Note de lecture

Réflexion sur l’accueil et le droit d’asile

Yves Cusset

Éditions François Bourin, 2016, 135 pages

Par Philippe Demeestère


Voici un livre épatant, écrit par un philosophe bien ancré dans les actualités quotidiennes qui se font et se défont autour de nos peurs et de nos aspirations.

Sa découverte me pousse à proposer la constitution de groupes de lecture qui regrouperaient des participant·e·s de sensibilités différentes. De façon explicite, l’auteur nous dit son propos: introduire la contribution de la philosophie dans la grande conversation démocratique qui permet, face à l’ évidence de la fragilité de ce qui nous relie, de façonner les outils d’une réaffirmation du droit contre la violence, de la relation à autrui contre les liens qui séparent, des politiques de l’amitié contre les polices de l’inimitié. Yves Cusset propose et définit des mots qui permettent de s’approprier ce que l’on vit et d’en faire un lieu ouvert à une pratique partagée avec d’autres.


La meilleure façon de rendre compte de cet ouvrage, c’est bien d’inviter à entrer à plusieurs dans sa lecture, comme la meilleure présentation d’un ouvrage de cuisine est d’appeler à se mettre aux fourneaux avec des ami·e·s pour faire table commune. Comme la table, la lecture peut s’engager avec des copains et copines réfugié·e·s qui commencent à se dépatouiller avec la langue française: façon de bien entendre Y.Cusset qui met comme fondement à l’intégration dans la communauté des citoyen·ne·s la seule capacité à parler. C’est donc tout simple: ce livre nous fait faire communauté dans l’accueil de ce rien qui seul nous est commun à tou·te·s: le rien qui nous sépare pour mieux nous unir.

 

Nouvelles de Calais – Mars 2017

 

A Calais, la Mairie en bataille contre les droits fondamentaux

Alors que de plus en plus d’exilé·e·s, en quête d’un moyen de franchir la Manche, (sur)vivent à Calais, la Maire de Calais a lancé une bataille contre le respect de leurs droits fondamentaux.


Délit d’hygiène


Elle a d’abord cherché à empêcher la mise en place de modulaires de douches sur un terrain appartenant au Secours catholique en
installant une benne à ordure devant le portail. Puis, après s’être fait condamnée par la justice, elle a poursuivi en prenant un arrêté interruptif de travaux. Aujourd’hui, quotidiennement des exilé·e·s peuvent se laver, mais quotidiennement des exilé·e·s sont interpellé·e·s en se rendant à ou en quittant le local du Secours catholique. Pour dénoncer ce délit d’hygiène, des citoyen·ne·s se sont réuni·e·s à deux reprises sur la Place d’Armes à Calais pour un « bain public ». Ce rassemblement régulier est aujourd’hui interdit.


Délit d’alimentation


Depuis le retour d’exilé·e·s sur Calais en décembre 2016, les associations et des citoyen·ne·s leur viennent en aide lors de maraudes au cours desquelles leur sont fournis des repas et vêtements chauds. Les associations ont, à deux reprises, interpellé les autorités pour que des moyens soient mis en œuvre pour permettre aux exilé·e·s de se nourrir. En réponse à un courrier qui lui fut adressé, la Maire de Calais a refusé la réouverture de l’ancien lieu de distribution de repas, utilisé de 2010 à 2014. Malgré des propos plus ouverts, le Ministre de l’intérieur n’a jamais répondu aux associations qui l’ont interpellé dans une lettre ouverte.

Face à ces interpellations associatives, la Maire de Calais n’a eu pour unique réponse que l’interdiction. Elle a pris un arrêté interdisant toute « occupation abusive, prolongée et répétée » près de la zone industrielle des Dunes, lieu où avaient lieu depuis plusieurs semaines des distributions de repas. Les associations sont alors sorties de l’espace interdit par l’arrêté, et la Maire a repris un second arrêté interdisant là encore toute « occupation abusive, prolongée et répétée » près du bois Dubrulle, là où avaient lieu les nouvelles distributions de repas. Après les arrêtés anti-hygiène, voici donc les arrêtés anti-alimentation.

 

Nouvelles de Cherbourg – Mars 2017

Cherbourg, capitale du surréalisme

Par Claudie Rault-Verprey, Association Itinérance

 

Ils sont entre trente et quarante à Cherbourg, migrants en quête d’un avenir meilleur.

Ces dernières semaines, ils arrivent essentiellement de Paris, Porte de la Chapelle. Ils sont exténués et en colère de la façon dont la France les reçoit.

