En chantier. Un nouveau site pour la PSM, c'est pour très bientôt !

Réaction de Dominique, Tatinghem

Réaction de Dominique, soutien aux exilés de passage à Tatinghem, suite à l’interpellation du Préfet par les mairies environnantes du camp.

 » Le 20 juillet, le maire de Saint Martin lez Tatinghem, le maire de Longuenesse et le maire délégué de Tatinghem ont sollicité l’intervention du préfet pour le démantèlement du camp de Tatinghem.

Comme toujours dans une telle situation, les arguments sont les mêmes :

– Le camp est vu comme « un repère de passeurs », « le démantèlement permettrait de faire sauter ce point de fixation et de désorganiser la filière ». Est ce vraiment si facile ?

– Les maires agissent bien sûr pour la tranquillité de la population « qui s’interroge sur les conditions d’existence de ces hommes », et pour la tranquillité des « exploitants agricoles ».

– Ils agissent aussi pour la sécurité des exilés qui pourraient rencontrer des moissonneuses dans les champs en cette saison de récoltes et aussi pour le bien être de « ces personnes en grande souffrance et en grande détresse ».

– Les maires proposent une solution : ils demandent au préfet de « procéder au démantèlement de ce camp et d’envoyer les personnes qui s’y trouvent dans un Centre d’Accueil et d’Orientation où elles pourront être prises en charge ».

Tout le monde serait content : les maires qui n’auraient pas à faire le sale boulot avec un arrêté municipal, la population qui n’aurait plus à s’interroger, les agriculteurs, pardon, les exploitants agricoles qui moissonneraient joyeusement, et les exilés rassurés dans un CAO ou CAES, je ne sais plus…

Et si les maires arrêtaient de penser, de parler à la place de ces hommes de passage à Tatinghem ?

Et s’ils leur demandaient leur avis ?

Et s’ils les écoutaient ?

Alors ils entendraient notamment que certains sont déjà passés par la case CAO et l’ont fui, que s’ils sont à Tatinghem, c’est pour mieux réaliser leur projet d’aller en l’Angleterre. »

 

« C’est comme vivre en enfer »

Le rapport produit par Human Rights Watch en juillet 2017 documente les abus et violences commises par des membres des forces de police contre des exilé.e.s, ainsi que les agissements visant à perturber l’aide humanitaire et à harceler les personnes qui la délivrent.

Pour consulter le rapport en français, cliquez sur l’image ci-dessous:

Les réactions politiques à la sortie du rapport ont été diverses. Il y a eu une polémique sur la nature du gaz effectivement utilisé par les forces de l’ordre (gaz poivre ou lacrymogène), mais le Ministère de l’Intérieur a reconnu que « des dérapages individuels pouvaient avoir eu lieu ». Le Président de la République et le Premier Ministre ont demandé au Ministre de l’Intérieur que soit apportés des éléments de réponses précis sur les allégations et que les dysfonctionnements soit corrigés. Des enquêtes pourraient être en cours à Calais. Affaire à suivre.

Nouvelles de Calais – Août 2017

Le 26 juin dernier, le Tribunal Administratif de Lille, saisi par 50 exilé.e.s et 11 associations avait enjoint à l’État et à la Commune de Calais de mettre en place des dispositifs d’accès aux droits fondamentaux de base (hébergement, alimentation, eau potable, hygiène et information sur les droits).

La Maire de Calais et le Ministère de l’Intérieur avaient fait appel devant le Conseil d’État. Le « juge ultime des activités de l’administration » a rejeté ces appels par une décision du 31 juillet 2017 estimant que les carences des autorités publiques à Calais sont de nature à exposer les exilé.e.s à des traitements inhumains ou dégradants.

La Maire de Calais a alors fait savoir par un communiqué qu’elle ne donnerait pas suite aux injonctions faites par le Conseil d’État, confirmant ainsi le discours de rejet dénoncé par des habitant.e.s de Calais dans une tribune du journal Libération en juillet dernier.

L’État, via le Ministère de l’Intérieur, puis le Préfet du Pas de Calais, a annoncé que deux Centres d’Accueil et d’Examen de la Situation (CAES), rebaptisés ensuite Centres de Premier Accueil (CPA), seraient ouverts à Troivaux et Bailleul dans le Nord Pas de Calais, avec une capacité actuelle de 200 places. Les exilé.e.s devraient y être hébergé.e.s pour une durée totale de 7 jours, le temps que leur situation administrative soit examinée, avant une orientation en Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO), en Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile (CADA), en PRADHA (centre d’accueil pour demandeurs/ses d’asile en procédure Dublin, avec possibilité d’assignation à résidence) ou de la délivrance d’une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF). La procédure de demande d’asile serait accélérée pour les personnes se rendant dans ces centres.

