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Deux exilés percutés sur l’autoroute à Calais et à Grande Synthe

France: de plus en plus de migrants renversés, les associations inquiètes
Par RFI

Un migrant d’origine irakienne est toujours entre la vie et la mort après avoir été percuté par une voiture dimanche 24 décembre sur une autoroute près de Grande-Synthe, dans le nord de la France. C’est le deuxième incident du genre en quelques jours, après le décès d’un migrant de nationalité afghane. Une fréquence d’accidents qui commence à inquiéter les associations.

Le véhicule avait percuté le jeune Irakien de 22 ans près de Grande-Synthe, où des migrants vivent dans le campement sauvage du Puythouck, alors qu’il marchait le long de la bande d’arrêt d’urgence avec d’autres migrants. Le conducteur, qui avait pris la fuite, est en garde à vue depuis dimanche 24 décembre pour « blessures involontaires aggravées ».
Deux jours plus tôt, dans la nuit de jeudi 21 à vendredi 22 décembre, un migrant de nationalité afghane est mort renversé par un véhicule près du port de Calais. Avec cet accident, ce sont trois migrants qui sont morts à Calais et ses environs en 2017.Pour François Guennoc, vice-président de l’association L’Auberge des migrants, « il y a deux types de circonstances possibles » pour ces accidents. « Quelqu’un qui marche le long de l’autoroute (…) et il peut faire un écart, ou bien c’est le véhicule qui aura fait un écart – involontaire, je l’espère – et qui aura donc percuté la personne. » Ou bien une chute qui provoque un renversement : « un migrant qui monte sur en essieu de camion ou dans un camion et il s’aperçoit que ce camion ne va pas dans la bonne direction, il essaie alors de descendre puis se fait percuter par un autre véhicule », dit-il.

François Guennoc explique que « la plupart du temps, ce sont des gens qui n’ont pas d’argent, qui donc vont prendre des risques, la nuit en particulier, pour aller sur des parkings, autour de stations-service, voire le long des autoroutes, pour essayer à l’occasion d’un bouchon ou d’un arrêt sur un parking de monter dans un camion ». « Ce qui veut dire qu’il y a beaucoup de gens qui circulent le long des autoroutes qui prennent des risques. »

Un migrant de nationalité afghane est mort dans la nuit de jeudi à vendredi après avoir été probablement percuté par un véhicule sur la rocade menant au port de de Calais, a-t-on appris auprès de la préfecture.
Jeudi vers 23H30, «sur la rocade dans le sens Calais-port», un migrant «a été retrouvé mort, probablement percuté par un véhicule qui a pris la fuite», a dit à l’AFP la préfecture du Pas-de-Calais.
«Au regard des premières constatations, il pourrait s’agir d’un individu de nationalité afghane» d’une quinzaine d’années, selon la préfecture, précisant qu’une enquête de police avait été ouverte.
Le jeune garçon a été retrouvé sur la bande d’arrêt d’urgence par un automobiliste, qui s’est arrêté, et a appelé les secours. Les forces de l’ordre ont aussitôt lancé un message d’alerte au port, afin de repérer une voiture accidentée ou ensanglantée. Cette alerte n’a rien donné

https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/pas-calais/grande-synthe/migrant-percute-grande-synthe-personne-garde-vue-1390845.html

Un homme d’une cinquantaine d’années a été placé en garde à vue ce lundi pour « blessures involontaires aggravées ». Il est soupçonné d’avoir percuté un ressortissant irakien dimanche après-midi sur l’autoroute A16.

Un homme d’une cinquantaine d’années, suspecté d’avoir gravement blessé un migrant de 22 ans dimanche en le percutant sur l’autoroute A16 à Grande-Synthe (Nord), a été placé en garde à vue lundi, a-t-on appris auprès du parquet de Dunkerque.

La CRS autoroutière « a pu remonter à cette personne grâce à sa plaque d’immatriculation relevée par des automobilistes » témoins du drame, a indiqué le parquet Laconfirmant une information de LCI.

Ainsi, l’homme d’une cinquantaine d’années, domicilié dans la région dunkerquoise, a été interpellé à son domicile lundi à 06h45 et placé en garde à vue pour « blessures involontaires aggravées ».

La chaîne d’information indique par ailleurs que : « l’homme a été contrôlé par les gendarmes peu de temps après le drame, en état d’alcoolémie. Son permis de conduire lui aurait d’ailleurs été retiré. »

Toujours entre la vie et la mort

Dimanche, un migrant d’origine irakienne a été percuté vers 16h30 par un véhicule à Grande-Synthe, où des migrants vivent dans la précarité dans le campement sauvage du Puythouck, alors qu’il marchait le long de la bande d’arrêt d’urgence avec d’autres ressortissants irakiens. L’auteur de l’accident avait pris la fuite. L’homme percuté est toujours entre la vie et la mort.

Selon le parquet, à Dunkerque et aux alentours, de nombreux migrants marchent ainsi le long de l’autoroute pour rejoindre les aires de repos et tenter de monter dans les camions pour rejoindre l’Angleterre.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, un migrant de nationalité afghane est mort après avoir été percuté par un véhiculesur la rocade menant au port de Calais, portant à trois le nombre de décès de migrants à Calais et ses environs en 2017.

 

Communiqué Cimade, GISTI, OIP sur l’éloignement des personnes étrangères détenues

Action collective

Cimade, Gisti, OIP
Éloignement des personnes étrangères détenues
De la loi du chiffre au déni de justice

« Priorité » – pour ne pas dire obsession – nationale des gouvernements successifs, les politiques migratoires françaises sont largement focalisées sur l’éloignement des ressortissants étrangers. Parmi eux, les personnes détenues constituent des cibles privilégiées. L’existence de procédures expéditives pour contester les obligations de quitter le territoire français (OQTF) notifiées en détention empêchent les intéressées de faire valoir leurs droits, facilitant et accélérant les renvois. L’OIP, la Cimade et le GISTI déposent ce jour une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) dénonçant l’atteinte portée au droit à un recours effectif.

Dans une circulaire adressée aux préfets en octobre, le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, rappelait que « l’éloignement des étrangers en fin d’une peine d’emprisonnement doit être une priorité ». Il faut dire que l’action de l’administration ne manque pas d’efficacité en ce domaine. Un rapport parlementaire rappelait en effet en 2015 que la police aux frontières était parvenue à éloigner 78% des sortants de prison l’année précédente [1].

Un tel « rendement » s’explique en partie par le fait que la contestation en justice des OQTF notifiées en prison est en pratique très difficile en raison de procédures expéditives. Les ressortissants étrangers détenus ne disposent en effet que d’un délai de 48 heures pour contester la mesure d’éloignement [2]. Et le tribunal, s’il est saisi, doit se prononcer dans les 72 heures.

