Nord Littoral // L’Agent gifle un migrant: six mois de prison ferme

trib boulogne (1)

Jai été commissaire de police pendant quinze ans. Attendez-vous à devoir vous battre devant la commission de discipline pour ne pas être exclu ! » tonne le président du tribunal. En face, c’est un policier de 44 ans qui est sur le banc des prévenus. Le 3 août 2016, il a mis une gifle à un migrant alors qu’ils attendaient l’arrivée des magistrats, dans une petite salle d’audience voisine de l’hôtel de police de Coquelles. C’est une greffière, qui, en débarquant dans la salle à l’improviste, rapportera avoir assisté à la scène de la gifle.

Alors oui, le migrant en question était du genre agité, ce jour-là. Mais justement, la situation semblait être sous contrôle au moment où la gifle a été administrée. « On ne peut pas accepter un tel comportement de la part de fonctionnaires de police », et ce même dans la situation très compliquée qu’ils vivent à Calais, explique encore le président. Le parquet avait requis six mois de prison ferme et le tribunal a suivi ces réquisitions. Il a de plus révoqué 4 mois de prison avec sursis d’une précédente condamnation pour des faits de violence. Quant à savoir si le policier pouvait continuer à exercer au sein des forces de l’ordre… Le tribunal a plus ou moins botté en touche : le prévenu a interdiction d’utiliser une arme pour une durée de cinq ans. Il lui est aussi interdit d’exercer dans la fonction publique pendant deux ans, mais cette condamnation est avec sursis. Il pourra donc en théorie sauver son poste… s’il parvient à convaincre la commission de discipline.

Le Monde // Le monde associatif lance des états généraux des migrations

Les grandes associations et de nombreux collectifs locaux d’aide aux migrants se regroupent pour montrer le visage de la France qui accueille.

 Par Maryline Baumard

Tous sous une même bannière ! Mardi 21 novembre, 470 associations et collectifs d’aide aux migrants lancent les Etats généraux des migrations. Ils se veulent une émanation de cette France de l’accueil qui n’a pas réussi à parler d’une même voix depuis 2014, et espèrent ensemble peser face à la politique du gouvernement.

Pour la première fois depuis 2008, Amnesty International, le Secours catholique, la Croix-Rouge française, Médecins du monde mais aussi le Gisti ou Emmaüs International se retrouvent dans un mouvement unitaire aux côtés d’une longue liste de collectifs locaux qui jusqu’alors cantonnaient leur mission à une aide aux migrants, sans s’inscrire dans une expression plus politique. Les P’tits Dej’ à Flandre, Terre d’errance ou Paris d’exil feront eux aussi entendre leur voix, en écho à celle de Roya citoyenne et de nombreux mouvements catholiques ou protestants.

Cahiers de doléances

Une bonne partie du mouvement citoyen d’accueil des migrants se met ainsi en ordre de marche. Symboliquement, les premières actions auront lieu le 18 décembre, journée internationale des migrants. Des cahiers de doléances seront ouverts et commenceront à être noircis par les 470 communautés partantes. Dans la foulée, des concertations seront décentralisées partout en France avec interpellation et mobilisation citoyenne en réaction au projet de loi sur l’immigration que prépare le ministère de l’intérieur pour début 2018.

Les associations veulent aussi rendre plus visible cette « chasse aux migrants qui continue dans les Alpes, près de Calais et partout en France, tandis que les procès de citoyens solidaires se succèdent », comme le précise Violaine Carrère, juriste au Gisti et membre du comité de liaison.

« On a longtemps laissé faire mais désormais, face à la situation de violence contre les migrants, à la multiplication des interpellations de citoyens solidaires et à la préparation d’un projet de loi très répressif, il nous fallait agir, dire haut et fort que cette politique n’est pas menée en notre nom », observe Nathalie Péré-Marzano, déléguée générale d’Emmaüs international.

Son association est l’une des premières à s’être mobilisées à force de voir, depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée, des compagnons d’Emmaüs convoqués par la police et des responsables de centre auditionnés au sujet des sans-papiers qu’ils aident.