Ils se sont installés sur le terrain Nordez, dit en d’autres temps « le squat de la honte ». Nous tentons de les accompagner au mieux, fournissant eau, bois, nourriture et tentes.

Mais comment leur parler de demander asile en France quand, à Cherbourg, ils sont 18 demandeurs d’asile à la rue, pour certains depuis des mois ?

Parce que, d’après le sous-préfet, Cherbourg est au « bout du monde », et il est suicidaire de venir faire une demande d’asile au « bout du monde ». Mais jusqu’à preuve du contraire, le « bout du monde » est en France et le dispositif national devrait s’appliquer !

Nous avons repris nos rassemblements hebdomadaires devant la sous-préfecture tous les vendredis soir. Malgré le vent, la pluie, le froid, la grêle, nous sommes entre 70 et 100 chaque vendredi à réclamer un toit pour tous.

Ce qui fait dire à monsieur le Maire de Cherbourg du bout du monde :

« Puisque vous êtes si nombreux pourquoi n’accueilleriez-vous pas ces hommes chez vous, ça n’est pas si compliqué !

Et soyez rassurés braves gens si vous avez des ennuis avec la justice nous serons à vos côtés.»

 

Exilés survivant à Calais // Lettre ouverte aux ministres de l’intérieur et du logement

Dans une lettre ouverte envoyée le 28 février 2017, huit associations nationales et locales interpellent les ministres de l’intérieur et du logement sur la situation humanitaire catastrophique à Calais.



A Calais, le 28 février 2017

 Lettre ouverte à :

Monsieur le ministre de l’Intérieur,

Madame la ministre du Logement,

 

Depuis l’évacuation du bidonville de Calais et faute d’avoir mis en place un dispositif d’urgence  indispensable d’accueil des exilés sur le Calaisis,  nous rencontrons de nombreuses personnes en danger.

Elles sont réellement en danger, compte tenu des conditions de vie dans lesquelles elles sont maintenues du fait de l’absence totale du moindre accueil. Les besoins élémentaires ne sont pas pourvus (accès à un abri pour la nuit, à l’eau potable, à la nourriture et aux toilettes…). Nous constatons avec effroi que de nombreux enfants ainsi que de nombreux réfugiés potentiels sont totalement abandonnés et, sciemment, mis en danger par les autorités de notre pays.

Les exilés que nous rencontrons souffrent notamment de ne pas pouvoir s’alimenter. Ils ont faim. A défaut d’un dispositif de distribution alimentaire sur un lieu dédié par une organisation opératrice désignée par vos services, nous envisageons donc de recommencer – comme par le passé – à organiser de nouveau une distribution alimentaire de rue.

Vous ne pouvez pas continuer à faire « comme si » les réfugiés n’étaient pas présents dans le Calaisis, continuer à nier la réalité, en pensant laisser ce « dossier »  à ceux qui vous succéderont…

Nous vous demandons une nouvelle fois de revenir sur les décisions qui ont été prises et annoncées et de répondre au respect humanitaire minimum dû à tout individu. Si tel ne devait pas être le cas,  nous sommes déterminés à prendre nos responsabilités afin de faire face à la crise humanitaire que nous constatons.

Recevez, Madame la Ministre et Monsieur le Ministre, l’expression de nos sentiments respectueux.

Signataires :

Le Réveil Voyageur

L’Auberge des migrants

Emmaüs France

Utopia 56

Salam Nord Pas-de-Calais

Help Refugees

Refugee Community Kitchen (RCK)

Secours Catholique – Délégation du Pas de Calais

 

 

 

Passages – 15 ans et plus

Passages – Étapes d’une fuite

Cet outil a été conçu par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés. Ce jeu de simulation vise à mieux comprendre la réalité des réfugié.e.s. Il peut être pratiqué à l’intérieur ou à l’extérieur, mais réclame une surface équivalente à un terrain de handball.

 

Le contenu

Les joueuses et joueurs sont regroupé.e.s par famille et se retrouvent à devoir fuir un bombardement. Vous faîtes l’expérience de la séparation, de l’attente, de l’incompréhension et l’absence de repères, des documents à remplir, du passage des frontières, etc.