Or, la brièveté de ces délais de recours est souvent insurmontable pour des personnes étrangères placées – rappelons-le – sous l’entière dépendance de l’administration pénitentiaire. Les nombreux obstacles qu’elles rencontrent sont liés tant aux conditions de la notification de la décision en prison (notification en fin de semaine, absence d’interprète ou de traduction écrite, etc.) qu’au délai de recours (privation de moyens de libre communication, accès au droit limité, isolement carcéral, etc.) ou à la défense de leurs intérêts (constitution de dossier empêchée, accès aux documents personnels difficile, rencontre avec l’avocat et extraction pour l’audience incertaine, etc.)

L’enquête réalisée par l’OIP – avec le soutien de La Cimade et du GISTI – auprès d’avocats, de points d’accès au droit et d’associations intervenant en détention et en rétention confirme que, sous couvert d’efficacité, la loi impose une véritable « défense impossible » aux étrangers détenus. Beaucoup d’entre eux n’arrivent tout simplement pas à former un recours contre la mesure d’éloignement. Et l’analyse d’un corpus d’une centaine de décisions de tribunaux administratifs montre que près de 45 % des requêtes adressées aux juridictions ont été jugées irrecevables au motif qu’elles ont été formées après l’expiration du délai de recours. Un taux qui n’a d’équivalent dans aucune autre branche du contentieux administratif !

Dépourvus des garanties minimales en termes d’exercice des droits et de recours effectif, les personnes étrangères détenues sont finalement les sujets sans droits d’une politique ministérielle d’éloignement avide du chiffre. Elles courent le risque d’être éloignés sans qu’on tienne compte de leur situation personnelle et des attaches qu’elles peuvent avoir en France.

Soucieux de la protection de leurs droits, l’OIP, La Cimade et le GISTI saisissent donc ce jour le Conseil d’Etat d’une demande de transmission au Conseil constitutionnel d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) visant les dispositions législatives relatives au délai de recours contre les OQTF notifiées en détention. Cette procédure viendra en renfort d’une QPC transmise très récemment par la Cour administrative d’appel de Douai sur le même sujet [3]. Elle invite la Haute Juridiction à rappeler que rien ne saurait justifier que l’on abandonne délibérément les étrangers dans des zones de non-droit.

Consulter le rapport sur les obstacles à la contestation des OQTF notifiées en détention.

Le 21 septembre 2017

Organisations signataires :

  • La Cimade
  • Gisti
  • OIP

[1Rapport n° 716 (2014-2015) de M. François-Noël BUFFET, fait au nom de la commission des lois, déposé le 30 septembre 2015, p. 138.

[3CAA Douai, 14 déc. 2017, n°17DA00603

Huffingtonpost // Gérard Collomb renonce à l’idée de « pays tiers sur » dans sa loi sur l’immigration

Gérard Collomb renonce à l’idée du « pays tiers sûr » dans sa loi sur l’immigration

Très décriée par les associations, cette mesure prévoyait le renvoi d’un débouté du droit d’asile vers le pays par lequel il a transité.

http://www.huffingtonpost.fr/2017/12/20/gerard-collomb-renonce-a-lidee-du-pays-tiers-sur-dans-sa-loi-sur-limmigration_a_23312661/

 

POLITIQUE – Ça commençait à faire beaucoup. Alors que la majorité se met clairement à exprimer son malaise à l’égard de la politique gouvernementale vis-à-vis des migrants, Gérard Collomb se voit contraint de lâcher du lest concernant son projet de loi sur l’immigration et le droit d’asile prévue pour la mi-janvier.

 

C’est notamment ce qui ressort de l’interview accordée par le député LREM de la Vienne Sacha Houlié ce mercredi 20 décembre à Europe 1, ce qu’a confirmé le ministère quelques minutes plus tard à l’AFP. Le vice-président de l’Assemblée nationale a annoncé que la notion de « pays tiers sûr » ne figurerait pas dans la loi qui sera présentée par le ministre de l’Intérieur. Or cette mesure figurait bien dans le texte que l’AFP avait pu consulter.

 

« C’est une annonce que je peux faire parce que je me suis entretenu hier soir avec Gérard Collomb qui nous a assuré que ça ne serait pas repris dans le texte qui nous sera présenté en 2018 », a assuré Sacha Houlié, qui a visité mardi un centre d’accueil en compagnie du ministre de l’Intérieur (vidéo ci-dessous).

 

Très décriée par les associations, cette notion de « pays tiers sûr » prévoit le renvoi d’un débouté du droit d’asile vers le pays par lequel il a transité. Autrement dit, un ressortissant du Darfour pourrait être renvoyé vers un pays du Maghreb par lequel il est passé pour rejoindre la France.

 

Cette disposition est autorisée par le droit européen. Pour autant, pas question pour Sacha Houlié d’y recourir. « S’ils ont transité par un pays vers lequel on serait autorisé à les renvoyer, nous nous priverons de cette possibilité parce que nous considérons que ça n’a pas à figurer dans le texte », a-t-il insisté.

« Certains le font déjà, comme la Hongrie, qui renvoie en Croatie et en Serbie les migrants qui arrivent sur son territoire, au nom de ce concept de pays tiers sûr et ce, pour fermer la route des Balkans », expliquait au Monde, Serge Slama, professeur de droit public à l’université de Grenoble. Pour Gérard Sadik, responsable de l’asile à la Cimade, cette approche « déroge à la tradition française de l’asile ». Ce que les députés LREM ont visiblement réussi à faire entendre à Gérard Collomb

Expulsion du camp de Tatinghem – qu’en disent les bénévoles?

Le 16 décembre 2017, les Maires de St Martin les Tatinghem et de Longuenesse ont chacun pris un arrêté d’expulsion du camp d’exilés situé à la limite entre leur deux communes.

Le 19 décembre, le juge des référés du Tribunal administratif de Lille a refusé de suspendre l’expulsion des habitants de ce campement et la destruction de leurs abris.

Le 20 décembre, alors que tous les exilés étaient partis, un bulldozer a tout détruit.

Voici deux communiqués de presse qui font part de la position de bénévoles qui venaient en soutien aux exilé.e.s (sur)vivant sur ce bidonville.