Les différences d’approche mises entre parenthèses

En janvier déjà, les associations marquées à gauche, mais aussi des mouvements catholiques, avaient commencé à se compter, élaborant une carte de France baptisée #LaPreuveParNous, qui regroupe 1 097 initiatives diverses d’aides aux nouveaux venus sur tout le territoire. Les répondants de ce premier appel sont aussi ceux qui ont signé une tribune le 17 juin sur le site Mediapart. Intrigué par la liste des 470 signatures, l’Elysée a reçu des émissaires, six organisations nationales et six collectifs locaux.

« Le pouvoir en place voulait bien des états généraux sur l’alimentation, mais pas sur les migrations. D’autant que sur notre sujet, ils nous ont dit avoir déjà leur feuille de route », observe rétrospectivement un des invités. Le 12 juillet a en effet été annoncé le « plan migrants » du gouvernement… « Cette fin de non-recevoir a fini de nous convaincre de la nécessité d’organiser nos états généraux sans l’Etat », ajoute le même interlocuteur.

Mettant donc entre parenthèses les différences d’approche au sein de ce paysage multiforme, 110 représentants de 80 associations se sont une nouvelle fois retrouvés à Paris dans les locaux d’Amnesty International, le 7 octobre, pour entériner l’idée de cahiers de doléances, avant une autre réunion pour les derniers calages, largement suivie elle aussi.

Créer un vaste mouvement d’opinion

Prévue pour s’inscrire dans la durée, cette mobilisation veut agir à la fois « sur la loi migration qui pourrait passer au Parlement au printemps » et de façon plus profonde en créant un vaste mouvement d’opinion, organisé, capable de peser « et de faire comprendre que les Français sont accueillants et que nous sommes nombreux à ne pas nous reconnaître dans la politique menée aujourd’hui », rappelle Camille Champeaux du Centre de recherches et d’information pour le développement, l’instance qui coordonne.

Aux côtés de Cédric Herrou, de nouvelles voix issues de dizaines de collectifs sont partie intégrante du dispositif. Dans la Roya, d’ailleurs, afin de sortir du tête-à-tête stérile entre le préfet et Cédric Herrou – une nouvelle fois assigné en justice lundi 20 novembre –, un collectif baptisé Les Amis de la Roya citoyenne pose son acte de naissance lundi à Paris et sera acteur des états généraux. Il est parrainé par plusieurs centaines d’artistes, intellectuels et politiques, d’Agnès Jaoui à Jacques Testart en passant par Annie Ernaux ou Jean-Luc Mélenchon.

Infomigrants //A Ouistreham, la crainte d’un nouveau Calais

Entre 150 et 200 migrants seraient présents à Ouistreham, dans l’espoir d’atteindre l’Angleterre. Cette ville de l’ouest de la France, est-elle en passe de devenir un nouveau Calais ? C’est en tout cas la crainte des élus de la ville qui, comme à Calais, veulent éviter à tout prix un « appel d’appel » et la création de « points de fixation ».

Selon la mairie et les associations, les arrivées de migrants se sont multipliées à Ouistreham ces derniers mois. « Il y a toujours eu une quinzaine de migrants dans la ville mais depuis le mois de juin, le nombre ne fait qu’augmenter », assure à InfoMigrants Luc Jammet, l’adjoint au maire de Ouistreham, en charge de la sécurité. Ils seraient entre 150 et 200 à errer dans cette ville du littoral nord-ouest de la France.

Un afflux qui n’a rien d’étonnant pour l’Auberge des migrants : « Partout où il y a des liaisons par bateau vers l’Angleterre, il y a des migrants. C’est un fait », note Christian Salomé, président de l’association calaisienne. Car comme à Calais, la majorité d’entre eux espère atteindre l’Angleterre en se cachant sous les camions qui se dirigent vers la ville de Portsmouth – via les ferry – située à seulement 180 km du port de Ouistreham.

« C’est inhumain de laisser des gens dans une telle situation »

Pour la plupart d’origine soudanaise, les migrants dorment à même le sol, dans la boue et sous le vent, dans un bois à l’entrée de la ville ou « dans les champs de particuliers », selon Luc Jammet. Une dizaine d’habitants regroupés en collectif au début de l’été leur distribuaient jusqu’à la semaine dernière deux repas par semaine. Mais « à la demande de migrants plus anciens, nous avons arrêté temporairement car selon eux cela provoquait des heurts », précise à InfoMigrants Miguel, du collectif d’aide aux migrants à Ouistreham (Camo).

