« Al Hurriya – Freedom – Liberté »: film d’animation de Loup Blaster

Le court-métrage d’animation « Al Hurriya » (Liberté en  arabe), de Loup Blaster (http://loupblaster.tumblr.com/), est désormais en ligne. Ce film, basé sur la situation à Calais, est « un portrait de la frontière et des personnes bloquées, au pied du mur, entre les squats et les camps » (Nord Littoral, 18.02.2017).

Conçu par l’artiste pour inviter les spectatrices et spectateurs à se questionner sur la condition des personnes exilées, ce film d’animation est un beau support de sensibilisation. A vous de vous en saisir!

Le film d’animation est ici:

 

Cherbourg // nouvelle expulsion d’un campement le 11 avril 2017

Jean Dussine, président d’itinérance Cherbourg, nous relate l’expulsion du terrain où (sur)vivaient des exilés à Cherbourg.

« Pour la quatrième fois depuis le 15 mai 2016, le camp de migrants de Cherbourg a été démantelé.

Le 11 avril 2017 à 7h du matin, les forces de l’ordre sont intervenues sur le terrain Nordez, dans le quartier du Maupas, où des exilés s’étaient installés depuis début février, accompagnés par l’association Itinérance, face à un nouveau refus catégorique du Maire de Cherbourg de leur accorder un abri pour la nuit.  Ce terrain municipal, « historique » puisqu’il a accueilli pendant des années des migrants souhaitant rejoindre l’Angleterre ou l’Irlande, était occupé pour la troisième fois depuis moins d’un an, un autre squat s’étant installé de manière éphémère sur un terrain privé.

Suite à la demande conjointe de la municipalité de Cherbourg en Cotentin et de la Préfecture de la Manche, le Tribunal Administratif de Caen avait prononcé  sa fermeture le 22 mars 2017.

Le 11 avril, il y avait sur le camp une vingtaine d’hommes dont 8 demandeurs d’asile non hébergés par les services de l’état et 1 mineur non accompagné. Ces hommes étaient originaires d’Afghanistan, d’Albanie et du Pakistan.

La grande nouveauté par rapport aux précédentes expulsions a été le modus operandi puisque ;

  • d’une part tout s’est fait dans la plus grande discrétion, ni les journalistes ni la majorité des élus municipaux n’ont été mis au courant.
  • D’autre part il a été fait usage d’un bulldozer et de deux tracteurs avec des remorques pour nettoyer le camp très rapidement, si rapidement que les personnes présentes n’ont pas pu récupérer leurs effets personnels, vêtements, sacs, chaussures, téléphone et argent pour certains. Trois demandeurs d’asile ont même perdu leurs documents personnels. Pour l’anecdote, le bulldozer a même commencé à enlever une tente dans laquelle un jeune demandeur d’asile Pakistanais dormait encore, il a réussi à s’échapper avant de partir à la benne !

Itinérance a perdu tout le matériel mis à disposition des exilés : tentes, bâches, jerricans pour l’eau, brasero, planchers pour isoler du froid, … Lors des autres expulsions, la municipalité nous laissait 1 ou 2 jours pour récupérer ce que nous voulions.

Bien sûr Itinérance est d’accord avec le constat de la municipalité qui avance que ce camp était insalubre et inhumain. Les élus disent donc que c’est par humanité qu’il a été détruit.  La grosse divergence de jugement tient en deux points :

  • la plus grande partie des hommes présents sur le camp ayant été relâchés très vite, un nouveau camp s’est formé le soir même dans des conditions tout aussi inhumaines et insalubres ce qui prouve encore une fois que fermer un camp ne résout pas le problème mais ne fait que le déplacer, comme l’avait reconnu Bernard CAZENEUVE en 2010 lorsqu’il était maire de Cherbourg.
  • Nous pensons qu’il aurait été très facile d’améliorer les conditions de vie sur ce camp en y installant un point d’eau, puisqu’une conduite passe sur le terrain, et l’électricité. Ceci aurait permis l’installation de sanitaires avec toilettes et douches, ce qui aurait rendu le camp beaucoup plus salubre.