Tatinghem, 16/12 /2017

Deux arrêtés municipaux d’expulsion des habitants du campement de Tatinghem viennent d’être pris, suite à une mise en demeure du préfet du Pas de Calais. La destruction des abris pourrait avoir lieu dans 72 heures, soit mardi 19 décembre au matin.
Depuis
10 ans, des personnes exilées, principalement originaire de pays en guerre tel que l’Afghanistan et l’Irak, y survivent.
Les autorités auront donc attendu la période hivernale pour détruire le minimum d’abris que ces personnes avaient pu se construire au fil du temps. L’argument de la mise à l’abri n’est qu’un prétexte puisque l’on sait que, comme ailleurs (campement de Calais, Norrent Fontes, Steenvoorde), les personnes exilées, qui sont ici parce qu’elles souhaitent se rendre en Grande Bretagne, reviendront dans les jours ou les semaines qui viennent. Elles seront alors dans une situation encore plus précaire et dangereuse.
Nous, bénévoles qui soutenons les exilé.e.s de Tatinghem depuis des années aurions pu être consulté.e.s. Nous ne contestons pas les propositions de mise à l’abri qui ont pu exister cette dernière semaine, même si nous sommes en droit de nous demander pourquoi rien n’avait été proposé depuis si longtemps. En revanche, nous déplorons que la réalité, la situation individuelle et les souhaits des personnes ne soient pas au cœur des décisions qui sont prises. Nous aurions pu aussi permettre à ceux qui ont pris les décisions de rencontrer les personnes qui les subissent.
C’est pour faire entendre leur voix que des exilés vivant sur le campement vont saisir le Tribunal administratif contre la décision d’expulsion de leur habitat.
Nous espérons que les autorités attendront l’avis du juge avant d’envoyer les bulldozers, et si expulsion il doit y avoir, nous seront vigilants à ce que les personnes exilées ne subissent pas de violence.
Les échanges que nous avons pu avoir avec ces personnes depuis des années resteront pour longtemps dans le coeur de nombreux habitants de Tatinghem et des villes alentours.  Nous poursuivrons nos actions de soutien si elles font le choix de revenir ici ou de s’installer ailleurs.

Les bénévoles qui viennent en aide aux exilés de passage à Tatinghem


St Martin-les-Tatinghem, le 20.12.2017

Ce matin, à 8h heures, la destruction du campement de Tatinghem a débuté. Sont d’abord arrivés la police, des salariés de l’OFII et de la DDCS. Et à 9h40, intervenaient les bulldozers.

Ce camp, dans lequel vivaient des personnes exilées, présentes à Tatinghem, dans l’espoir de franchir la Manche et d’atteindre la Grande Bretagne, existait depuis 2007.

Les conditions de vie étaient indignes. Les associations l’ont dit à maintes reprises aux autorités municipales et préfectorales. Elles ont appelé à la mise en place de dispositifs permettant à ces personnes d’accéder à l’ensemble de leur droits fondamentaux. Et pourtant, pendant onze longues années, rien n’a été fait, pas même une discussion entre l’État, les Mairies de Longuenesse et Tatinghem, les associations, et les exilé.e.s. Rien.

Et tout à coup, en plein hiver, c’est l’urgence. Il faut à tout prix détruire les abris. Pourtant, nous le savons tous, et nous l’avons dit au juge des référés du Tribunal administratif de Lille mardi 19.12, cette destruction d’abris, sous couvert d’une mise à l’abri qui n’en a que le nom, est d’abord et avant tout une mise à la rue.

Ce matin, donc, les bulldozers se sont mis au travail. Le bus envoyé pour transporter les habitants loin de Tatinghem, loin des possibilités de passage vers la Grande Bretagne, est reparti vide. Les habitants, après avoir cherché à franchir la Manche au cours de la nuit, ne sont pas revenus. Où sont-ils ? Dans quelles conditions ont-ils passé la nuit ? Nous ne le savons pas, mais une chose est sûre, l’expérience nous l’a appris, l’expulsion des habitant.e.s et la destruction de leurs abris, loin d’être une mesure de protection est une mesure de précarisation, une mise en danger de l’intégrité physique de personnes qui vivaient déjà dans des conditions indignes.

Quand donc pourra-t-on enfin discuter de réelles solutions adaptées à tous ? Les Centres d’accueil et d’examen des situations (CAES) ne peuvent être une solution acceptable que pour quelques rares personnes. Qui voudrait être mis à l’abri en sachant que l’objectif est de faciliter le transfert des personnes vers un autre pays européen ou même de les expulser dans leur pays d’origine ?

Nous le disons, seule une mise en place de ‘maison du migrant’, des lieux à taille humaine, installés là où sont les personnes, leur permettant d’accéder à leurs droits fondamentaux et à une information complète et impartiale, pourra apporter un morceau de la solution. Quoiqu’il en soit, toute solution valable ne pourra voir le jour que si cette réflexion nécessaire se nourrit de celle des personnes exilées.

Les bénévoles venant en soutien aux exilé.e.s de Tatinghem

Human Right Watch // L’arrivée du froid met les migrant.e.s de Calais en danger

France : L’arrivée du froid met les migrants de Calais en danger

Abus policiers et températures glaciales menacent leur sécurité

Des demandeurs d’asile et d’autres migrants dorment dehors dans la neige, à Calais, le 11 décembre 2017.

© 2017 Futuro Berg/Help Refugees

(Paris) – Les migrants et demandeurs d’asile à Calais font face à des conditions de vie dramatiques, particulièrement en cette période de chute des températures, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. De nombreux migrants, enfants et adultes, ont rapporté que les destructions et confiscations de leurs effets par la police étaient plus fréquentes depuis début novembre 2017, leur rendant la vie dehors encore plus difficile.

Dans cette ville du nord de la France, les policiers emploient une force excessive contre les demandeurs d’asile et autres migrants. Les forces de l’ordre confisquent ou détruisent fréquemment les sacs de couchage, vêtements et autres possessions des demandeurs d’asile et des migrants, apparemment dans le but de les dissuader de rester à Calais.

« Les violences policières, les destructions et les confiscations en cours sont inhumaines et inadmissibles», a déclaré Bénédicte Jeannerod, directrice France de Human Rights Watch. « Les autorités françaises doivent mettre immédiatement fin à ces abus et sassurer que les migrants sont traités avec la dignité à laquelle tout être humain a droit. »

Human Rights Watch a constaté que, très récemment, au cours de la première semaine de décembre, la police, en particulier du corps anti-émeute des Compagnies républicaines de sécurité (CRS), avait confisqué ou détruit des effets personnels des demandeurs d’asile et des autres migrants, tels que leurs sacs de couchage, couvertures, vêtements, voire parfois leurs téléphones, médicaments et documents.

Au moins 500 migrants et demandeurs d’asile, dont on estime que 100 sont des enfants non accompagnés, vivent dans les rues et les zones boisées de Calais et des alentours. La plupart d’entre eux sont originaires d’Érythrée, d’Éthiopie et d’Afghanistan.

Depuis la fermeture du camp de Calais, dit « la Jungle », par les autorités françaises en octobre 2016, les autorités municipales et nationales ont exprimé à plusieurs reprises leur volonté d’éviter la réinstallation d’un nouveau camp permanent dans la ville ou aux alentours, où se sont regroupés des migrants dans l’espoir d’atteindre le Royaume-Uni. Pendant un temps, les autorités françaises ont défié une décision de justice leur ordonnant de procurer aux demandeurs d’asile et aux autres migrants de l’eau potable et d’autres services d’aide humanitaire, mais cela est aujourd’hui partiellement résolu.