La frontière tue! // Une chronologie des morts de la frontière franco-britannique

La frontière tue !

 

Nous ne devons pas oublier ! Un nom, une photo, au moins un signe de notre mémoire. Gardons la mémoire de tou.te.s celles et ceux qui espéraient une vie meilleure sur un bout de terre européenne et qui sont mort.e.s de la frontière franco-britannique.

Ici, une chronologie non exhaustive des personnes migrantes décédées à la frontière entre la France et l’Angleterre.

Et ici un article, rédigé par Maël Galisson, ancien coordinateur de la PSM, et publié le 2 décembre 2015 sur le blog de Migreurop:

Partir c’est (aussi) mourir – Chronologie des exilé.e.s mort;e.s à la frontière franco-britannique

A Calais et dans sa région, des personnes exilées meurent. Percutées par un train sur le site d’Eurotunnel, renversées par un camion ou une voiture – parfois volontairement –, noyées dans le port de Calais ou n’ayant pas pu bénéficier de soins à temps. Des exilés meurent principalement des conséquences du passage, mais également du fait des conditions dans lesquelles elles vivent.
Manifestation en solidarité avec les exilés, Calais, 12 juillet 2014 © Calais Migrants SolidarityManifestation en solidarité avec les exilés, Calais, 12 juillet 2014 © Calais Migrants Solidarity

 

Selon le projet The Migrant Files, en 2014, 3.519 personnes migrantes seraient décédées sur les routes de l’exil menant vers l’Europe. Et depuis 2000, c’est plus de 23 000 personnes qui seraient mortes en tentant de rejoindre la « forteresse Europe ». La majeure partie de ces drames se déroulent aux portes du continent européen (dans le détroit de Gibraltar, en Sicile et en Grèce) et en amont de celles-ci (désert du Sahara).

A Calais et dans sa région, des exilés meurent aussi. Pourtant, ici, il n’est plus question d’entrer en Europe, mais plutôt de sortir de l’espace Schengen et de pénétrer sur le territoire britannique.

Depuis le milieu des années 1990, des personnes exilées se retrouvent « bloquées » dans le Calaisis, à proximité du détroit qui sépare le Royaume-Uni de l’Europe continentale. Cet espace frontalier est devenu, au fil des accords européens et traités bilatéraux entre la France et la Grande-Bretagne, une véritable délimitation administrative et politique empêchant des personnes étrangères jugées indésirables d’accéder au territoire britannique. Bloquées dans le Nord de la France, et en l’absence de dispositifs publics d’accueil, ces victimes de migrations forcées trouvent alors refuge (de fortune) dans des espaces aux marges des villes, les « jungles » ainsi que dans le bidonville de Calais autour du centre Jules Ferry, où elles (sur)vivent dans des conditions de grande précarité, sans eau, ni électricité. Et chaque soir, elles tentent « le passage », espérant trouver un ailleurs plus accueillant par-delà la frontière.

Mais, à Calais et dans sa région, des personnes exilées meurent aussi. Percutées par un train sur le site d’Eurotunnel, renversées par un camion ou une voiture – parfois volontairement – sur des axes routiers, noyées dans le port de Calais ou n’ayant pas pu bénéficier de soins à temps. Des exilés meurent principalement des conséquences du passage, mais également du fait des conditions dans lesquelles ils vivent. Dans la presse, à quelques exceptions près et ce jusqu’à une période encore récente, ces drames n’étaient que des entrefilets classés dans les faits divers, donnant un sentiment de fatalité à ces évènements qui se succèdent plus ou moins fréquemment et que, finalement, peu de médias, d’institutions ou d’acteurs associatifs arrivent à chiffrer.

Pourtant, il n’est guère question ici de fatalité. Au contraire, il est surtout question de conséquences de politiques publiques qui se résument à une absence de politique d’accueil et à un traitement principalement policier de la situation. Par exemple, fin septembre 2014, la France et la Grande-Bretagne signaient un accord d’un montant de 15 millions d’euros destiné principalement à « sécuriser le port de Calais » et au renforcement de « la coopération policière pour démanteler les filières de passeurs » (cf site du ministère de l’Intérieur). Cet accord s’est traduit notamment par l’érection d’une double clôture, l’une de 4 mètres de haut et l’autre d’un peu moins de 3 mètres, cette dernière surmontée d’une rampe d’accès incurvée qui permet d’éviter de s’agripper, avec au sommet un fil barbelé. Enfin, entre les deux clôtures, un espace de détection infrarouge a été installé (La Voix du Nord datée du 28.04.2015).