Itinérance réclame toujours l’hébergement de tous les sans-abris quels que soient leur origine, leur statut ou leur projet. L’association réclame aussi l’hébergement de tous les demandeurs d’asile présents à Cherbourg conformément au droit français et aux règlements européens. »

Retours des étudiant.e.s de l’Institut régional de travail social sur leur implication à Flandre Terre Solidaire – Mai 2017

 

Crédits: Patrick Genty

Nous sommes étudiants en deuxième année de « formation moniteur éducateur ». Dans le cadre d’un projet scolaire, nous avons souhaité nous inscrire dans l’association Flandre Terre Solidaire.

Cette expérience nous a énormément enrichis, aussi bien personnellement que professionnellement.

Nous avons eu l’occasion de nous rendre dans un Centre de Répit Temporaire et Collectif et d’y proposer diverses activités. Il nous a été possible également, afin de sensibiliser le plus grand nombre, d’organiser une conférence au sein de notre école ainsi qu’un forum.

Crédits: Patrick Genty

Par ces moyens nous avons rencontré différents membres de l’association qui nous ont apportés énormément, aussi bien à nous qu’aux élèves qui ont pu échanger avec eux.

Nous avons rencontré des personnes engagées, humbles et qui, par leur action, nous montrent qu’il est possible de s’engager pleinement, même avec peu de moyen. Leur parcours nous a touchés et nous a sensibilisés à cette cause. Nous souhaitons pouvoir nous investir encore auprès de l’association.

 

Clara Lagun-Bouchet
Justine LAROCHETTE
Amélie DELVALLE
Rachid BOUAMARA

1er mai 2017: Stand inter-associatif au salon du livre d’Arras

Stand inter-associatif le 1er mai 2017, au salon du livre de critique sociale d’Arras

Petit compte-rendu par Nan Suel

Crédits: Dominique Ruelle-Bourgeois

 

Exilé.e.s du campement de Norrent-Fontes, membres d’Arras Solidarité Réfugiés, du Collectif Fraternité Migrants Bassin Minier 62, de Terre d’Errance ou bénétant.e.s du camp de Tatinghem: il y avait du monde au stand inter-associatif de soutien aux exilé.e.s le 1er mai à Arras !

Crédits: Dominique Ruelle-Bourgeois

Au menu multiculturel: thé vietnamien, café éthiopien et gâteaux du Pas de Calais. Et pour les nourritures plus intellectuelles et militantes: distribution de poèmes sur le thème de l’exil, table d’expression libre sur l’hospitalité, expositions et documentation des associations présentes.

Dans le  coin salon installé, les passant.e.s se sont protégé.e.s de deux petites averses mais ont surtout pris le temps de discuter avec les exilé.e.s et leurs soutiens de l’actualité des campements parfois très proches de chez eux.

Crédits: Dominique Ruelle-Bourgeois

Affiches « La faute aux migrants, vraiment? »

Voici 3 affiches réalisées par un groupe de bénévoles et militant.e.s de Lille. Celles-ci s’attaquent aux préjugés, trop répandus, qui rendent responsables les personnes migrantes de la crise économique, de la dette publique, ou encore du trou de la Sécurité sociale….

 

En pointant vers d’autres « responsables » de la mauvaise distribution des richesses dans notre société, ces affiches veulent en finir avec la construction des « migrant.e.s » comme bouc-émissaires.

A vous de vous saisir de ces affiches (elles sont libres de droit), de vous en inspirer si vous le souhaitez!

Six mois plus tard // Rapport du Refugee Rights Data Project // Avril 2017

En 2016, cherchant à combler les lacune en terme de données statistiques sur les exilé.e.s (sur)vivant dans le bidonville de Calais, le Refugee Rights Data Project avait publié un rapport intitulé « La longue attente ». 6 mois après l’expulsion des habitant.e.s de ce bidonville, RRDP publie un nouveau rapport sur les centaines d’exilé.e.s de retour à Calais. Vous le verrez, la violation des droits et la violence sont le quotidien des 213 exilé.e.s mineur.e.s et majeur.e.s, rencontré.e.s par les équipes de RRDP.