Début décembre à Calais, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 36 migrants, dont des demandeurs d’asile, notamment avec 20 enfants non accompagnés. Human Rights Watch s’est également entretenu avec 23 employés et volontaires d’organisations non gouvernementales fournissant une assistance humanitaire, juridique et médicale. Outre la confiscation d’objets personnels, Human Rights Watch a documenté des agressions physiques de migrants par la police ainsi que des actes de  harcèlement à l’encontre de travailleurs humanitaires.

Ceci fait suite aux recherches menées en juin et juillet par Human Rights Watch, qui ont mis en évidence un usage excessif de la force à l’encontre des migrants, notamment l’utilisation routinière de gaz irritant, ainsi que la confiscation régulière de leurs biens, le blocage de l’aide humanitaire et le harcèlement des travailleurs humanitaires. Le Défenseur des droits, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) et de nombreux groupes humanitaires opérant à Calais et aux environs, dont l’Auberge des migrants et Help Refugees, ont publié des rapports similaires sur les abus policiers commis pendant les mois suivant la fermeture du vaste camp de migrants.

En réaction aux conclusions des recherches de Human Rights Watch et du Défenseur des droits, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a annoncé que les services d’enquête interne de l’administration et des forces de sécurités françaises investigueraient les pratiques policières à Calais. Le rapport officiel des inspecteurs, publié  en octobre, a conclu qu’il existait des preuves convaincantes de l’usage excessif de la force et d’autres abus commis par les policiers. Il a appelé à des améliorations dans les pratiques des policiers opérant à Calais face aux  demandeurs d’asile et autres migrants.

« Ces actes représentent une stratégie de harcèlement et dépuisement de la part des autorités, visant à dissuader la présence de migrants à Calais », selon Loan Torondel, coordinateur terrain de l’Auberge des migrants, une organisation humanitaire française. « Laisser des personnes  vulnérables sans abri, par ce temps, ne fait quaugmenter leur désespoir. » L’association a également détaillé tout récemment, dans un rapport publié début décembre, les confiscations et destructions par la police de tentes, bâches, sacs de couchage et autres effets des migrants et des demandeurs d’asile.

Des demandeurs d’asile et d’autres migrants se blottissent autour d’un feu de camp dans le froid, à Calais, le 11 décembre 2017.

© 2017 Loan Torondel/Auberge des Migrants

Le 11 décembre, après plusieurs semaines d’un froid de plus en plus vif, mais avant que la loi ne leur impose de le faire, les responsables municipaux de Calais ont ouvert des hébergements d’urgence pour deux jours, dont la durée a ensuite été prolongée jusqu’au 18 décembre au matin. D’après les déclarations des autorités locales aux organisations humanitaires, cet hébergement est constitué de containers avec 70 places pour les femmes, les enfants et les personnes vulnérables, par exemple âgées ou malades, et d’un entrepôt avec 200 places pour les hommes. Ces dispositifs ne sont ouverts que pendant la nuit.

Les informations rapportées par les groupes humanitaires varient, mais certains ont rapporté que les migrants devaient prendre des bus spécifiques, en se rassemblant à des points de départ particuliers, avant 19 heures chaque soir, à moins qu’ils ne soient amenés par les services d’urgence. Ils ont indiqué que  les personnes qui parvenaient à l’abri d’urgence par d’autres moyens, à pied par exemple, étaient refoulés, tandis que d’autres ne pouvaient accéder à cet hébergement par manque d’informations sur l’ouverture des abris et sur les procédures d’admission.

La décision des autorités locales d’ouvrir ces abris d’urgence avant d’être strictement obligées de le faire est cohérent avec les engagements du président Emmanuel Macron. Il avait ainsi déclaré en juillet : « Je ne veux plus, dici la fin de lannée, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois […]. Je veux […] partout des hébergements d’urgence. »

Les autorités devraient maintenir ces hébergements d’urgence ouverts pendant tout l’hiver, de jour comme de nuit, afin d’assurer une protection adéquate à ceux qui, sinon, seraient sans abri, notamment les demandeurs d’asile et les autres migrants, a déclaré Human Rights Watch. Par ailleurs les autorités devraient mettre fin aux pratiques policières abusives, sanctionner les agents abusant de leur pouvoir et mettre en œuvre les recommandations émises en octobre par les services d’enquête interne de l’administration et des forces de sécurité françaises.

« Les abus et le harcèlement policiers ne devraient pas être un élément constitutif de la politique de la France envers les migrants et les demandeurs dasile », a conclu Bénédicte Jeannerod.

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Conditions de vie

Les conditions de vie précaires ont de lourdes conséquences sur la santé mentale des demandeurs d’asile et des autres migrants, ont déclaré à Human Rights Watch des membres d’équipes médicales. Avec l’arrivée du froid, les travailleurs humanitaires ont noté que les migrants avaient d’avantage de risques de souffrir  d’engelures et d’hypothermie. Les groupes humanitaires apportent des réserves de gants, de chauffe-mains et d’autre matériel similaire d’urgence.

Parmi les autres problèmes de santé fréquents, il faut citer la gale, le pied des tranchées, un syndrome douloureux causé par le fait d’avoir les pieds humides de façon prolongée ; des infections oto-rhino-laryngologiques ; et des douleurs musculaires et dorsales dues à la vie en extérieur. Un nettoyage régulier des vêtements et des couchages est nécessaire pour prévenir la gale.

Suite à un jugement émis fin juillet par le plus haut tribunal administratif français, le Conseil d’État, les représentants locaux du gouvernement ont installé des points d’eau, des toilettes et des douches. Cependant, les migrants et les demandeurs d’asile ne peuvent ni laver ni sécher leurs vêtements et leurs couchages.

La loi française exige que des hébergements d’urgence soient ouverts pour toutes les personnes sans abri, y compris les migrants sans papiers, lorsque la météo atteint certaines conditions, par exemple lorsque la température tombe à -5 ºC pendant deux nuits consécutives ou bien demeure à 0 ºC ou en-dessous pendant la journée. Les responsables locaux peuvent, à leur discrétion, ouvrir des abris d’urgence dans des conditions moins rigoureuses.

Autres abus

Human Rights Watch a également réuni des informations sur des cas récents de violences physiques commises par la police à l’encontre de migrants et de demandeurs d’asile, notamment des coups sur les mains, les jambes et les chevilles, parfois alors qu’ils sont assis de manière pacifique aux points de distribution, en train de dormir ou bien de se réveiller. Certains migrants et demandeurs d’asile, aussi bien enfants qu’adultes, ont déclaré qu’ils avaient été aspergés de gaz irritant pendant qu’ils dormaient. Les travailleurs médicaux ont rapporté qu’ils avaient soigné des migrants et demandeurs d’asile qui souffraient d’irritations oculaires et d’autres symptômes concordant avec ces récits.