Or, la sécurisation de l’espace portuaire aura eu pour conséquence de précariser davantage la situation des exilés présents à Calais. D’une part, la frontière étant plus hermétique, le recours aux passeurs devient de plus en plus nécessaire, renforçant ainsi l’emprise de ceux-ci. D’autre part, face aux obstacles dressés autour du port, les exilés se déplacent vers le site Eurotunnel et prennent alors davantage de risques dans leurs tentatives de passages. Si chaque soir, certains réussissent à passer la frontière contrairement à ce qu’annoncent la préfecture du Pas-de-Calais et le ministère de l’intérieur, pour d’autres personnes, les conséquences peuvent être terribles, allant de la blessure plus ou moins difficile à soigner (Le Monde daté du 07.10.2015)  jusqu’à la mort. Et face à cette « nouvelle » situation, quelle est la réponse des autorités ? La signature fin août 2015 d’un nouvel accord franco-britannique d’un montant de 10 millions d’euros, dont l’un des objectifs principaux est la sécurisation du site Eurotunnel (cf site du ministère de l’Intérieur).

Par conséquent, le nombre annuel de personnes exilées qui ont perdu la vie à la frontière du Royaume-Uni est devenu particulièrement inquiétant au cours de ces deux dernières années (cf. graphique). Depuis 1999, on dénombre au moins 155 personnes migrantes décédées. La chronologie que vous trouverez ci-jointe constitue une liste non exhaustive des exilés morts depuis l’année 1999 en tentant de franchir la frontière franco-britannique. Elle a été principalement élaborée à partir, d’une part, de l’importante activité d’investigation réalisé par la journaliste Marion Osmont dans le cadre de son ouvrage « Des hommes vivent ici » et d’autre part, du précieux travail d’observation effectué par les activistes de Calais Migrant Solidarity (CMS), mieux connus sous le nom de « No Border ».

Une précision toutefois : cette chronologie reste « en chantier », donc incomplète. Il est en effet nécessaire de souligner la difficulté de documenter les décès passés, en particulier ceux survenus à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Il est très probable que certaines disparitions n’ont pu être recensées. Aujourd’hui, entre l’importante généralisation des réseaux sociaux, le travail d’observation de terrain des militants et la surexposition médiatique de la situation à Calais, la tâche est moins compliquée, permettant ainsi de mieux redessiner les histoires de ces « exilés sans refuge ». Par ailleurs, au vu de la situation actuelle, il parait difficile de penser que ce travail de recensement soit terminé. Car, malheureusement, d’autres drames surviendront si les responsables politiques français et britanniques voire européens s’obstinent à poursuivre dans cette voie meurtrière.

En septembre 2008, un jeune érythréen vivant dans un squat à Calais, Temesghen, épaulé par le réalisateur Sylvain Georges, prend la plume (cf article daté 22.09.2008 et publié sur le blog « Libération Contre-journal »). Dans sa lettre, il rend hommage à son amie, Louam Beyene, décédée l’année précédente après avoir été percutée par une voiture sur l’autoroute A 26 alors qu’elle tentait de fuir la police. Révolté, il écrit pour nous « dire que les responsables (…) qui font de ce coin de France une annexe de l’enfer se doivent d’être retrouvés et jugés. Oui, doivent être jugés la France et aussi l’Europe, dont les politiques font que nous vivons pire que des chiens ». Son appel n’a visiblement jamais été entendu.

Vous pouvez également visualiser sur timeglider la fresque temporelle (timeline) ci-dessous

 

 

 

L’Observateur // Réponse Human Rights Watch sur l’utilisation de gaz contre les exilé.e.s calaisien.nes

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/migrants/20170803.OBS2949/abus-policiers-a-calais-gaz-lacrymogene-ou-gaz-poivre-un-abus-est-un-abus.html

Abus policiers à Calais : « Gaz lacrymogène ou gaz poivre, un abus est un abus »

Abus policiers à Calais : "Gaz lacrymogène ou gaz poivre, un abus est un abus"
De jeunes migrants à Calais. (AFP PHOTO / PHILIPPE HUGUEN)

TRIBUNE. Human Rights Watch a publié un rapport sur les abus policiers à Calais, contesté par Beauvau. Son auteur, Michael Bochenek, témoigne.