Interpellation des autorités // Rdv sous préfecture de Dunkerque 14 avril 8H30

Les bénévoles, militant.es, et soutiens se sont retrouvé.es ce matin devant la sous préfecture de Dunkerque pour demander qu’une réponse humaine soit apportée aux exilé.es du camp de la Linière à Grande Synthe

Catastrophe de la Linière
Les associations dénoncent l’inhumanité de la réponse de l’Etat

2016 : près de 3000 personnes sur le camp du Basroch. Ce camp n’a jamais été reconnu par l’Etat. Des hommes, des femmes et des enfants sont dans la boue et le froid.

Le Maire de Grande-Synthe, soutenu par des ONG et le tissu associatif local, prend la responsabilité de mettre les personnes à l’abri dans le camp de la Linière afin de leur offrir des conditions de vie les plus dignes possibles.

Le démantèlement de Calais provoque une pression démographique importante sur le camp de Grande-Synthe. Malgré tout l’Etat poursuit sa politique de retrait des abris en bois sur le camp. Les cuisines communautaires deviennent des dortoirs. La municipalité et les associations interpellent l’Etat pour libérer des places en CAO pour les personnes qui sont prêtes à partir, environ 200. La situation traine depuis plusieurs mois, les places ne sont toujours pas débloquées. Sur le camp les tensions dues aux conditions de vie montent.

11 avril : 1 700 personnes sur le camp. Les tensions montent d’un cran. Le camp est détruit par un incendie. Dans la nuit les exilés sont dispersés et des salles de sports sont mobilisées pour les accueillir. Les associations arrivent en renfort sur les questions d’urgence auprès de la municipalité.

Depuis, nous constatons que l’Etat ne fait pas face comme il le devrait à la situation. La seule information de la part de l’Etat est qu’il interdit tout renouvellement de ce camp, deux semaines après avoir re signé une convention tripartite avec la municipalité et l’association gestionnaire.

L’Etat gère d’une manière opaque les départs en CAO, n’informe pas correctement les exilés sur les suites, ni même les associations humanitaires qui accompagnent les exilés sur le Dunkerquois depuis 15 ans.

Ceux qui ne veulent pas partir vers les CAO sont condamnés à l’errance, nous estimons ce chiffre à environ un millier sur le littoral. Ce qui démontre, encore une fois, qu’il n’y a pas de politique migratoire. Ce qui laisse présager le pire pour l’avenir. Nous dénonçons la maltraitance dont les exilés sont victimes.

Nous demandons le respect des droits fondamentaux, que l’Etat reconnaisse enfin la présence de personnes exilées en transit sur notre sol et qu’il mène une politique cohérente d’accueil. Ce drame souligne l’urgence de créer plusieurs lieux d’accueil humanitaire dans une région où de nombreuses personnes continuent à arriver dans l’espoir de traverser la Manche.

Signataires : la Ligue des Droits de l’Homme de Dunkerque, le MRAP, SALAM Nord-Pas de Calais, AMiS Téteghem, ADRA Dunkerque, Médecins du Monde, l’Auberge des Migrants, Terre d’Errance Flandre Littoral, le Secours Catholique, L’entraide de l’église Protestante Unie de France à Dunkerque, ACCMV, Cimade Nord Pas de Calais Picardie

Incendies de Grande Synthe // Communiqués associatifs

Communiqué de La Ligue des droits de l’Homme Nord Pas de Calais

« Face aux déchaînements de propos haineux et aux remises en causes de toutes parts, faisant suite à l’incendie du camp de la Linière, la Ligue des Droits de l’Homme réaffirme son soutien au Maire de Grande-Synthe : rien de ce qui s’est passé ne peut remettre en cause la nécessité d’accueillir les migrants qui fuient toutes les guerres.