Human Rights Watch a également constaté que la police harcelait les travailleurs humanitaires par des contrôles d’identité répétés et des procès-verbaux pour des infractions mineures, telles qu’une quantité insuffisante de liquide lave-glace ou une pression des pneus trop faible, ou encore d’amendes de stationnement. Un travailleur humanitaire a déclaré que des agents avaient vérifié les documents d’identité de certains responsables et volontaires plusieurs fois dans la même journée.

Récits de migrants (enfants non accompagnés et adultes)

Afin de protéger la vie privée des personnes interrogées, la plupart des noms ont été modifiés et d’autres informations qui pourraient aider à les identifier n’ont pas été incluses. Si un âge est précisé, il s’agit de l’âge que la personne a déclaré à Human Rights Watch.

« Ils me font peur, je n’aime pas les policiers de Calais. J’aime bien les policiers de France, mais pas ceux de Calais. Ils m’ont aspergé le visage il y a trois jours, et tout le corps. Ils m’ont pris toutes mes affaires. »

– Un jeune garçon [âge et nationalité non divulguées], le 6 décembre 2017.

« Ils ont pris tous nos sacs de couchage aujourd’hui [le 5 décembre], après midi. Les animaux sont plus respectés que nous, ici. »

 – Un homme adulte originaire dÉthiopie, le 5 décembre 2017

« Je dors dans les bois. Les policiers [viennent] tous les jours. Ils pulvérisent du gaz. Ils frappent… Il y a deux semaines, ils m’ont aspergé les yeux de gaz et j’ai dû passer une journée à l’hôpital. »

– Un garçon de 15 ans originaire dÉrythrée, le 5 décembre 2017

« J’ai reçu du gaz deux fois. Ça fait très mal. Ça brûle aussi. La douleur met deux, trois jours à passer. Ça brûle vraiment beaucoup. Même la peau. […] La deuxième fois [que j’ai été aspergé de gaz], je dormais. Ils m’ont réveillé et m’ont aspergé. À tous, ils nous ont fait pareil. »

– Un homme adulte originaire dÉthiopie, le 5 décembre 2017

« Ce matin, les policiers sont venus, ils étaient plus de 25. Ils ont pris tous nos sacs de couchage, mon téléphone… Quand ils viennent, ils nous frappent. Ils prennent nos sacs de couchage et nos vestes, à chaque fois. Ils me frappent parfois. Ils utilisent leurs bombes de gaz, partout sur mon visage. Ils disent : ‘Ne dormez pas. Allez-vous-en !’… Maintenant la vie est affreuse. Maintenant il commence à pleuvoir, à geler. La nuit est très, très froide. Nous dormons dehors la nuit, mais nous n’avons rien. »

– Un garçon de 17 ans, « Kuma », originaire dOromie, le 5 décembre 2017

« Je dors sous le pont… Hier, les policiers sont venus avec leurs bombes. Ils m’ont aspergé le visage, ont pulvérisé du gaz partout. Je n’ai plus de sac de couchage – les policiers me l’ont pris.

– Un garçon de 15 ans, « Neissa », originaire dOromie, le 5 décembre 2017

« Les policiers prennent les sacs de couchage, les couvertures… normal ! Ils me pulvérisent les yeux, le nez, la bouche. Après, je tousse pendant 20 ou 30 minutes.

– Un jeune garçon [âge et nationalité non divulguées], le 6 décembre 2017.

C’est vraiment dur. Les policiers  viennent le matin. Ils prennent votre sac de couchage et vous pulvérisent le visage, les yeux. Ce sont les CRS [la police anti-émeute française]. »

– Un homme de 18 ans originaire dÉrythrée, le 6 décembre 2017

« Calais, ce n’est pas bon. Les policiers viennent à chaque fois. Ils ramassent les vêtements, pulvérisent de gaz, frappent. C’est vraiment très dur. Les CRS à chaque fois, nuit et jour. Ils prennent les couvertures, les sacs de couchages et même les vêtements. Aujourd’hui, [ils ont pris] mon sac de couchage… [J’ai été] frappé à la jambe. Ce matin, ils m’ont pulvérisé les yeux et les vêtements. Hier, c’était mes vêtements.

– Un garçon de 16 ans originaire dÉthiopie, le 6 décembre 2017

Communiqué inter-associatif – Recensement des étrangers dans les centres d’hébergement: les associations saisissent le Défenseur des droits

18 décembre 2017

Que les centres d’hébergement deviennent des annexes des préfectures, 25 associations qui accueillent, hébergent, orientent des personnes sans abri, ont saisi ce jour le Défenseur des droits au sujet du nouveau dispositif étatique destiné à l’examen de la situation administrative des étrangers sans abri hébergés ou qui sollicitent un hébergement.

Annoncé aux associations lors d’une réunion organisée par les ministres de l’Intérieur et de la Cohésion des territoires le 8 décembre, ce projet, qui remet en cause l’accueil inconditionnel des personnes dans les centres d’hébergement d’urgence, principe fondamental de l’action sociale, avait provoqué le départ anticipé de représentants associatifs.

Deux circulaires (l’une publiée le 8 décembre et l’autre datée du 12 décembre, mais pas encore publiée) prévoient en effet l’envoi d’équipes mobiles constituées d’agents de l’OFII et du service étranger des préfectures dans les centres d’hébergement en vue d’identifier les personnes de nationalité étrangère.

Conséquences immédiatement anticipées par ces associations : des personnes (dont des familles avec enfants, rappelons-le) qui n’appelleront plus le 115 pour être hébergées, qui resteront  à la rue ou dans des squats ou bidonvilles de peur d’être contrôlées et expulsées ou qui subiraient des fins de prise en charge.

Les associations demandent donc au Défenseur des droits d’intervenir auprès du gouvernement afin que ces instructions portant gravement atteinte aux droits fondamentaux des personnes étrangères hébergées dans les centres ne soient pas mises à exécution.

Si ces textes devaient être opposables aux personnes : ils mettraient un point final au principe de l’accueil inconditionnel, instaureraient un contrôle généralisé et discriminatoires des personnes étrangères au sein de lieux privés et obligeraient les associations à transmettre des informations à caractère personnel préjudiciables aux personnes qu’elles accueillent.

Associations signataires de la saisine :

Fédération des acteurs de la solidarité, La Cimade, Emmaüs Solidarité, Emmaüs France, Centre Primo Levi, UNIOPSS, Fondation Abbé Pierre, UNICEF France, Médecins sans frontières, la Ligue des droits de l’homme, Samu social de Paris, Médecins du monde, Secours catholique- Caritas France, JRS, Fédération de l’entraide protestante, CASP, France terre d’asile, Fondation de l’Armée du salut, , Association Cités du Secours Catholique, Le refuge, Droit au logement (DAL),

Communiqué d’Amnesty International // délit de solidarité

Une de nos membres poursuivie pour « délit de solidarité »

https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/une-de-nos-membres-poursuivie-pour-delit-de-solidarite

Martine Landry, militante d’Amnesty International France (AIF), sera jugée à Nice, lundi 8 janvier 2018. Il lui est reproché d’avoir « facilité l’entrée de deux mineurs étrangers en situation irrégulière ». Elle risque jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende. Des poursuites injustes, explication.