En parallèle, le collectif distribue des vêtements chauds, des couvertures et prodigue les premiers soins aux personnes blessées ou malades. « La nuit dernière il a fait 2 degrés. Tout le monde se renvoie la balle et personne ne fait rien alors il faut bien que quelqu’un agisse. C’est inhumain de laisser des gens dans une telle situation », déplore Miguel. L’association présente à Calais, Care 4 Calais, est également passée quelques jours à la fin du mois de septembre pour des distributions de vêtements.

Soupçons de violences policières

Le collectif dénonce le harcèlement policier pratiqué envers les migrants, ce qui n’est pas sans rappeler la situation à Calais. Les forces de l’ordre leur arracheraient leurs sacs de couchage, les réveilleraient à 4h du matin pour les obliger à quitter le bois et les jets de gaz lacrymogènes seraient récurrents. Des accusations que rejette en bloc la mairie de Ouistreham. « Je m’inscris en faux contre ça. Ce n’est pas vrai », s’insurge Luc Jammet.

L’adjoint à la sécurité admet en revanche que la présence policière a été renforcée aux abords du port et dans les rues de la ville depuis cet été. Une nuit d’octobre, un hélicoptère a même survolé la zone où se trouvent les migrants.

Autre similitude avec la situation à Calais, la mairie craint un « appel d’air » et refuse « les points de fixation », accusant à demi-mot le collectif d’en être responsable. Les migrants arrivés récemment à Ouistreham viendraient de la Chapelle, à Paris, et de Calais. De son côté le collectif réfute catégoriquement toute éventualité d’ »appel d’air » : « Ce n’est pas notre présence qui fait venir les migrants mais la proximité avec l’Angleterre », dit Miguel.

Streetpress // Le CRA du Mesnil Amelot

https://www.streetpress.com/sujet/1510676133-cra-mesnil-amelot-prison-sans-papiers

Officiellement ce n’est pas une prison, mais un centre de rétention
administrative. Pourtant, enfermés entre 4 murs au Mesnil-Amelot, 163
sans-papiers attendent une expulsion probable. StreetPress a pu s’y
rendre et recueillir leurs colères.

Mesnil-Amelot (78) – « Il ne faut pas suivre la police pour faire la
visite », alerte Atef, un jeune retenu, enfermé depuis 45 jours au
Centre de Rétention Administrative (CRA) du Mesnil-Amelot :

    « La directrice, elle ne va pas tout vous montrer. »

A l’entrée de la « zone de vie » du CRA, ils sont une dizaine de
sans-papiers à faire le pied de grue autour du distributeur de boissons.
Aujourd’hui, le bâtiment bout d’une activité inhabituelle. Deux
sénateurs communistes, Eliane Assassi et Fabien Gay, arpentent les
couloirs exigus du plus grand centre de rétention de France. «
Je voulais exercer mon droit de visite », explique le second,
nouvellement élu en Seine-Saint-Denis :

    « Tous les parlementaires devraient venir. Et voir comment on
accueille les étrangers chez nous. »

La présence de journalistes de StreetPress et de l’Humanité ne passe pas
inaperçue. Jusqu’en mars 2016, impossible en effet pour un plumitif de
franchir les grilles du Mesnil-Amelot sans obtenir une autorisation
exceptionnelle, délivrée au compte-gouttes par la préfecture. Depuis la
réforme du 7 mars 2016, les visites de journalistes sont censées être
autorisées, sur simple demande. On s’en était tout de même vu refuser
l’accès en novembre de la même année.