La détermination à mettre en œuvre, ici et maintenant, l’idéal de fraternité républicaine, envers tous ceux qui souffrent de la folie des hommes, ne saurait être remise en cause par des actes criminels.

Ceux qui ont fermé où laissé fermer Sangatte ont leur part de responsabilité dans l’installation de la jungle de Calais. Ceux qui ont vidé, ou qui ont détourné les yeux lorsque que fut vidée la jungle de Calais, ont leur part de responsabilité dans l’évolution de ce qui est survenu à Grande-Synthe, et qui a abouti au désastre de ces derniers jours. Ceux qui rêvent que rien ne vienne remplacer le Camp de la Linière ont déjà leur part de responsabilité dans ce qui surviendrait alors inéluctablement.

Gérer ce qui se passe sur la côte des Hauts de France comme s’il s’agissait d’une cause qu’il suffit de supprimer pour que l’ordre revienne, ne peut aboutir à rien. La cause est en Syrie, elle est en Afghanistan, elle est en Somalie. Nous ne vivons ici que les conséquences, et si les causes persistent, les conséquences persisteront.

L’absence de lieux d’accueils entraînera inéluctablement la multiplication de petits bidonvilles, rendra plus difficile l’intervention des associations humanitaires, et maintiendra dans la misère et aux marges de la dignité humaine des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants, de bébés, soumis à la loi des passeurs et des racketteurs en tous genres. Cette situation entraînera tout aussi inéluctablement le déploiement toujours plus coûteux de toujours plus de forces de police, pour un résultat contestable.

La solidarité doit continuer à jouer pleinement, et l’accueil des migrants doit se faire dans la dignité, comme nous l’aurions aimé pour nos parents ou grand parents pendant l’exode, car c’est la condition nécessaire pour restaurer un ordre public serein, républicain et fraternel ».

LIGUE DES DROITS DE L’HOMME

DÉLÉGATION RÉGIONALE

COURRIEL : ldh.npdc@gmail.com

 

Communiqué de la Cimade

INCENDIE À GRANDE-SYNTHE : L’IMPASSE DE LA MANCHE S’EST ENCORE ASSOMBRIE

11 avril 2017

L’hypocrisie diplomatique qui se joue à Calais comme à Grande-Synthe doit cesser, elle conduit la France à contrôler la frontière d’un pays tiers et les personnes migrantes à se mettre en danger.

Un incendie s’est propagé dans le camp de la Linière dans la nuit du 10 au 11 avril, réduisant en cendres une initiative de mise à l’abri dans des conditions dignes de personnes exilées « en transit » vers la Grande-Bretagne. Ce drame souligne l’urgence de créer plusieurs lieux d’accueil humanitaire dans une région où de nombreuses personnes continuent à arriver dans l’espoir de traverser la Manche.

En effet, le démantèlement du bidonville de Calais n’a pas mis fin à l’attraction du Royaume-Uni. L’État français doit sortir du statu quo et assumer son devoir de protection humanitaire de femmes, d’hommes et de mineurs isolés se trouvant en danger actuellement.

« L’impasse de la Manche s’est encore assombrie, mettant en danger encore plus de personnes en demande de protection : l’État ne peut pas persister dans ce déni de réalité », affirme Geneviève Jacques, présidente de La Cimade.

Le 28 février dernier, La Cimade interpellait avec ses partenaires – Amnesty International France, Médecins du Monde, le Secours Catholique, Emmaüs France, Médecins Sans Frontières, le Mouvement français pour le Planning familial et la Fondation Abbé Pierre – les ministres français de l’intérieur et du logement, sur « la nécessité de créer plusieurs lieux d’accueil humanitaire dans le Calaisis et le Dunkerquois pour permettre aux personnes migrantes de sortir de l’errance et des graves dangers auxquels elles sont exposées » face aux « conditions de vie et de sécurité devenues critiques à l’intérieur du camp » et à « l’apparent silence des autorités administratives et judiciaires ». La demande de réunion de crise est restée sans réponse.