Engagée auprès d’AIF depuis 2002, Martine Landry est en charge d’une mission d’observation à la frontière entre la France et l’Italie pour notre organisation.

Accusée… de faire appliquer la loi sur la protection des mineurs

Le 28 juillet 2017, la police italienne a renvoyé, à pied, deux mineurs étrangers isolés vers la France. Martine Landry les a récupérés au poste frontière Menton/Vintimille du côté français pour les accompagner à la Police aux frontières (PAF), munie des documents attestant de leur demande de prise en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Les deux mineurs, tous deux âgés de 15 ans et d’origine guinéenne, ont par la suite été pris en charge par l’ASE.

Le 31 juillet, Martine Landry s’est rendue à la PAF de Menton suite à l’interpellation et au transfert de onze migrants. Ce jour-là, elle se voit remettre une convocation pour une audition le 2 août. Le lendemain, Martine Landry reçoit une convocation du tribunal correctionnel de Nice. Elle doit être jugée le 8 janvier 2018 pour « avoir facilité l’entrée de deux mineurs étrangers en situation irrégulière […], en ayant pris en charge et convoyé pédestrement ces deux mineurs du poste frontière côté Italie au poste frontière côté France ».

À la frontière française, les enfants non accompagnés ne font pas l’objet de l’attention requise au regard de leur situation de vulnérabilité. C’est pourtant ce qu’exige la législation française relative à la protection de l’enfance. Les enfants sont renvoyés au même titre que les adultes, de façon expéditive et sans possibilité d’exercer leurs droits ni même d’être accompagnés.

Une militante expérimentée

Martine est une militante expérimentée, respectueuse du droit et qui connaît parfaitement le cadre juridique dans lequel son action s’inscrit.

Martine Landry est membre d’Amnesty International depuis 2002. Elle est également la référente régionale Provence-Alpes-Côte d’Azur sur la question des réfugiés et migrants depuis 2011 et chargée d’une mission d’observation en zone d’attente pour AIF. En parallèle, elle participe aux missions militantes de conseil aux demandeurs d’asile et d’accompagnement dans l’accès à leurs droits, missions pour lesquelles elle a bénéficié de plusieurs formations.

Par ailleurs, en dehors de ses activités pour AIF, Martine Landry est engagée au sein de différentes associations locales et nationales pour la défense des migrants et des réfugiés dont l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé).

L’injuste « délit de solidarité »

Ces personnes qui aident les réfugiés sont inquiétées, intimidées, poursuivies alors qu’elles défendent avant tout les droits humains. Elles agissent pour protéger les droits des personnes migrantes et réfugiées auxquels portent atteintes les autorités françaises. Ces personnes sont des défenseurs des droits humains et, ils doivent bénéficier de la protection de l’État.

Lire aussi : 3 questions sur le délit de solidarité

Alors que, depuis plus de deux ans, nos organisations dénoncent les violations du droit international, européen ou français, à la frontière franco-italienne par les autorités françaises, ces dernières intimident et poursuivent celles et ceux qui tentent de protéger les droits humains de personnes aussi vulnérables que des mineurs isolés.

Une criminalisation insupportable

Le procès de Martine Landry doit être l’occasion pour le gouvernement français de modifier sa législation qui permet, comme cette situation le démontre, de criminaliser l’aide apportée par des citoyens pour protéger les droits des personnes migrantes et réfugiées.

Lire aussi : Réfugiés, ce que cache le mot « délit de solidarité »

Il est urgent et indispensable que la politique du gouvernement français soit réorientée de façon à répondre à l’impératif du strict respect des droits des personnes migrantes et réfugiées qui franchissent la frontière franco-italienne et à la nécessaire protection de celles et ceux qui leur apportent leur aide.

Le Monde // Le monde associatif refus de cautionner un tri des migrant.e.s dans l’hébergement d’urgence

http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/12/08/le-monde-associatif-refuse-de-cautionner-un-tri-des-migrants-dans-l-hebergement-d-urgence_5226734_3224.html#xtor=AL-32280270%20

Une quinzaine d’associations de l’hébergement d’urgence ont claqué la porte du ministère de l’intérieur ce matin. Le ministre Gérard Collomb leur présentait son dispositif pour sortir les sans papiers des hébergements d’urgence.

| 08.12.2017 à 13:16   Par Maryline Baumard

Une quinzaine d’associations de l’hébergement d’urgence ont claqué la porte du ministère de l’intérieur ce matin. Le ministre Gérard Collomb leur présentait son dispositif pour sortir les sans papiers des hébergements d’urgence.

Trop c’est trop ! Vendredi 8 décembre, une quinzaine d’associations du secteur social ont, à peine entrées, claqué la porte du bureau du ministre de l’intérieur. Pas tous les jours que des organisations majeures comme Le Secours catholique, la Fédération des acteurs de la solidarité (ex-FNARS), Emmaüs Solidarité et International, Médecins du monde et une bonne liste d’autres, répondent à un ministre d’Etat en lui rappelant les grands principes du travail social avant de tourner les talons. Gérard Collomb souhaitait leur détailler une circulaire permettant d’envoyer des équipes mobiles contrôler la situation administrative des personnes hébergées dans l’accueil d’urgence, afin de sortir du parc les personnes sans papiers.

« Nous refusons le recensement, l’étiquetage et le triage des personnes qui entrent dans l’hébergement d’urgence », s’offusquait Patrick Doutreligne, président de l’UNIOPSS (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux) et porte-parole de ce front du refus, à la sortie du rendez-vous. Gérard Collomb venait en effet de présenter aux présidents des associations qui apportent au quotidien du réconfort et de l’aide aux plus fragiles de la société, son « projet de lancement d’un examen des situations administratives dans l’hébergement d’urgence de droit commun » et de solliciter leur soutien.

« Nous serions heureux de pouvoir faire équipe avec des représentants de l’action sociale nous a-t-il déclaré »,comme l’a raconté Bruno Morel, d’Emmaüs Solidarité à la sortie… « Le ministre nous a en effet annoncé la sortie prochaine de deux circulaires. La première, d’une dizaine de pages, détaille comment les contrôles seront opérés par des équipes mobiles d’agents de l’Office français de l’immigration et des préfectures [OFII]. Une seconde, présentée par Jacques Mézard, le ministre de l’égalité des territoires qui ne fait que rappeler les annonces déjà faites sur les ouvertures de places sur 2018 et 2019. »

Demande de concertation

La véritable surprise pour eux, c’est justement que le ministre leur présente un dispositif auquel ils s’étaient par avance opposés et qu’ils avaient prévenu ne pas pouvoir déontologiquement mettre en œuvre. « Le 14 novembre, nous avons adressé une lettre commune au chef de l’Etat lui signifiant que nous refusions cette politique du tri qui place les associations gestionnaires de ces capacités d’accueil dans des missions de contrôle contraires à la déontologie du travail social qui nécessite confiance et adhésion au projet de la personne », rappelle Jean-Michel Hitter, de la Fédération d’entraide protestante (FEP), lui aussi partie prenante du front du refus. Les associatifs rappelaient hier matin qu’elles demandent une « concertation sur ce sujet compliqué, et non qu’on leur présente un texte déjà bouclé ». 