Michael Bochenek Michael Bochenek

Mercredi, Human Rights Watch publiait un rapport sur les abus policiers contre les migrants et demandeurs d’asile à Calais, qui a fait réagir les autorités, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb niant l’usage généralisé de gaz poivre chez les policiers. Michael Bochenek, auteur du rapport, témoigne dans cette tribune.

 

« A Calais, fin juin, j’ai discuté avec un adolescent éthiopien de 17 ans (je l’appellerai Biniam T.). Il m’a raconté que des agents des Compagnies républicaines de sécurité (CRS) avaient pulvérisé un produit chimique sur lui alors qu’il marchait au bord d’une route avec d’autres garçons :

‘C’était pendant la journée, ils sont arrivés dans une camionnette. Ils nous ont aspergés depuis la camionnette. Ils n’ont pas dit un mot, ils ont juste sorti les sprays.’

Ce n’était pas la première fois que j’entendais ce genre de récit – en réalité, presque tous les enfants et adultes que j’ai interrogés avaient une histoire semblable à raconter. Ce n’était pas non plus la première fois que la police traitait Biniam de la sorte :

Vous aimez cet article ?Inscrivez-vous à la Newsletter de l’Obs

‘S’ils nous trouvent quand nous dormons, ils pulvérisent du gaz sur nous puis ils prennent toutes nos affaires. Ils font ça tous les deux ou trois jours. C’est normal pour nous. Ça fait partie de notre vie.’

Les conditions de vie des migrants à Calais pourraient bien être sur le point de s’améliorer en ce qui concerne les besoins de base, en tout cas dans une certaine mesure. Le 31 juillet, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a en effet annoncé que l’Etat allait ouvrir de nouveaux centres d’accueil pour les migrants, leur permettre un accès à des points d’eau, à des toilettes et à des douches, mais aussi enquêter sur les signalements d’usage excessif de la force par la police.

Migrants à Calais : « On dirait que Gérard Collomb découvre la situation »Il s’agit là d’un début de réponse positive en réaction au rapport publié par Human Rights Watch la semaine dernière faisant état de nombreux abus policiers à l’encontre des migrants à Calais, ainsi qu’à la décision de justice rendue cette semaine par le Conseil d’État, qui critique sévèrement le refus des autorités de leur fournir de l’eau et toute autre forme d’assistance humanitaire. La première réaction des autorités municipales a été de s’opposer aux plans du ministère de l’Intérieur, réaffirmant leur détermination à ne pas se conformer à l’ordonnance du tribunal.

Migrants de Calais : ce que l’on sait des deux nouveaux centres promis par Gérard Collomb

L’usage routinier de gaz poivre

Par ailleurs, le ministre a contesté nos conclusions sur l’usage routinier de gaz poivre à l’encontre de migrants enfants et adultes, dans des situations où ils ne représentent en aucun cas une menace. Un communiqué du ministère a ainsi affirmé que les policiers utilisaient du gaz lacrymogène, et non pas du gaz poivre. ‘Je rappelle que dans les forces de sécurité, il n’existe pas d’usage du gaz poivre« , a déclaré le ministre aux journalistes, avant d’ajouter : ‘Il peut y avoir quelques dérapages individuellement.’

Pourquoi le ministère semble penser que le gaz lacrymogène est préférable au gaz poivre ? Cela est un mystère. Le gaz lacrymogène (qui contient en général la molécule 2-chlorobenzylidène malononitrile, ou gaz CS) et le gaz poivre provoquent des symptômes similaires, dont une douleur aux yeux, semblable à une brûlure, et des difficultés respiratoires. Mais les effets du gaz lacrymogène durent souvent plus longtemps et peuvent être plus graves que ceux causés par le gaz poivre (oléorésine de capsicum, OC).

Le gaz lacrymogène est un agent neurotoxique et l’exposition fréquente à ce produit peut provoquer une diminution à long terme de la fonction pulmonaire et une augmentation des troubles respiratoires. Autrement dit, les personnes qui ont été exposées de manière répétée au gaz lacrymogène ne respirent pas aussi bien que la moyenne, même plusieurs mois après.