La Cimade, qui assure une permanence d’accès aux droits installée dans la ville de Grande-Synthe depuis un an, réitère plus que jamais la nécessité de créer des lieux d’accueil humanitaire sur le littoral.

De plus, les personnes exilées qui souhaitent, après information, demander l’asile en France, doivent pouvoir le faire depuis un lieu aux conditions d’accueil dignes, avec un réel accompagnement social, sans risquer d’être renvoyées dans un autre pays européen en application du règlement « Dublin ».

Enfin, pour les personnes qui souhaitent rejoindre le Royaume-Uni, les démarches doivent être soutenues par l’État français. L’hypocrisie diplomatique qui se joue à Calais comme à Grande-Synthe doit cesser, elle conduit la France à contrôler la frontière d’un pays tiers et les personnes migrantes à se mettre en danger.

 

 

 

 

LE MONDE // A Grande-Synthe, un maire combatif, des associations inquiètes et des migrants désemparés

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2017/04/12/a-grande-synthe-un-maire-combattif-des-associations-inquietes-et-des-migrants-desempares_5109746_1654200.html

Le maire de Grande-Synthe espère que les centres d’accueil et d’orientation pourront accueillir les 1 500 migrants après l’incendie du camp de la Linière.

LE MONDE | 12.04.2017 à 01h48 • Mis à jour le 12.04.2017 à 10h28 | Par Geoffroy Deffrennes (Lille, correspondant)

En l’espace de quelques heures, le camp de la Linière, ouvert en mars 2016 par le maire écologiste (EELV) de Grande-Synthe (Nord), Damien Carême, où intervient Médecins sans frontières (MSF), s’est consumé à 80 %. Dans la nuit du 10 au 11 avril, des feux manifestement volontaires sont partis, après une série de rixes entre Kurdes irakiens, historiquement majoritaires dans le camp, et Afghans, arrivés lors de la fermeture de la « jungle » de Calais. « Il n’y aura pas de reconstruction de nouveau campement ici », a déclaré le ministre de l’intérieur, Matthias Fekl, en déplacement à Grande-Synthe, mardi 11 avril.

Il sera difficile pour les enquêteurs de trouver des coupables. « On parle d’une attaque des cuisines – où vivent sommairement les Afghans, qui n’ont pas droit aux cabanons, réservés aux Kurdes –, avec représailles afghanes sur les chalets », croit savoir Christian Salomé, président de l’Auberge des migrants.

Mardi, les rares Kurdes qui desserraient les lèvres, allongés sur les pelouses ou sur des lits de camp dans les trois gymnases où ils ont été accueillis – sur les 1 500 personnes que le camp comptait, 1 000 ont été mises à l’abri –, restaient évasifs. Quant aux Afghans, impossible d’en trouver. « Ils ont peur des Kurdes, qui peuvent être violents. Ils se sentent indésirables », lâche un bénévole.

Surpopulation du camp

« J’ai entendu différentes versions. Je suis incapable de dire comment cela a commencé, affirme M. Carême. Mais nous avions monté ce camp pour 700 personnes ; au-delà les conflits devenaient inévitables. Je suis pour le maintien de ce camp, mais à condition de revenir à sa norme initiale. »

Dans son bureau, mardi en début d’après-midi, le maire de Grande-Synthe consulte ses messages sur sa tablette. « Je suis ragaillardi par les propositions d’aides que je reçois. Regardez : on m’envoie une photo des images de l’incendie diffusées sur l’écran géant d’une gare britannique. » Lundi 10, M. Carême participait au 85e anniversaire de l’Union nationale des étudiants de France, à Paris « pour intervenir précisément sur les migrants », lorsqu’on l’a averti. « Plus de train, je suis resté au téléphone jusqu’à 3 heures du matin avec mon directeur de cabinet, Olivier Caremelle, puis levé à 5 heures pour filer à la gare… »

Depuis quelques semaines, l’élu a pris son bâton de pèlerin. « La surpopulation du camp de Grande-Synthe est due au nombre insuffisant de centres d’accueil et d’orientation (CAO). » Le site du ministère de l’intérieur en dénombre près de 400. Ils devaient recevoir les 7 000 migrants expulsés de la « jungle » de Calais à l’automne 2016.