Alors que les gestionnaires des foyers où l’on abrite les sans domicile refusent de collaborer au tri entre leurs pensionnaires, estimant que toutes les personnes hébergées dans le dispositif d’urgence (auquel on accède en général par le 115) ont besoin de leur aide, « l’Etat, lui, a décidé de sortir ces personnes des hôtels et autres foyers pour les mettre dans des structures spéciales et les renvoyer », rappelait Laurent Giovannoni du Secours catholique.

L’Etat, a en effet dans sa ligne de mire ceux que l’on n’appelle plus les sans-papiers mais les « mal documentés » et a décidé d’opérer des renvois massifs vers les pays d’origine. Un pari difficile à tenir selon les associations, rappelant que d’autres ont essayé avant Emmanuel Macron et ont vite heurté un plafond de verre infranchissable.

Déjà expérimenté

Côté gouvernemental, différentes circulaires édictées par le ministre de l’Intérieur mettent pourtant en avant cette priorité du renvoi, aussi bien pour les déboutés de l’asile que pour les exilés « dublinés » (obligés, en vertu du règlement de Dublin, de déposer leur dossier dans le premier pays européen où ils sont entrés). Tout le discours du président sur un « accueil digne des réfugiés » repose en effet sur le fait qu’il éloigne beaucoup de monde avant de le mettre en place pour quelques-uns.

Déjà, le système de tri proposé vendredi 8 décembre pour être mis en œuvre dans l’hébergement général est à l’œuvre à titre expérimental dans des centres d’hébergements d’exilés en Ile-de-France. Des équipes mobiles regroupant des agents de l’OFII accompagnées de fonctionnaires des préfectures viennent y faire le point entre demandeurs d’asile et déboutés. Avec objectif d’en retirer les déboutés pour les mettre ailleurs et tenter de les renvoyer.

Pourtant pas soupçonnable d’un positionnement extrémiste, l’ancien grand patron (EADS et SNCF) Louis Gallois, président de la Fédération des acteurs de la solidarité dénonçait à la sortie de ce rendez-vous une « remise en cause de l’accueil inconditionnel » doublée d’une volonté de fragiliser les associations. « Les centres d’hébergement, a-t-il ajouté, ne doivent s’associer en rien à ces démarches policières et nous le demanderons à nos adhérents. » Riche de 850 associations, la fédération qu’il préside gère la majorité des centres d’hébergement en France.

Quelques associations sont restées dans le bureau du ministre. Le groupe SOS, dirigé par un proche d’Emmanuel Macron, Coalia, Aurore, Forum Réfugié, aussi. France Terre d’Asile, elle, n’est pas venue au rendez-vous matinal. Une partie de ces structures sont pourtant signataires du communiqué commun rédigé par le front du refus.

Ces dernières estiment en substance que trois lignes rouges sont en train d’être franchies par le gouvernement. D’une part, la remise en cause de l’inconditionnalité de l’accueil, ensuite l’instauration de contrôles dans les foyers et en dernier point, ils craignent le risque de porosité de l’information entre le système d’accueil d’urgence et les préfectures. « La base de données de l’accueil d’urgence en France est très large. A ce jour, la Commission nationale informatique et liberté s’est opposée à son utilisation par les autorités administratives, mais nous resterons vigilants », a précisé Florent Guegen, directeur de la FAS.

Demande de régularisation

De son côté, l’Etat a besoin de places dans son dispositif d’accueil qui explose avant même l’arrivée des grands froids. Alors qu’en 2015 le Samusocial de Paris répondait à trois demandes sur quatre émanant de familles, il n’en satisfait plus qu’une sur quatre en 2017, avec pour conséquence que 500 enfants dorment désormais, chaque nuit. Or, les sans-papiers occupent beaucoup de places puisque leur situation ne leur permet pas de s’intégrer.

Prônant le pragmatisme, les associations avaient demandé dans leur courrier au chef de l’Etat qu’on régularise le stock de sans-papiers qui ne peuvent être renvoyés mais vivent depuis des années dans les hôtels de longue durée. Une demande qu’avait aussi faite, à son heure, la maire de Paris Anne Hidalgo… Mais ce point ne figure pas au menu.

Le chef de l’Etat a, quant à lui, plusieurs fois précisé sa position. « Quel est cet Etat où en effet, on héberge, alors qu’on ne commence pas à regarder administrativement quels sont les droits ? », avait-il demandé dans son discours au préfet le 5 septembre. « Je n’accepterai jamais que, lorsque l’administration vient faire son travail dans un centre d’hébergement, une association puisse empêcher à l’administration de le faire. C’est cette double exigence que nous devons tenir. Et aujourd’hui, certaines associations ont un discours qui se nourrit de notre inefficacité. Ayons cela en tête », avait-il alors ajouté.

Alors que les associatifs se levaient pour quitter la Place Beauvau, Gérard Collomb a juste trouvé le temps d’ajouter à l’intention des représentants du monde associatif, qu’Emmanuel Macron les recevrait prochainement.

Communiqué du défenseur des droits sur l’enfermement des demandeurs d’asile

RÉGIME D’ASILE EUROPÉEN : LE DÉFENSEUR DES DROITS DÉNONCE UNE PROPOSITION DE LOI QUI PERMET DE PRIVER DE LIBERTÉ LES DEMANDEURS D’ASILE

Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, fait part de son inquiétude sur la  » qui s’apprête à être discutée à l’Assemblée nationale ce jour. Il a présenté des observations à la Commission des lois dès le 29 novembre.

Cette proposition de loi permet de placer en centre de rétention administrative certains demandeurs d’asile soumis au règlement « Dublin », avant toute décision d’éloignement.

Le texte adopté par la Commission des lois rend, certes, la proposition formellement plus conforme au droit européen. Le Règlement « Dublin » et la Directive « Accueil » du 26 juin 2013 permettent en effet ce placement en rétention s’il existe un risque de fuite des intéressés et sous réserve de l’examen de leur situation individuelle.

Néanmoins, le projet constitue un tournant politique déplorable en termes de respect des droits et des libertés fondamentales.