Thérapie collective

Ce jour-là, les retenus sont bien décidés à perturber le programme prévu
par les autorités pour ses visiteurs du jour. Au passage de deux
directeurs du CRA et de la directrice adjointe de la police aux
frontières dans le département, ils tentent de se faire entendre. «
Pourquoi on ne peut pas retirer nos sous ? Pourquoi on n’a pas le droit
de ramener de la nourriture ? Et pourquoi on n’a pas d’eau chaude ? »,
interpelle Ismaël. Silence gêné des policiers qui les escortent. Il faut
dire que le tableau dressé par les autorités est toute autre.
Installation dernier cri, suivi par un médecin et accès aux droits… « On
a tout ce qu’il faut pour le repas des bébés », vante même l’un des
directeurs du CRA . Adossé à l’une des grilles de la promenade, Toufik,
enfermé au Mesnil-Amelot depuis mi-octobre, livre un autre son de cloche
:

    « Ici, ils nous traitent comme des chiens. » 

Dans les couloirs du CRA, les gens vont et viennent. Les policiers ne
savent plus où donner de la tête. La visite prend des allures de
thérapie collective. Ismaël interpelle les autres retenus. Il les incite
à témoigner. Mais gare aux représailles, prévient-il :

    « Quand on parle avec vous, ils nous regardent. Ils vont essayer de
nous mettre dans des vols. Ici, ils sont pires que la Gestapo. » 


Destination finale

Posé entre une caserne de CRS, des champs et les pistes du plus grand
aéroport de France, le Centre de Rétention Administrative du
Mesnil-Amelot est un cul-de-sac. On y rentre pour être expulsé. On en
ressort, parfois, amoché par les conditions de détention et le ronron
constant des avions qui prennent leur envol. « C’est de la torture
morale. Tous les jours, tu vois les avions, tu te demandes si cela va
être le tien », explique Youcef. Le jeune algérien, emmitouflé dans une
épaisse doudoune, est arrivé au CRA il y a 38 jours. Tout en grignotant
une gaufrette, il finit par lâcher :

    « Ici, c’est pire que la prison. » 

Atef arbore casquette orange, sweat rayé et combo
claquettes-chaussettes. Teint blafard, yeux cernés… cela fait près de
deux mois que le jeune homme est enfermé. Il dénonce la déshumanisation
des retenus dans le Centre de rétention :

    « Ici on est pas des hommes. On est des numéros. 101H, c’est mon
matelas. 1462, c’est mon numéro de PV. Les gardiens m’appellent comme
ça. » 

Des grilles aux spots, de la lumière chirurgicale aux boxs uniformes :
tout évoque la pénitentiaire. Youcef n’en veut pourtant pas aux
policiers. « Ils font leur travail et il n’y a pas à dire ils sont
plutôt gentils », explique le jeune homme :

    « C’est eux qui séparent les gens quand ils se battent. Ici,
certains n’ont pas toute leur tête. » 


« J’ai vu aussi beaucoup de détresse chez les fonctionnaires », affirme
Fabien Gay :

    « Je n’oppose pas les uns aux autres. »

C’est après les conditions même de la rétention que la plupart des
enfermés en ont. Celles-là même qui détruisent les corps et font vriller
les esprits.
Hôtel quatre étoiles

La liste des doléances est longue pour les 163 habitants du Mesnil. « Il
faut que vous alliez voir les chambres et les toilettes », conseille
Atef dans la cour principale du CRA, un pré carré mi bitume, mi herbe,
cerné de grilles vertes et parsemé de caméras de surveillance. Les
conditions de vie sont spartiates. L’ameublement sommaire. « Le soir, tu
ne peux même pas boire. La fontaine qu’ils ont installée, elle ne marche
plus », rebondit Ismaël. Les retenus doivent alors se contenter de l’eau
chaude de leurs salles de bain qu’ils font refroidir dans des bouteilles
en plastique.

Devant le quartier des femmes et des enfants, l’homme rit jaune à la vue
d’une femme de ménage qui frotte consciencieusement le sol des petites
cellules :

    « D’habitude, elles ne restent pas si longtemps. C’est quelques
minutes au plus. »

Au coin du bloc 12, on croise Fabrice. Le trentenaire, en provenance de
République Démocratique du Congo, est enfermé depuis le 30 octobre. Il
boite bas. Son gros orteil est ensanglanté. « Je me suis coincé le doigt
de pied dans la porte », annonce t-il, piteux :

    « L’infirmerie n’a pas voulu de moi. » 

Pour cautériser la plaie, Fabrice a mis du sel sur sa chair à vif. « Je
suis africain, c’est comme ça qu’on fait chez moi », rigole t-il.