Le ministre de l’intérieur d’alors, Bruno Le Roux, avait émis l’idée de fermer la Linière, mais la ministre du logement, Emmanuelle Cosse, avait aussitôt donné un avis contraire. « La ministre a signé le 17 mars une prolongation de la convention de gestion du camp, entre l’Etat, la commune et l’Association des Flandres pour l’éducation, la formation des jeunes et l’insertion sociale (Afeji), rappelle Damien Carême. On avait décidé de diminuer la taille du camp et déjà démonté les tentes et retiré 100 chalets. Mais depuis la fermeture de Calais, l’élan de création des CAO n’a pas été suffisant. Il manque 4 000 places. »

Le maire est donc parti sur les routes. « Je parcours les mairies. Je suis allé à La Rochelle, Niort, Grenoble, Montpellier, Bourg-la-Reine, Arras, je vais à Angers dans quelques jours : partout je vois des maires contents de leur CAO, pas un ne m’a dit que cela se passait mal ! J’encourage à en créer. » Son voisin, le maire de Saint-Pol-sur-Mer, Christian Hutin (MRC, ex-RPR), estimait mardi dans la presse locale que 90 % des migrants ne voulaient pas aller dans les CAO. « Absurde, réplique M. Carême. La grande majorité accepte. Les exceptions sont dans des CAO où le lien (…) est moins efficace. »

Mardi, devant la salle de sport Victor-Hugo, quelques centaines de réfugiés prennent leur repas du jour, tardivement. Les membres de l’Afeji refusent de répondre aux questions, tout comme les fonctionnaires de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). « On nous a interdit de répondre à la presse », explique poliment une jeune fille au blouson rouge de l’OFII. Même refus d’Hervé Desvergnes, le responsable des 52 salariés de l’Afeji recrutés pour le camp, dont certains se retrouveront peut-être au chômage : « La parole aux ministres ce soir… »

Lire aussi :   Des migrants dénoncent les freins au regroupement familial

A l’intérieur du gymnase, des couples se reposent, essayant d’occuper les enfants. Un bébé de quelques semaines est pris en charge par la Croix-Rouge. La directrice de l’école élémentaire Francisco-Ferrer, où sont scolarisés les enfants du camp, et deux institutrices s’affairent. Ces enseignantes ont pris l’habitude de continuer à s’occuper de ces enfants durant les vacances scolaires, bénévolement.

500 migrants manquent à l’appel

Devant la halle du Basroch, les membres de l’association britannique Dunkirk Legal Support Team (DLST), créée en avril 2016, sont, eux, plus loquaces. Evelyn McGregor, quinquagénaire écossaise, et Niamh Quille, jeune Anglaise, mettent leurs connaissances en droit au service des mineurs.

Lucille Agins est la seule Française de l’association. Après son master en droits de l’homme à Grenoble, elle s’est engagée en service civique à la Cimad et auprès de DLST. « A l’origine, il s’agissait d’information et d’orientation, puis l’asso s’est développée au sein de Citizens UK. Car le problème des mineurs isolés de leur famille en Grande-Bretagne devient aigu. »

Alors qu’on ignorait, mardi soir, où étaient passés les 500 migrants non abrités dans les gymnases, Corinne Torre, coordinatrice des programmes de Médecins sans frontières, imagine un avenir sombre. « Cela donne l’impression qu’ils sont violents, mais les tensions viennent du manque de management : pour accompagner ces réfugiés, il faut du personnel. On le voit aussi à Paris, entre Afghans et Soudanais, à la Chapelle. J’ai entendu parler de transferts vers les CAO, c’est une utopie, il n’y a pas 1 500 places libres. Ils vont se disperser, et certains iront sans doute aussi à Paris…

 

LE MONDE // Comment la France décourage les demandes d’asile

http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/04/11/paris-calais-menton-trois-strategies-pour-limiter-les-demandes-d-asile-en-france_5109138_3224.html

LE MONDE | • Mis à jour le | Par Maryline Baumard

Des techniques de dissuasion silencieuses sont mises en place par l’État pour limiter les dépôts de demandes d’asile, comme si le gouvernement voulait à tout prix éviter d’atteindre la barre des 100 000 demandes annuelles.