Les CRS sont équipés d’aérosols à main

Nous pouvons dire avec assurance que les CRS sont munis d’aérosols à main aussi bien que de lanceurs de grenades lacrymogènes. J’ai vu de mes propres yeux ces deux dispositifs entre les mains des policiers alors qu’ils dispersaient des distributions d’aide humanitaire à Calais. Presque chaque migrant à qui j’ai parlé m’a dit qu’il s’était fait asperger de gaz à faible distance par des policiers, en général au visage. Pour la plupart, cette expérience datait de moins de deux semaines. Les travailleurs humanitaires ont témoigné dans le même sens. Deux d’entre eux ont déclaré qu’un agent de police leur avait, à eux aussi, pulvérisé du gaz au visage.

Il est possible que les aérosols utilisés par les CRS contiennent du gaz lacrymogène plutôt que du gaz poivre. Au moins une entreprise fournissant du matériel à la police française propose à la vente des aérosols lacrymogènes à main contenant du gaz CS ainsi que des aérosols au poivre.

Si nous avons décrit les aérosols chimiques utilisés par les CRS à Calais comme étant des sprays au poivre, c’est parce que les symptômes que nous ont décrits les migrants ainsi que ceux qui les avaient soignés correspondaient davantage aux effets du gaz poivre. Et parce que des articles portant sur l’arsenal anti émeute de la police française affirment que celle-ci dispose de pulvérisateurs de gaz poivre.

Des récits convergents

Quel que soit le produit utilisé par les policiers, les récits que nous avons recueillis suggèrent qu’ils y ont recours de façon routinière et abusive. Régulièrement, ils aspergent aussi de gaz, ou confisquent, les sacs de couchage, les couvertures et les vêtements, et parfois la nourriture et l’eau des migrants, apparemment pour les pousser à quitter la région.

De tels agissements violent l’interdiction d’infliger un traitement inhumain ou dégradant ainsi que les normes internationales appelant la police à n’utiliser la force que lorsqu’elle ne peut être évitée, et alors seulement de façon proportionnée aux circonstances, et toujours dans un but légitime de maintien de l’ordre.

Les abus policiers que nous avons documentés à Calais constituent de graves violations des droits humains. Ils ont également un impact négatif sur la volonté des migrants de demander l’asile et, dans le cas des enfants, d’intégrer le système de protection de l’enfance.

Des preuves pertinentes

L’enquête du ministère de l’Intérieur devra étudier toutes les preuves pertinentes, y compris les récits des travailleurs humanitaires qui peuvent corroborer certains points rapportés par les migrants – les blessures et symptômes qu’ils ont observés, les demandes répétées de sacs de couchage et de vêtements, ou encore les pratiques abusives dont ils ont été témoins ou directement victimes.

Les migrants, ces ombres de la RépubliqueLes enquêteurs devront garder à l’esprit que de nombreuses personnes ayant été aspergées de gaz seront incapables d’identifier individuellement les agents de police. Et quand bien même elles le pourraient, elles pourraient être tentées de se taire par crainte de représailles. Toutes auront besoin d’être rassurées sur le fait que cette enquête ne servira, au final, pas à excuser des agissements répréhensibles.

L’enquête annoncée est un vrai bon début pour s’attaquer à des pratiques policières néfastes – à condition qu’elle soit menée de manière exhaustive, que ses résultats soient rendus publics et qu’elle conduise à des sanctions individuelles, si elles s’avèrent nécessaires. »

Michael Garcia Bochenek

Conseiller juridique senior auprès de la division Droits des enfants à Human Rights Watch

Michael Bochenek

Michael Bochenek

Rapport // Human Rights Watch // « C’est comme vivre en enfer »

L’ONG Human Rights Watch a rendu le 25 juillet dernier un rapport intitulé  « C’est comme vivre en enfer » qui résulte d’une enquête de l’ONG de défense des droits humains auprès de 60 exilé.e.s dont 31 mineur.e.s non accompagné.e.s  à Calais entre juin et juillet 2017.

