées et couvertures jetées, familles traquées jusque dans les centres d’hébergement d’urgence en violation du principe fondamental de l’inconditionnalité du secours.

La loi sur l’immigration que le gouvernement prépare marque l’emballement de ce processus répressif en proposant d’allonger les délais de rétention administrative, de généraliser les assignations à résidence, d’augmenter les expulsions et de durcir l’application du règlement de Dublin, de restreindre les conditions d’accès à certains titres de séjour, ou de supprimer la garantie d’un recours suspensif pour certain.e.s demandeur·e·s d’asile. Au-delà de leur apparente diversité, ces mesures reposent sur une seule et même idée, jamais démontrée et toujours assénée, de la migration comme «problème».

Des idées reçues bien tenaces

Cela fait pourtant plusieurs décennies que les chercheurs spécialisés sur les migrations, toutes disciplines scientifiques confondues, montrent que cette vision est largement erronée. Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas eu d’augmentation drastique des migrations durant les dernières décennies. Les flux en valeur absolue ont certes augmenté mais le nombre relatif de migrant·e·s par rapport à la population mondiale stagne à 3% et est le même qu’au début du XXe siècle. Dans l’Union Européenne, après le pic de 2015, qui n’a par ailleurs pas concerné la France, le nombre des arrivées à déjà chuté. Sans compter les «sorties» jamais intégrées aux analyses statistiques et pourtant loin d’être négligeables. Et si la demande d’asile a connu, en France, une augmentation récente, elle est loin d’être démesurée au regard d’autres périodes historiques. Au final, la mal nommée «crise migratoire» européenne est bien davantage une crise institutionnelle, une crise de la solidarité et de l’hospitalité, qu’une crise des flux. Car ce qui est inédit dans la période actuelle c’est bien davantage l’accentuation des dispositifs répressifs que l’augmentation de la proportion des arrivées.

La menace que représenteraient les migrant·e·s pour le marché du travail est tout autant exagérée. Une abondance de travaux montre depuis longtemps que la migration constitue un apport à la fois économique et démographique dans le contexte des sociétés européennes vieillissantes, où de nombreux emplois sont délaissés par les nationaux. Les économistes répètent inlassablement qu’il n’y a pas de corrélation avérée entre immigration et chômage car le marché du travail n’est pas un gâteau à taille fixe et indépendante du nombre de convives. Ils s’échinent à faire entendre qu’en Europe, les migrant·e·s ne coûtent pas plus qu’ils/elles ne contribuent aux finances publiques, auxquelles ils/elles participent davantage que les nationaux, du fait de la structure par âge de leur population.

Imaginons un instant une France sans migrant·e·s. L’image est vertigineuse tant leur place est importante dans nos existences et les secteurs vitaux de nos économies: auprès de nos familles, dans les domaines de la santé, de la recherche, de l’industrie, de la construction, des services aux personnes, etc. Et parce qu’en fait, les migrant·e·s, c’est nous : un·e Français.e sur quatre a au moins un·e parent·e ou un grand-parent immigré·e.

Les migrants ne sont pas des fardeaux !

En tant que chercheur·e·s, nous sommes stupéfait·e·s de voir les responsables politiques successifs asséner des contre-vérités puis jeter de l’huile sur le feu. Car loin de résoudre des problèmes fantasmés, les mesures que se sont empressées de prendre chaque nouvelle majorité, n’ont cessé d’en fabriquer de plus aigus. Les situations d’irrégularité et de précarité qui feraient des migrant·e·s des «fardeaux» sont précisément produites par nos politiques migratoires: la quasi absence de canaux légaux de migration (pourtant préconisés par les organismes internationaux les plus consensuels) oblige les migrant·e·s à dépenser des sommes considérables pour emprunter des voies illégales. Elle les dépossède des ressources financières nécessaires pour prendre place dans les sociétés d’arrivée. La vulnérabilité financière mais aussi physique et psychique produite par notre choix de verrouiller les frontières (et non par leur choix de migrer) est ensuite redoublée par d’autres pièces de nos réglementations: en obligeant les migrant·e·s à demeurer dans le premier pays d’entrée de l’UE, le règlement de Dublin les prive de leurs réseaux familiaux et communautaires, souvent situés dans d’autres pays européens et si précieux à leur insertion. A l’arrivée, nos lois sur l’accès au séjour et au travail les maintiennent, ou les font basculer, dans des situations de clandestinité et de dépendance. Enfin ces lois contribuent paradoxalement à rendre les migrations irréversibles: la précarité administrative des migrant·e·s les pousse souvent à renoncer à leurs projets de retour au pays par peur qu’ils ne soient définitifs. Les enquêtes montrent clairement que c’est l’absence de «papiers» qui empêche ces retours. Nos politiques migratoires fabriquent bien ce contre quoi elles prétendent lutter.

Contrairement à une idée largement répandue, les migrant·e·s ne sont pas «la misère du monde»Ce sont précisément nos choix politiques qui font basculer une partie d’entre eux/elles dans la misère. Comme ses prédécesseurs, le gouvernement signe donc aujourd’hui les conditions d’un échec programmé, autant en termes de pertes sociales, économiques et humaines, que d’inefficacité au regard de ses propres objectifs.

Imaginons une autre politique migratoire. Une politique migratoire enfin réaliste. Elle est possible, même sans les millions utilisés pour la rétention et l’expulsion des migrant·e·s (qui ne les empêchent par ailleurs pas de revenir), le verrouillage hautement technologique des frontières (qui ne les empêche pas de passer), le financement de patrouilles de police et de CRS (qui ne les empêche pas de résister), les sommes versées aux régimes autoritaires de tous bords pour qu’ils retiennent, reprennent ou enferment leurs migrant·e·s. Une politique d’accueil digne de ce nom, basée sur l’enrichissement mutuel et le respect de la dignité de l’autre coûterait certainement moins cher que la politique restrictive et destructrice que le gouvernement a choisi de renforcer encore un peu plus aujourd’hui. Quelle est donc sa rationalité: ignorance ou électoralisme?

Karen Akoka Maîtresse de conférence à l’Université Paris Nanterre et chercheuse à l’Institut des Sciences sociales du politique (ISP). Camille Schmoll Maîtresse de conférence à l’Université Paris Diderot, membre de l’Institut universitaire de France et chercheuse à l’umr Géographie-cités.