 

Fiche technique

Public ciblé: Jeunes et adultes

Objectif: Confronter aux problèmes des réfugié.e.s et aux difficultés psychologiques de la fuite. Faire réfléchir aux solutions et amener à des actions concrètes

Nombre de personnes : de 15 à 67 joueuses et joueurs

Durée: De 2h à 3h30

Matériel requis: Fiches de jeu, 1 sifflet, 1 chrono, 1 porte-voix, 1 stylo, ficelles et bandeaux, carton, ciseaux, classeur ou pochette

 

Le matériel

Le jeu, avec l’ensemble des fiches, les instructions et conseil d’animation, est disponible ici

Des lycéen.ne.s de Johannesburg, Afrique du Sud, on pratiqué le jeu. Une vidéo, EN ANGLAIS, documente l’expérience ici

 

Remarques

Ce jeu peut susciter beaucoup d’émotions. Si des exilé.e.s participent au jeu, leur porter une attention particulière. Dans tous les cas, prévoir une animation bienveillante, permettre les sorties de jeu (carte SOS), et bien réserver le temps de discussion à l’issue du jeu.

 

Parcours de migrante – Scolaires et adultes

Parcours de migrante

Cet outil en ligne a été conçu par Amnesty International Belgique dans le cadre d’une campagne de pétition exigeant des routes sûres et légales pour les personnes qui migrent.

 

L’histoire

L’outil n’est pas vraiment un jeu de rôle mais il nous invite à partir sur les traces d’une femme migrant de la Syrie vers l’Allemagne. Le récit est fictif mais élaboré à partir de témoignages réels et nous confronte au calvaire tout particulier vécu par les femmes dans l’exil.

 

Fiche technique

Public ciblé: Adulte et scolaires

Objectif: Éclairer les conditions d’exil des femmes réfugiées arrivant de Syrie et d’Irak,et les violences spécifiques auxquelles elles s’exposent en tant que femmes. Faire réfléchir aux conséquences de la fermeture des frontières et des conditions d’accueil en Europe

Durée: 30 min.

Matériel requis: Écran de projection et connexion internet

 

Le matériel

L’outil est disponible en ligne ici 

 

Remarques

Cet outil a le mérite de mettre en lumière l’expérience et les témoignages de femmes poussées à l’exil : celles-ci représentent la moitié des personnes qui migrent (en famille, mais aussi seules), mais elles restent encore trop souvent invisibles. Il peut constituer un support de départ à une discussion plus large, qui pourrait se nourrir du « Petit guide pour conjuguer la migration au féminin » de La Cimade par exemple. L’outil abordant la question des violences faites aux femmes migrantes, prévoir une animation adaptée et bienveillante.

 

The Refugee Challenge – Pour lycéen.ne.s et adultes (en anglais)

THE REFUGEE CHALLENGE

Can you break into fortress europe ?

Ce jeu en ligne interactif a été conçu par le journal The Guardian, et est disponible uniquement en anglais.

 

L’histoire

Ce jeu vous met dans la peau d’une femme syrienne, mère de 2 enfants, qui souhaite fuir le conflit syrien :

« Your name is Karima. You are a 28-year-old Sunni woman from Aleppo, and you have two children, a girl aged eight, and a 10-year-old boy. Your husband was killed in a mortar attack three months ago. The air strikes have continued – a recent bomb, you hear, killed 87 children, and you now feel you must try to leave Syria. »

 

Fiche technique

Public ciblé: Public lycéen et adulte

Objectif: Éclairer les entraves pour les personnes qui veulent chercher refuge en Europe. Confronter aux choix impossibles auxquels se heurtent les exilé.e.s. Sensibiliser aux effets de la fermeture des frontières européennes.

Nombre de personnes : 1 par écran (ou 1 petit groupe par écran)

Durée: 45 min. et plus

Matériel requis: Écrans de visionnage et connexion internet

 

Le matériel

Le jeu est disponible en ligne ici.

 

Remarques

Le jeu date de janvier 2014 donc les données chiffrées nécessiteront d’être mises à jour. Les parcours proposés et les obstacles rencontrés n’en sont pas moins pertinents. C’est un outil interactif et riches en données, souvent accompagnées de vidéos-témoignages d’exilé.e.s. Prévoir un temps de discussion collective à l’issue du jeu.

 

Détectives solidaires – 7 à 11 ans

Les détectives solidaires

Cet outil a été conçu par un collectif de 8 mouvements et services d’église, dans le cadre de la campagne 2010-2012 d’éducation à la solidarité : Kilomètres de soleil. La 2ème année de cette campagne se concentre sur « la recherche de solutions pour mieux vivre ensemble dans nos sociétés multiculturelles ».

 

L’histoire

Trois jeunes détectives solidaires sont chargé.e.s par Madame la Maire de l’aider à repérer, puis à résoudre, les problèmes de certain.e.s enfants de sa commune. Les participant.e.s au jeu sont invité.e.s à faire équipe et à mener l’enquête avec les détectives solidaires en trouvant les solutions à différentes énigmes.