 

Communiqué Human Rights Watch: France : La police s’en prend aux migrants à Calais

https://www.hrw.org/fr/news/2017/07/26/france-la-police-sen-prend-aux-migrants-calais

Le gouvernement ferme les yeux sur les nombreux témoignages de mauvais traitements

Abus policiers à Calais contre les migrants, enfants et adultes

Le rapport montre que les forces de l’ordre à Calais, en particulier les Compagnies républicaines de sécurité (CRS), ont recours de façon routinière à la pulvérisation de gaz poivre sur des migrants, enfants et adultes, alors qu’ils sont endormis ou dans d’autres situations où ils ne représentent aucune menace. Les policiers aspergent aussi régulièrement de gaz, ou confisquent, leurs sacs de couchage, couvertures et vêtements. Parfois ils aspergent même de gaz poivre la nourriture et l’eau des migrants – tout cela apparemment dans le but de les pousser à quitter la région. De tels agissements de la part de la police violent l’interdiction d’infliger un traitement inhumain et dégradant, mais aussi les normes internationales de comportement des forces de l’ordre, qui appellent les agents à ne faire usage de la force que lorsque cela est inévitable, et alors uniquement avec modération, de façon proportionnée aux circonstances, et toujours dans un objectif légitime de maintien de l’ordre.

Voix du Nord // Tatinghem // L’inquiétude après la demande de démantèlement du camp de migrants

http://www.lavoixdunord.fr/196975/article/2017-07-26/l-inquietude-apres-la-demande-de-demantelement-du-camp-de-migrants

L’inquiétude après la demande de démantèlement du camp de migrants

Au lendemain de l’annonce d’un courrier demandant à l’État la suppression du campement, des bénévoles qui suivent au quotidien les migrants de Tatinghem font part de leur inquiétude. Et rappellent qu’ils souhaitent « depuis des années » qu’une solution d’hébergement soit trouvée localement.

 

«  En colère  », «  choqués  », le ressenti des bénévoles à l’annonce du courrier des maires de Longuenesse et Saint-Martin-lez-Tatinghem au préfet pour demander la fin du camp de migrants. «  On est très inquiet, s’il y a démantèlement que deviendront ces gens ? Ils ne recevront plus de soins, n’auront pas d’accès à l’eau, plus de douche  », énumère Brigitte, bonne connaisseuse du site de Tatinghem depuis sa création il y a une dizaine d’années.

« Une plus grande précarité »

Les élus souhaitent que les migrants soient réorientés vers des centres d’accueil et d’orientation : «  Les CAO sont adaptés aux personnes qui demandent l’asile, mais pas à tous ceux qui n’ont pas cet objectif, qui veulent partir en Angleterre, et ceux qui ont laissé leurs empreintes dans un autre pays (ils doivent alors demander l’asile dans ce dernier). Ce sera une plus grande précarité pour eux, ils partiront se cacher dans les champs  », tempête la dizaine d’Audomarois qui a fait part de son mécontentement à la presse. «  Les élus locaux, avant de faire cette démarche auprès de la préfecture, auraient pu prendre contact avec nous pour discuter de nos propositions  », peste Jean-François Chaumette, par ailleurs directeur d’Emmaüs.

Point par point, le groupe réfute les constats des élus. Le nombre de cinquante personnes présentes, d’abord. «  Il y a peut-être eu des pics sur un week-end mais cela n’a jamais duré. Quand Calais a fermé, le camp de Grande-Synthe a brûlé, on s’attendait à plus de monde, mais ils régulent eux-mêmes le nombre de personnes  », assurent les bénévoles.

« Des démarches auprès d’un avocat »

La suppression d’une base pour des passeurs ? «  Ce serait pire sans le camp. » Les Audomarois, qui relaient l’appel de 470 organisations à un «  Grenelle des politiques migratoires  », s’efforcent au quotidien d’orienter les réfugiés de passage au camp, principalement des Afghans.

Le camp a été rendu plus vivable qu’à ses débuts, témoignent les bénévoles.

«  Depuis le démantèlement de la jungle, une trentaine a demandé le retour en Afghanistan, une dizaine, l’asile  », estime Brigitte qui sollicite ses réseaux pour mettre à l’abri ces derniers. «  Nous menons un accompagnement spécifique comme pour cette mère et ses enfants il y a quelques semaines  », insistent-ils. Enfin ils rapportent : ceux qu’ils soutiennent au quotidien «  ont fait des démarches auprès d’un avocat, pour s’opposer au démantèlement du camp  ».

Matériel du Jeu « Parcours de migrants » (La Cimade)

PdM – Cartes débat 1 A3 Recto verso à découper

PdM – Cartes débat 2 A3 Recto verso à découper

PdM – Cartes officielles A7 Recto verso

PdM – Cartes Personnages A6 Recto verso

PdM – Cartes Questions 1 A3 Recto verso à découper

PdM – Cartes Questions 2 A3 Recto verso à découper

PdM – Cartes Questions 3 A3 Recto verso à découper

PdM – Cartes Vie quotidenne A3 Recto verso à découper

PdM – Photos débat A5

PdM – Planisphère A4 Recto seul

PdM – Règles du jeu A3 plié Recto verso

PdM – Tableau de parcours A4 Recto verso

Roulette migratoire – 12 à 16 ans

La roulette migratoire

Cet outil a été conçu en 2012 par vingt jeunes participant·e·s à un temps d’échanges et de création d’outils d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale, organisé par le réseau associatif Étudiants et développement.