Ce serait, en effet, la première fois que la France décide de mettre en œuvre dans sa législation les mesures les plus restrictives du règlement européen en matière de libertés individuelles et de droits fondamentaux des demandeurs d’asile. Le Défenseur des droits rappelle qu’il a, au contraire, recommandé la suspension de ce mécanisme, le jugeant intrinsèquement inéquitable au détriment des Etats frontières. Comme le montre la proposition en discussion, l’application du règlement est, en outre, susceptible d’autoriser des restrictions disproportionnées au droit de ne pas être détenu arbitrairement.

Il opère avant tout un changement total de philosophie : en France, seules des personnes en situation irrégulière peuvent être placées en centre de rétention administrative et uniquement dans le but d’exécuter une décision d’éloignement, pour le temps strictement nécessaire à leur départ, et si l’éloignement demeure une perspective raisonnable. C’est tout le sens de l’ensemble des décisions du Conseil constitutionnel depuis 1980.

Si ce texte était adopté, des personnes en situation régulière pourraient désormais être privées de liberté, en l’absence de toute décision d’éloignement et sans que cet éloignement ne soit vraisemblablement possible.

Cela conduirait à banaliser l’enfermement des étrangers, y compris ceux ayant un droit au maintien sur le territoire et en besoin de protection internationale, au mépris du respect des droits fondamentaux les plus élémentaires.

Une journée à Calais – une bénévole de Salam raconte…

6H45, départ pour Calais. La radio annonce des bouchons dans cette direction et je serai en retard pour la préparation du petit déj, je me dis en soupirant que la journée commence mal…

Arrivés rue des Verrotières, une longue file nous attendait, les gars étaient transis de froid, nous commençons notre distribution, aujourd’hui pour moi : poste « Marmelade » avec Maxime.

Peu après notre installation et en plein travail, Maxime me fait remarquer qu’il y a de grands hommes en blanc qui circulent dans le bois. « Annick, va tout de suite prévenir Yolaine », s’exclame-t-il, mais quelques-uns parmi les migrants sont déjà en train de courir. Yolaine et moi-même, abandonnons nos postes et partons au secours des affaires personelles de nos amis. Yolaine hurlant « Allez allez, les petits gars, police police, take the blanckets and sleeping bags », certains déménagent déjà et se sauvent affolés avec la couverture sur le dos, l’un d’entre eux nous emmène de l’autre côté du bois sur la route, où surprise, cinq camions de CRS, un de la PAF et le camion benne étaient garés. Devant chaque camion, un CRS posté… alors impossible de prendre en photo les numéros d’immatriculation.

Sur le chemin, deux Afghans nous signalent qu’ils ont déjà embarqué six personnes en nous montrant leurs deux mains croisées pour s’exprimer et ils nous conduisent exactement où se trouve l’équipe en bleu cette fois. Ils étaient environ  une vingtaine encerclant une rangée de migrants assis au sol, il ne manquait plus que les mains sur la tête pour qu’ils n’oublient pas le pays en guerre qu’ils avaient quitté, pour certains, pour arriver chez nous afin de sauver leur peau. Un des policiers s’approche et nous somme de quitter le bois « Mesdames, vous savez que c’est une propriété privée », notre battante Yolaine impuissante mais toujours dans un calme olympien ne désarme pas et demande qu’ils aient au moins la gentillesse de leur laisser prendre les affaires personnelles, comme il était prévu au cours d’une réunion avec Monsieur le Préfet. Le policier répond « Ceux qui acceptent d’être contrôlés pourront les récupérer  et ceux qui refusent le contrôle seront emmenés en Centre de Rétention», Yolaine désemparée : « Mais alors Monsieur, il y a apparemment deux sons de cloche à en croire vos paroles ». Le CRS nous explique que ce n’est qu’un contrôle de papiers… en bref pour nous : un triage, d’un côté ceux en règle, de l’autre les illégaux qui ne se soumettent pas à ce contrôle… De qui se moque-t-on ?

Un peu plus loin, de l’autre côté du bois, un groupe d’Afghans déjà triés, mais les mains presque vides, simplement un sac de couchage au bras, attendait hors du bois, ils étaient très en colère et surtout très énervés. Certains d’entre eux hurlaient en voyant la destruction de leur cabane de fortune. La police demande à Yolaine de les calmer… Tout en s’approchant d’eux, « BOSS MAMIE» comme ils disent si bien, finit par apaiser le groupe, de par son regard rempli d’affection, ses accolades et ses mots rassurants.

Durant tout ce temps, les hommes en blanc étaient en pleine mission de découpage et débarrassaient les affaires laissées sur place. C’est passionnant comme métier « DETRUIRE ».

Une policière nous amène un très jeune garçon accompagné de son soi-disant frère, mais dans l’échange des regards nous avons tout de suite compris : le grand avait des papiers mais pas le « tcho » de 9 ou 10 ans au plus, il s’accrochait et ne voulait pas quitter son garde du corps, cet enfant avait des yeux de supplication, c’est un petit bout de gamin pour qui la vie devrait être remplie de joies. A ce moment-là, je n’ai pu retenir mes larmes, je pensais à mon Léo du même âge avec en plus un brin de ressemblance, je me suis dit à moi-même : « Mais si cela devait arriver à nos petits enfants ? »… Un moment de grande émotion. Pour moi, c’est insupportable, c’est l’âge ou l’on découvre le monde qui nous entoure, l’âge ou l’on ne pense qu’à jouer et lui !!!!!! que vit-il ? J’avais le cœur brisé. Mamie Yolaine « URGENCE » prend son téléphone et appelle, appelle, laisse des messages pour trouver une protection, certains sont sur répondeur, d’autres ne répondent pas, désarmée, elle ne savait plus comment faire… Et subitement une réponse positive de France Terre d’Asile mais malheureusement, le temps de deux coups de fil, le gamin a réussi à s’enfuir, je mets au défi celui qui court aussi vite que lui…

Arrivées en dehors du bois, le policier nous somme à nouveau de quitter le lieu. « Encore un terrain privé », nous dit-il, il y avait une barrière de trois mètres de haut, Yolaine toujours très courtoise : « Mais monsieur, je ne peux pas escalader une barrière si haute, je n’en ai plus l’âge ». Il appelle le commissaire qui nous montre l’endroit où l’on peut sortir et nous dit avec ironie : « Vous voyez, je ne suis pas méchant ».

Quelques instants plus tard un salarié du Secours Catholique vient nous rejoindre et s’explique avec les CRS mais cela ne change rien dans leur attitude.

Aujourd’hui où est cet enfant ? Par quelles mains sera-t-il pris en charge et comme on le sait bien ce n’est pas toujours protecteur… Dans quelles conditions va-t-il vivre ? Qui va le prendre sous son aile protectrice ? Bien des questions restent sans réponse et pendant ce temps-là, un enfant est dans la nature.

La journée s’est mal terminée c’était sans doute prévu au départ, je savais que quelque chose allait se passer, j’en avais le pressentiment …

Annick Coubel (bénévole Salam).