Les méandres de l’asile

Dans le couloirs du CRA du Mesnil-Amelot, on croise aussi des paumés de
l’asile, ceux qui ne comprennent plus rien à ce dédale de procédures et
d’interlocuteurs. « Le centre de rétention, ce n’est pas pour les gens
qui ont une procédure en cours, non ? », interroge Fabrice. Il ne
comprend pas vraiment pourquoi il est enfermé :

    « Moi j’ai une procédure Dublin mais je veux déposer l’asile en
France. Je suis ici parce que j’ai refusé d’aller en Italie. » 

Jugé illégal par un arrêt de la Cour de Cassation du 28 septembre 2017,
le placement en rétention des dublinés est pourtant inscrit dans le
projet de loi sur l’immigration, présenté par le gouvernement fin
septembre. Celui-là même qui prévoit d’étendre la rétention à 90 jours
au lieu de 45. En attendant le vote de la loi, Fabrice ne devrait pas
être là mais les juges tardent à le libérer.

« Lui, il est mineur », annonce finalement Ismaël en montrant un jeune
garçon timide qui se tient au milieu d’un groupe de retenu. Il s’appelle
Nabil. Ismaël nous tend un extrait d’acte de naissance. D’après ce
document, dont StreetPress n’a pu déterminer l’authenticité, l’homme
serait né le 21 septembre 2000. Il aurait 17 ans alors que le placement
en rétention est réservé aux majeurs. Ces journées, Nabil les passe avec
les hommes. La nuit, il dort dans le quartier des femmes et des enfants,
à l’abri. Il a fait sa vie en France mais risque d’être renvoyé à tout
moment. « On ne peut pas arracher la vie de milliers de personne comme
cela », tonne Fabien Gay :

    « C’est le système qu’il faut changer. »

Communiqué de La Cimade // Deux fois plus de personnes enfermées en rétention: la machine à expulser s’affole

9 novembre 2017

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron et la nomination de Gérard Collomb au ministère de l’intérieur, le volet répressif de la politique migratoire s’est considérablement renforcé. Entre le développement des contrôles au faciès et des contrôles frontières sous prétexte de lutte antiterroriste, et les instructions données aux préfets après l’attentat de Marseille, le nombre de personnes enfermées en centre de rétention administrative (CRA) a été multiplié par deux. Une situation inédite qui entraîne la violation massive des droits des personnes privées de libertés.

Après le dramatique double meurtre de Marseille le 1er octobre 2017, le ministre de l’intérieur a donné instruction aux préfets d’enfermer un maximum de personnes étrangères en situation irrégulière. Cette pression s’est immédiatement traduite par une hausse sans précédent du nombre de personnes privées de liberté.

Dans la suite du rapport de l’IGA « sur le traitement administratif de l’auteur de l’attentat de Marseille » estimant que ce traitement avait présenté des dysfonctionnements, Gérard Collomb a imposé, par voie de circulaire, aux préfectures de faire preuve de « la plus grande fermeté » pour expulser et enfermer toujours plus. Si cette circulaire ne fait que rappeler le cadre légal déjà existant, elle invite aussi les préfectures à faire preuve d’un zèle inédit. Cette invitation à la disproportion fait payer aux personnes étrangères le prix fort d’une lutte antiterroriste dévoyée.

Ainsi, dans des CRA où La Cimade intervient*, le nombre de personnes enfermées a doublé par rapport à la même période en 2016 : du 2 octobre au 8 novembre 2017, 1 058 personnes y étaient privées de liberté, contre 569 l’an passé.

Ce rythme effréné se traduit par une explosion de violations des droits des personnes étrangères par les préfectures. En métropole, depuis le 2 octobre, 41 % des personnes enfermées ont ainsi été libérées par des juges qui ont constaté et sanctionné des pratiques administratives ou policières illégales – contre 30 % en 2016. Des familles sont séparées, huit enfermées pour le seul CRA du Mesnil-Amelot ces 15 derniers jours, des ressortissants de pays à risque (Afghanistan, Érythrée, Soudan) sont menacés d’y être expulsés, des demandeurs d’asile visés par des transferts Dublin sont enfermés en rétention en dépit d’une récente décision de la Cour de Cassation qui condamne et interdit cette pratique.