L’outil

Entre exercices de simulation et jeux de rôles, les participant·e·s, rattaché·e·s à 4 pays différents, vont devoir trouver de l’argent pour le voyage, obtenir un visa et essayer de passer les frontières. Joueuses et joueurs font ainsi l’expérience des inégalités de départ et de l’arbitraire dans leur capacité à quitter le pays d’origine et à passer les frontières.

Fiche technique

Public ciblé: 12 à 16 ans

Objectif: Faire réfléchir aux contraintes et difficultés de l’exil et des parcours migratoires, en insistant sur la dimension arbitraire.

Nombre de personnes: 4 à 20 participant·e·s + 2 personnes à l’animation

Durée: 45 min.

Matériel requis: papier, stylo et feutres de couleur + 1 carte par participant·e pour faire les passeports + monnaie ou jetons + un peu de musique

Le matériel

Informations pratiques, résumé et déroulé de l’animation, ainsi que pistes de débriefing et profils des 20 personnages sont regroupés dans ce document.

Remarques

Les personnes qui ont conçu le jeu avertissent que dans « la roulette migratoire », tout le monde ne gagne pas, et ce quelques soient les efforts fournis. Cela peut/doit donc générer beaucoup de frustrations, qu’il faudra soulever et traiter dans le cadre du débriefing.

Au-delà, ce jeu est composé de 4 animations successives (jeu des chaises musicales, jeu de mots, activité créative et épreuve de réactivité) qui le rendent particulièrement ludique et interactif, tout en permettant d’aborder de multiples aspects de la migration, de ses motivations et de ses conditions.

Le Monde // Des centres d’accueil pour migrants d’un genre nouveau vont ouvrir à Calais

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2017/08/01/des-centres-d-accueil-pour-migrants-d-un-genre-nouveau-vont-ouvrir-a-calais_5167244_1654200.html

Le gouvernement annonce l’ouverture de deux nouveaux lieux, où un dispositif spécifique permettra d’accélérer les demandes d’asile

LE MONDE | • Mis à jour le | Par Maryline Baumard

Le ministère de l’intérieur fait volte-face sur la gestion des migrants de Calais. Alors que, depuis neuf mois, le gouvernement fait l’impossible pour rendre les exilés invisibles, Gérard Collomb a annoncé, lundi 31 juillet, l’ouverture de deux centres d’hébergement d’un nouveau type. Déjà centre d’accueil, l’abbaye cistercienne de Belval, à Troisvaux (Pas-de-Calais), sera transformée dès la fin de la semaine en centre d’accueil et d’examen des situations (CAES), comme l’hôtel Formule 1 de Bailleul (Nord). Trois cents places au total seront dégagées.Cette décision répond à la double injonction du président de la République et du Conseil d’Etat. Le souhait exprimé, jeudi, par Emmanuel Macron d’en finir « d’ici la fin de l’année » avec les « personnes » dormant « dans les rues, dans les bois », a évidemment donné le « la » de ce changement de pied. Mais le déclic est venu de l’arrêt rendu, lundi, par le Conseil d’Etat, ordonnant à l’Etat et à la ville de Calais de revoir leur gestion des quelque 600 migrants qui errent aux abords du tunnel et des ferrys pour la Grande-Bretagne.

Au départ, onze associations avaient déposé un référé devant le tribunal administratif de Lille. Sûrs de leur fait, l’Etat et la municipalité avaient fait appel auprès de l’institution de la décision qui les enjoignait d’installer des points d’eau. Non seulement leur appel est rejeté, mais ils se retrouvent pointés du doigt par un arrêt sévère.

Celui-ci estime que « la prise en compte par les autorités publiques des besoins élémentaires des migrants qui se trouvent présents à Calais en ce qui concerne leur hygiène et leur alimentation en eau potable demeure manifestement insuffisante et révèle une carence de nature à exposer ces personnes, de manière caractérisée, à des traitements inhumains ou dégradants, portant ainsi une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ».