Comment empêcher les demandes d’asile en France ? Au pays de la Déclaration des droits de l’homme, la question est taboue. Et cela bafouerait la Convention de Genève, qui régit la protection internationale des réfugiés et n’est officiellement remise en cause par aucun candidat, ni de droite ni de gauche. Pourtant, à Paris, Menton ou Calais, des stratégies de dissuasion silencieuses sont mises en place par l’Etat pour limiter les dépôts de demandes d’asile, comme si le gouvernement voulait à tout prix éviter d’atteindre la barre des 100 000 demandes annuelles.

A Calais, l’Etat a fermé le guichet de demande d’asile de la préfecture depuis le démantèlement de la jungle en octobre 2016. Le ministère de l’intérieur répond qu’il suffit d’aller à Lille. C’est théoriquement vrai, mais pratiquement impossible dans les conditions actuelles de chasse au migrant dans le Pas-de-Calais.

Un jeune Soudanais de 26 ans, Mohamed, vient, parmi d’autres, d’en faire l’expérience. « D’abord il a attendu, à la rue, un rendez-vous fixé à plusieurs semaines. Le 28 mars, jour J, il a tenté de prendre le train de 8 h 33 à Calais mais a été arrêté par la police sur le trajet vers la gare. Ressorti à 10 h 15 des bureaux de police, son billet de train confisqué, il a dû prendre un nouveau rendez-vous fixé entre trois et cinq semaines plus tard », raconte le Secours catholique qui lui avait pourtant signé une attestation assurant qu’il se rendait bien en préfecture pour une demande d’asile.

Politique « manifestement illégale »

A l’entrée sud de la France, entre Vintimille et Menton (Alpes-Maritimes), une autre stratégie est à l’œuvre. Là, les forces de l’ordre renvoient directement les demandeurs d’asile de l’autre côté de la frontière, en s’abritant derrière des accords bilatéraux. En 2016, 35 000 migrants ont été interpellés et la plupart réexpédiés en Italie.

Dans une ordonnance du 31 mars, le tribunal administratif de Nice a qualifié cette politique mise en œuvre par le préfet de « manifestement illégale ». Le tribunal statuait sur le renvoi en Italie d’un couple d’Erythréens qui avait déclaré aux gendarmes à la frontière vouloir demander l’asile en France. La loi prévoit qu’un service de police ou de gendarmerie saisi d’un tel souhait doit orienter le migrant vers l’autorité compétente pour enregistrer sa demande. Or ce jour-là, les gendarmes ont remis le couple et leur enfant de 4 ans à la police aux frontières (PAF), qui les a longuement interrogés puis refoulés en Italie.

Les militants de l’association Roya citoyenne, avec à leur tête l’emblématique Cédric Herrou, dénoncent depuis des mois cette pratique quotidienne, mais il a fallu qu’un avocat niçois soit témoin de la procédure et la porte en justice pour que le préfet soit condamné.

État hors la loi

A Paris, pour les nombreux demandeurs d’asile qui ne parviennent pas à être hébergés au centre humanitaire de transit, le défi consiste à se faire enregistrer avant d’être interpellés par la police… C’est compliqué, car l’entrée dans les bureaux de France terre d’asile, l’association habilitée à donner un rendez-vous en préfecture, est contingentée. « Même en dormant sur le trottoir pour entrer à l’ouverture, il faut compter deux semaines avant d’y entrer, et s’ajoutent ensuite les 40 jours d’attente pour le rendez-vous en préfecture », observe une juriste du Gisti, l’association qui a mesuré ce délai moyen. Durant ces deux mois, l’exilé court le risque d’être arrêté, envoyé en rétention et expulsé. Sans compter que l’Etat est hors la loi puisque cette attente ne devrait en principe pas excéder dix jours…