Déjà éprouvantes habituellement, les conditions de privation de liberté sont aggravées en raison de taux d’occupation des CRA particulièrement élevés. À Toulouse, il est passé de 42 % à 90 % pour le secteur des hommes. À Bordeaux, le CRA est plein depuis un mois. La séparation des personnes enfermées avec leurs proches et leurs soutiens est accentuée, les préfets n’hésitant pas à les transférer dans des CRA très éloignés de leur lieu de résidence.

« À la frontière italienne et partout sur le territoire, les personnes migrantes font les frais d’une politique qui fait le jeu des amalgames. » a déclaré Jean-Claude Mas, secrétaire général de La Cimade. « Cette politique laisse croire à l’existence d’un lien entre immigration et terrorisme et se développe au prix d’une chasse aux personnes sans-papiers qui se trompe de cible. Le grand écart entre, d’une part, le discours du Président de la République sur son attachement à la Convention européenne des droits de l’homme et au respect des droits fondamentaux, et, d’autre part, la politique mise en œuvre sur le terrain est manifeste. »

La Cimade demande la fin de cet enfermement aveugle qui viole les droits des personnes. Elle dénonce les actes et les discours qui stigmatisent toute une catégorie de la population vivant en France, et une politique qui sous couvert de lutte contre le terrorisme, préfigure la politique d’immigration qu’entend mener ce nouveau gouvernement.

CP du Collectif « Délinquants solidaires » // La solidarité en procès en Belgique

Ce 15 novembre, se tiendra au Palais de justice de Bruxelles le procès de six personnes jugées pour avoir exprimé leur indignation face à une expulsion violente par avion.

Le 16 août 2016, à bord d’un vol au départ de Belgique et à destination du Cameroun, les passager⋅e⋅s assistent à une scène brutale : un homme, escorté par des policiers, ligoté aux mains et aux bras, se débat et crie. Ils refusent alors de s’asseoir et protestent verbalement contre le traitement inhumain et violent dont ils sont témoins. Ces actes de solidarité contraignent le commandant de bord à refuser d’embarquer la personne. Six voyageurs sont alors désignés arbitrairement par la police pour avoir participé à la contestation.

Le collectif Délinquants solidaires dénonce la procédure engagée à l’encontre de ces six personnes qui alourdit le nombre de poursuites pour acte de solidarité de citoyen⋅ne⋅s de France, d’Europe et d’ailleurs.

Comme en France, la Belgique durcit sa politique à l’égard des exilé⋅es. Tout⋅e citoyen⋅ne faisant preuve d’entraide et de solidarité à l’égard des personnes étrangères est exposé⋅e à des poursuites pénales injustes. Le secrétaire d’État belge, Théo Francken, a ainsi exprimé ouvertement son intention de « montrer les dents » face à celles et ceux qui s’indignent de la violence des expulsions et s’est réjoui, à ce titre, d’une condamnation prononcée en 2016 à l’encontre d’une femme qui avait réagi lors d’une expulsion. Alors que vient d’être commémoré, le 22 septembre dernier, le triste anniversaire de la mort de Semira Adamu, étouffée par des policiers lors d’une expulsion du territoire belge en 1998, ces discours hostiles et les poursuites qui les accompagnent nous apparaissent inadmissibles et d’un autre temps.

Partout en Europe, les personnes qui se voient inquiétées ou poursuivies pour s’être montrées solidaires sont de plus en plus nombreuses, et les textes invoqués toujours plus divers. Dans cette affaire en Belgique, trois des six inculpés sont français – les trois autres camerounais – ; comme eux, Stephan, parti en août 2015 en Grèce chercher sa belle-famille syrienne – aujourd’hui réfugiée en France – est convoqué, le 9 novembre prochain, devant un tribunal à Athènes pour répondre de cet acte. En France cette fois, des étrangers et des étrangères, de pays européens et d’ailleurs, sont poursuivi⋅e⋅s et condamné⋅e⋅s pour avoir manifesté leur solidarité sur le territoire, en particulier aux frontières franco-italienne et franco-britannique. À côté des cas de poursuites judiciaires qui ne cessent de se multiplier, d’autres formes d’intimidation et de sanctions moins médiatisées et quantifiables sont utilisées y compris à l’encontre d’exilé⋅e⋅s touché⋅e⋅s par des procédures d’expulsion ou de rétention punitives, bafouant toute égalité devant le droit.