Installation de blocs sanitaires

Face à ce cinglant camouflet pour sa politique menée depuis deux mois, la Place Beauvau a donc changé son fusil d’épaule. Outre l’ouverture de deux lieux de répit, M. Collomb – qui le 23 juin avait conseillé aux humanitaires de Calais « d’aller exercer leur savoir-faire ailleurs » – va désormais devoir faire en sorte, par le biais des services de son préfet, que les exilés aient un accès à l’eau, à des sanitaires, puissent se nourrir et faire enregistrer leur demande d’asile.

Lors d’une conférence de presse, le ministre a indiqué que des blocs sanitaires mobiles seraient mis en place dans la commune, pour les quelque 600 migrants présents. Une décision qui a irrité la maire, Natacha Bouchart (Les Républicains). Cette dernière a déclaré qu’elle n’installerait « ni douche ni toilettes » de peur que « se recréent autour des squats ou des bidonvilles ». Elle a ajouté que « si le gouvernement veut le faire, il devra réquisitionner un terrain ».

A l’opposé, à Grande-Synthe, le maire Europe Ecologie-Les Verts se réjouit que l’Etat accède enfin à sa demande de « plus de dignité » pour les 1 500 exilés qui vivent là. « J’ai pu m’entretenir avec le préfet qui me propose un dispositif de préaccueil de plusieurs jours sous toiles de tente, sur la commune, avec un enregistrement administratif sur place, avant que les réfugiés ne soient orientés vers un centre en dur », rappelle Damien Carême.

Un pôle alimentation et des blocs sanitaires avec douches devraient donc revoir le jour tout début septembre sur le terrain de la Linière, qui avait abrité le premier camp humanitaire de France – un espace construit par Médecins sans frontières (MSF) pour héberger 1 500 Kurdes. Pour avoir souvent acquitté leur voyage jusqu’à son terminus, lorsqu’ils font escale à Grande-Synthe, ces exilés du Dunkerquois sont traditionnellement plus difficiles à convaincre de demander l’asile en France que ceux de Calais. Ce temps de répit sur place pourra servir au travail de persuasion.

Répartition selon le statut

A Calais, en revanche, l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) va tenter lors de maraudes de convaincre directement les migrants de monter dans des bus pour être emmenés vers les CAES où des agents des préfectures feront le point sur leur statut. L’OFII y sera lui aussi présent, ce qui rendra possible l’enregistrement direct des demandes d’asile depuis ces nouveaux centres. Ce nouveau dispositif, qui gomme la case préaccueil en vigueur partout en France et évite le passage en préfecture, permettra de commencer à réduire la durée nécessaire pour obtenir l’asile, comme le promet le plan gouvernemental annoncé le 12 juillet. Il pourrait d’ailleurs servir de modèle pour faire évoluer le dispositif parisien que M. Collomb sait être son prochain sujet à traiter.

Ensuite, comme il l’a rappelé lundi, les migrants seront répartis selon leur statut. Les demandeurs d’asile rejoindront des hébergements spécifiques. Les exilés qui ont laissé leurs empreintes ailleurs en Europe (« dublinés ») devraient de toute évidence se retrouver assignés à résidence, le temps que le premier pays qu’ils ont rallié donne son accord pour les reprendre. Et comme l’ajoute Fabien Sudry, préfet de Calais : « Ceux qui sont en situation irrégulière pourront être dirigés vers des centres de rétention. » A moins qu’ils ne décident d’un retour volontaire, comme les 542 Afghans qui sont entrés dans cette procédure, proposée par l’OFII, depuis le début de l’année. Le distinguo entre toutes ces catégories de migrants est l’un des credo de M. Macron.

La grande inconnue reste l’engouement des migrants à rejoindre ces CAES, assumés comme des espaces de tri. Natacha Bouchart craint déjà que beaucoup ne refusent et continuent à tenter de passer en Grande-Bretagne. L’élue regrette d’ailleurs qu’on n’ait « pas aujourd’hui de réponse pour ceux qui refusent de demander l’asile en France » et compte bien obtenir qu’un volet spécifique figure dans le texte de loi que le gouvernement prépare pour la rentrée.

Le risque est évidemment celui d’une chasse à l’homme dans la lande… Même si, après la récente mise en cause de l’attitude des forces de l’ordre dans le Calaisis, à la suite d’une enquête de Human Rights Watch, le ministre de l’intérieur a indiqué lundi avoir demandé des enquêtes à l’inspection générale de l’administration, à l’inspection générale de la police et à l’inspection générale de la gendarmerie nationale.