Mais un système bien plus sophistiqué vise les « dublinés », ces migrants qui ont laissé des empreintes ailleurs en Europe avant d’entrer en France et souhaitent être hébergés par le centre humanitaire de Paris. Au nom du règlement de Dublin, la France peut demander au premier pays où les migrants ont laissé des traces de les reprendre et d’étudier leur demande d’asile. Cette procédure n’exempte en principe pas la France de les enregistrer comme demandeurs d’asile en attendant, afin qu’ils soient en règle au regard de la police et qu’ils perçoivent l’allocation de demandeur d’asile (ADA) et bénéficient d’une couverture médicale.

Or, lors de l’ouverture du camp humanitaire de Paris, en novembre 2016, l’Etat a imposé le passage par un point administratif, le Centre d’examen de situation administrative (CESA), qui se referme comme un piège sur cette catégorie de migrants dont Moussa fait partie. « Je suis arrivé en janvier à Paris,explique le jeune Ivoirien hébergé dans un hôtel du 18e arrondissement. Après deux nuits dehors, je suis entré dans le centre humanitaire pour être hébergé et suis allé au CESA comme il se doit. Là, on m’a dit qu’on demandait mon transfert pour l’Italie, où j’avais laissé mes empreintes et on m’a envoyé dans l’hôtel où je suis encore. » « J’ai demandé à être enregistré comme demandeur d’asile en France, mais on m’a dit que l’OFII [Office français de l’immigration et de l’intégration] le ferait plus tard »,ajoute le jeune homme.

Privés de leurs droits

Moussa insiste alors pour qu’on enregistre sa demande, sachant le récépissé nécessaire pour faire valoir ses droits. « Mais quand l’OFII venait à l’hôtel, c’était uniquement pour proposer des retours volontaires au pays, continue le jeune homme. Toujours ils éludaient ma demande. »De guerre lasse, l’Ivoirien a fait de son propre chef la file d’attente nocturne devant la plate-forme d’enregistrement de France terre d’asile, boulevard de la Villette, qui délivre les rendez-vous en préfecture. « J’ai obtenu un rendez-vous pour le 21 avril. Mais entre-temps, j’ai été convoqué par la préfecture de Paris qui m’a enjoint de quitter le territoire et m’a précisé que mon rendez-vous de demande d’asile d’avril était annulé », insiste Moussa qui a mis son dossier entre les mains de la Cimade, une des principales associations d’aide aux migrants.

Depuis l’ouverture du centre humanitaire, des milliers de migrants à Paris sont privés de leurs droits à des papiers provisoires et à une allocation, estiment quatre associations d’aide aux migrants. La Cimade, le Groupe accueil et solidarité, le Gisti et Dom’Asile viennent de déposer une plainte qui doit être instruite le 12 avril. Sans cet enregistrement, ces demandeurs d’asile sont considérés comme des sans-papiers, l’Etat économise les quelques euros quotidiens de l’allocation (6,80 euros pour une personne) et veut envoyer un signal aux 450 000 déboutés de l’asile en Allemagne, qui pourraient être tentés par la France.

Dans un des centres d’hébergement d’urgence des Hauts-de-Seine, une vingtaine de demandeurs d’asile sont dans le cas de Moussa, privés de droit après être passés par le centre humanitaire. A leurs côtés, 70 migrants sont des « dublinés » classiques. Parce qu’ils ne sont pas passés par le centre humanitaire, ils ont pu enregistrer leur demande d’asile devant le guichet de la préfecture, comme la loi les y autorise. « Mais impossible d’envoyer en préfecture la vingtaine de demandeurs non enregistrés, elle les refuse au prétexte qu’ils sont passés par le CESA… », explique un soutien des migrants.

Interrogé sur le sujet, le ministère de l’intérieur répond que « le CESA est un dispositif de vérification de la situation administrative » et assure que « l’enregistrement s’effectue dans l’un des huit guichets uniques franciliens ». Une affirmation que les faits démentent chaque jour.