 

Fiche technique

Public ciblé: 7 à 11 ans

Objectif: Sensibiliser aux droits de l’enfant et à ce qui les met en péril. Remettre en cause des préjugés. Inviter à agir et à chercher des allié.e.s auprès d’adultes et de différentes institutions.

Nombre de personnes : Par équipe de 5

Durée: 1 heure

Matériel requis: Jeu et cartes

 

Le matériel

Le jeu, avec ses cartes et instructions, est disponible ici 

 

Remarques

Le jeu ne se concentre pas tant sur la question des migrations que sur le « multiculturalisme ». Il met en scène aussi bien un enfant sans-papiers qu’un enfant qui vient de changer de région en France, en passant par une jeune fille d’origine polonaise ou encore un garçon de confession musulmane.

Il est intéressant dans son invitation à agir solidairement, et à repérer les moyens de le faire (en identifiant notamment des allié.e.s).

 

Envers et contre tout – 12 à 15 ans

ENVERS ET CONTRE TOUT

« Le jeu qui te fait expérimenter la condition de réfugié.e »

Cet outil, jeu de connaissance interactif sur Internet, a été conçu par l’UNHCR, l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés.

 

Le contenu

Le jeu vous met dans la peau d’une personne qui fuit la dictature de son pays natal pour entamer une nouvelle existence ailleurs : « Vous êtes arrêté.e, frappé.e et forcé.e de signer des aveux, juste pour avoir participé à une marche pacifique. Craignant des événements pires encore, vous quittez votre pays en emportant seulement quelques possessions dans un petit baluchon. Vous arrivez dans une étrange ville où vous ne parlez pas la langue. Vous ne connaissez personne. Vous ne savez pas où aller. Il vous faut trouver un abri, de l’information fiable et un emploi. »

 

Fiche technique

Public ciblé: Jeune, à partir de 12/13 ans

Objectif: Faire éprouver l’importance des droits humains, l’arbitraire de certains régimes. Faire comprendre ce que c’est d’être réfugié.e.s, sensibiliser à leur manque de protection et aux préjugés qui les entourent

Nombre de personnes: 1 ou 2 par écran

Durée: 1 heure et plus

Matériel requis: Ecran et connexion internet + 1 guide de l’enseignant.e

 

Le matériel

Le jeu est en ligne ici

La base de donnée (faits, témoignages et ressources complémentaires) est ici

Le guide de l’enseignant.e, qui prévoit pour chaque étape des exercices pour développer les connaissances, la compréhension et l’empathie, est disponible ici.

 

Remarques

Dans l’animation de ce jeu, l’UNHCR insiste pour distinguer entre « réfugié.e.s » et « immigré.e.s », entre celles et ceux qui n’auraient pas le choix d’un côté et les autres, qui pourraient rentrer dans le pays d’origine sans prendre de risques. A vous de voir si vous êtes à l’aise avec cette distinction et la hiérarchie qu’elle tend à établir entre les types de migration.

Prévoir là encore un temps de discussion conséquent à l’issue du jeu, d’expression des ressentis et de récapitulation de ce qui a été retenu.

 

Parcours de migrants – Public jeune ou adulte

Parcours de migrants

Cet outil a été conçu par La Cimade en 2007 et est disponible dans sa nouvelle version depuis mars 2019 !

 

Le contenu

Sur le principe du jeu de l’oie, Parcours de migrants met en scène le parcours de 10 personnes (ou familles) migrantes, depuis leurs pays d’origine vers la France.

 

Fiche technique

Public ciblé: Jeune ou adulte (13 ans et plus)

Objectif: Mieux saisir les réalités migratoires. Se familiariser avec certains aspects juridiques

Nombre de personnes: 10 qui jouent + 1 à 3 personnes en charge de l’animation, dont 1 familière des réalités migratoires et des aspects juridiques

Durée: Entre 1h30 et 2 h

Matériel requis: 1 plateau de jeu + 1 planisphère + cartes

 

Le matériel

Le matériel est entièrement téléchargeable ici

 

Remarques

Le jeu est conçu pour laisser beaucoup de marges de manœuvre aux personnes qui animent, en fonction du mode d’animation adopté (possibilité d’utiliser le photo-débat ou le débat mouvant par exemple), du profil des personnes qui jouent, des circonstances matérielles et des objectifs poursuivis. Il est important de prévoir un temps à l’issue du jeu pour recueillir les impressions, les éventuelles frustrations et faire ressortir ce que les participant.e.s ont retenu.