Cette tendance européenne de plus en plus marquée à la répression des exilé•es et des citoyen⋅ne⋅s solidaires nous interpelle fortement. Le collectif Délinquants solidaires réaffirme la nécessité de défendre le principe de solidarité, en dehors de toute considération sur le statut juridique des personnes concernées. Il dénonce la poursuite en Belgique de ces six citoyens solidaires, exige leur relaxe et réitère son appel à cesser toute intimidation ou poursuite des actes de solidarité envers les exilé⋅e⋅s.

13 novembre 2017

Collectif Délinquants solidaires ]
www.delinquantssolidaires.org

Membres du collectif Délinquants solidaires

Organisations nationales Alternatives et Autogestion, Amoureux au ban public, Anafé, Attac France, Cedetim/Ipam, La Cimade, CNDH-Romeurope, Culture et liberté, Dom’Asile, Fasti, Fédération Sud éducation, Fondation Abbé Pierre, Gisti, LDH, Mrap, Secours Catholique/Caritas France, Solidarity watch, Sud Santé Sociaux, Syndicat de la magistrature, Union juive française pour la paix, Union syndicale Solidaires

Organisations régionales Association pour le développement de la santé des femmes, L’Auberge des Migrants, Bagagérue, CCFD-Terre solidaire Pau, Cercle Louis Guilloux, Cercle de Silence Antony, CGT – section de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration, Chabatz d’Entrar – Limoges, La Cimade – Pau et environs, Citoyens solidaires 06, Collectif aminéois des sans papiers, Collectif de défense des droits et libertés des étrangers Besançon 25, Collectif Justice et Libertés, Collectif Saint-Lois d’aide aux migrants, Collectif réfugiés du Vaucluse, Ecodrom93, Itinérance Cherbourg, Itinérance Sud manche, Kolone, Mom o’chaud, Mrap – fédération du Vaucluse, Planning familial 62, RESF 48, Romeurope 94, Romeurope du Val Maubuée, Roya Citoyenne, RUSF 13, Solidarité sans papiers Creil, Terre d’Errance, Tous citoyens – 06, Tous migrants, Transport People and Care.

Passe muraille – Jeunes et plus

Passe-muraille

Ce jeu a été conçu par Under Construction, une association d’éducation populaire qui créent des jeux de société sur des questions sociales et citoyennes.

Le contenu

Ce jeu de bois représente un planisphère que vous devez traverser de part en part (avec votre bille) en vous confrontant à différents « murs-frontières », qui sont autant d’obstacles sur votre route.

Fiche technique

  • Public ciblé : Jeunes mais pas que.
  • Objectif : Identifier des frontières à l’échelle de la planète et questionner la notion, ainsi que les effets de ces frontières.
  • Nombre de personnes : 2 personnes pour jouer et plus, et au moins 1 personne qui anime
  • Durée : Temps de construction du plateau de jeu + 1 heure de jeu et discussion
  • Matériel requis : Le plateau de jeu avec ses murs-frontières (et matériel de construction du plateau) + 2 billes de couleurs différentes

Le matériel

Les explications, les fiches des « murs-frontières » et les directions pour fabrique le plateau de jeu en bois sont toutes regroupées ici.

Remarques

Ce jeu ne traite pas la frontière du seul point des vues des migrations, mais il permet justement de réfléchir plus globalement à la notion même de « frontière » et à ses effets.

Son originalité repose également sur l’intégration d’un temps de bricolage, afin de construire le plateau de jeu.

Il s’agit enfin d’un jeu collaboratif : ici, pas de compétition pour survivre ; vous gagnez à partir du moment où votre partenaire, parti.e de l’autre côté du planisphère, arrive également à destination.

Liberté de circulation ? Jeunes de 14 ans et plus

Liberté de circulation ?

Cet outil a été conçu dans le cadre de la « semaine de la solidarité internationale » à Chambéry, par plusieurs associations : l’ADDCAES (Association pour le développement départemental et la coordination des actions auprès des étrangers de la Savoie), l’AFEV Chambéry (Association de la fondation étudiante pour la ville), du CCFD-Terre Solidaire Savoie, de la CSDA (Coordination Savoie pour le droit d’asile), du Mouvement de la Paix, de la sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence des Savoie.

Le contenu

« Liberté de circulation ?  – En route pour le parcours de jeunes migrants ! », est librement inspiré du jeu « Parcours du migrant » de La Cimade. Sur le principe du jeu de l’oie, vous entreprendrez ici un long périple avec 6 jeunes personnages migrant vers la France pour différentes raisons : Daï, Roukaya, Alphonse, Enaïatollah, Vladu et Nazim.

Fiche technique

Public ciblé : Jeunes et adultes

Objectif : Sensibiliser aux difficultés des parcours migratoires. Interroger les représentations et préjugés.

Nombre de personnes : 6 personnes qui jouent + 1 à 3 en charge de l’animation

Durée : Entre 45 minutes et 2 heures

Matériel requis : 1 plateau de jeu + Cartes personnages

Le matériel

L’ensemble du matériel (tableau de l’animateur, plateau de jeu, cartes personnages, cartes aléas, etc.), mis à disposition par les concepteurs du jeu, est rassemblé sur cette page.

Remarques

Mettant en scène des personnages âgé.e.s de 14 à 22 ans, sur la base de situations réelles, ce jeu apparaît particulièrement adapté pour sensibiliser de jeunes personnes aux enjeux de la migration et aux conditions d’accueil en France.

Il permet également de se pencher sur l’ensemble du parcours migratoire : des raisons du départ à l’arrivée et l’accueil en France, en passant par les obstacles et difficultés du voyage lui-même.

« Le tableau de l’animateur » a été actualisé en février 2017! Les questions proposées dans le cadre du jeu restent, elles, à être actualisées par contre.

Papiers, s’il vous plaît ! – Jeunes de plus de 15 ans

Papiers, s’il vous plait !

 

Cet outil a été conçu en 2010 par Starting-Block, association menant des actions d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité. Il est basé sur l’expérience de son initiateur : Fouad Eddé.

Le contenu

Ce jeu de rôle vous amène à incarner soit une personne migrante, soit un.e citoyen.ne lambda, ou encore une instance administrative. En tant que personne migrante cherchant à obtenir des papiers, vous serez confronté.e aux problèmes de communication et à la véritable « jungle administrative » qui l’accompagnent.

Fiche technique

Public ciblé : Jeunes à partir de 15 ans

Objectif : Sensibiliser aux difficultés vécues par les personnes qui migrent lorsqu’elles veulent obtenir des papiers, à la diversité des parcours et aux inégalités de traitement d’une personne à une autre. Acquérir une connaissance générale des institutions impliquées dans les démarches de régularisation.

Nombre de personnes : 12 participant.e.s ou plus et au moins 7 personnes pour animer.

Durée : 2h (1h de jeu, 30min de debriefing et 30 min d’apport de connaissances).

Matériel requis : 5 tables, 10 chaises + 1 zone « Centre de rétention administrative » + enveloppes nominatives avec les documents pour chaque personnage + stylos, scotch + badges + déguisements pour les personnes qui animent + 5 minuteurs.

Le matériel

Les documents mis à disposition par Starting Block (trame de l’animateur, fiches personnage, etc.) sont regroupés sur cette page.

Remarques

La force de ce jeu est de souligner la diversité des trajectoires migratoires et l’inégalité de traitement des personnes cherchant à régulariser leur situation en France.

Ce jeu demande un travail important de préparation en amont, d’appropriation du déroulement.

L’arbitraire, la longueur et la pénibilité des démarches expérimentées peuvent créer beaucoup de frustration pour les participant.e.s. Il est donc important de garder un temps pour le débriefing et une mise en perspective.

Enfin, le jeu ayant été conçu en 2010, plusieurs données doivent être actualisées (dans le jeu et dans la partie « aller plus loin »).